Le premier ministre Philippe Couillard était accompagné du ministre David Heurtel, vendredi, à Saint-Félicien.

Philippe Couillard veut «révolutionner» l’immigration

Des bureaux du ministère de l’Immigration en région ? Ça ne serait pas impossible si on se fie au discours décentralisateur de Philippe Couillard.

Le premier ministre annoncera, la semaine prochaine, des mesures « révolutionnaires » et ambitieuses pour faciliter l’installation des immigrants en région. Une voie privilégiée pour faire face à la pénurie de main-d’oeuvre qui frappe tous les secteurs d’activités. 

« Pourquoi ne pas régionaliser le ministère de l’Immigration ? », a répondu le premier ministre, questionné à ce sujet.

« Nos propositions seront annoncées dans les prochains jours. Mais ce que je peux vous dire, c’est qu’on a pris conscience des façons de faire qui se sont incrustées depuis des années et des années. Les entreprises sont laissées à elles-mêmes. Les groupes communautaires qui sont là pour épauler les immigrants en région, manque de moyens, manque d’orientation précise. Et les immigrants eux-mêmes ne sont pas sensibilisés à la possibilité de faire leur vie en région avant même d’arriver au Québec », a -t-il ajouté, refusant d’en dire plus sur ces propositions révolutionnaires.

Accompagné du ministre David Heurtel, M. Couillard a rencontré plusieurs intervenants économiques jeannois, vendredi à Saint-Félicien. Il leur a assuré que son gouvernement allait mettre tout en œuvre pour aider la région à affronter cette pénurie de main-d’oeuvre.

« C’est le défi économique de notre époque. Ça menace même la stabilité économique de notre province. Toutes les régions sont touchées par cette pénurie. Le taux de chômage dans la région est près du 6 %, qui est considéré comme un début du plein emploi. L’immigration n’est pas la seule solution, mais c’est une solution incontournable », insiste le premier ministre.

Ce dernier rappelle qu’un bassin intéressant de main-d’oeuvre se cache à Montréal. Chez les communautés issues de l’immigration, principalement basées dans la métropole, le taux de chômage atteint les 11 %. 

« À Montréal, la population active croît, l’immigration s’est massivement installée. En région, cette croissance est plus lente, car il y a moins d’immigrants. On a donc un bassin de travailleurs à Montréal qui pourraient être encouragés à s’établir en région », souligne M. Couillard.

« Et on est très déterminé dans ce dossier, étant donné l’ampleur du phénomène. Les entreprises ne veulent pas une solution dans 20 ans, ils veulent une solution maintenant. »

Promotion Saguenay: Couillard prudent

Appelé à commenter le dossier de Promotion Saguenay et de certains employés municipaux lors de son passage à Saint-Félicien, le premier ministre Philippe Couillard est resté prudent, notamment à l’égard des contrats dévoilés de l’ancien président-directeur général Ghislain Harvey et du directeur exécutif de la Ville Louis Coulombe.

«J’ai été surpris, comme beaucoup de citoyens. Il y a des aspects légaux liés à ça, ce sont des contrats potentiellement valides. Il faut une vérification diligente», a-t-il déclaré lors d’un point de presse. 

Celui qui est aussi député de Roberval réserve ses commentaires étant donné que des firmes externes doivent examiner le tout. Il s’en remet à son ministre des Affaires municipales Martin Coiteux, mieux au fait du dossier étant donné le travail prévu des vérificateurs de son ministère auprès des organismes paramunicipaux de Saguenay.

M. Couillard souligne l’imputabilité des municipalités, qui ont vu leurs responsabilités augmenter depuis que le gouvernement a reconnu leur autonomie.

Urgent besoin de main-d’oeuvre chez Fjordtech

L’entreprise Fjordtech de La Baie a un urgent besoin de main-d’œuvre. Incapable de combler ses besoins en région ou au Québec, la compagnie spécialisée en mécanique industrielle doit faire appel à des immigrants. La direction se dit prête à en embaucher 50 dès demain.

Le directeur général de Fjordtech, André Montpellier, a profité du passage du ministre québécois de l’Immigration, David Heurtel, à son usine du boulevard Saint-Jean-Baptiste pour expliquer à quel point la main-d’œuvre étrangère est essentielle à la croissance de sa compagnie.

« On a un gouvernement qui est soucieux de l’économie. Aujourd’hui, ce qui bloque notre croissance, c’est le manque de main-d’œuvre. Ça fait plusieurs années qu’on le vit et on continue de le vivre. C’est agréable de voir un gouvernement qui vient nous voir et qui vient prendre connaissance de nos besoins pour nous proposer des programmes qui pourront stimuler et faire grandir nos entreprises régionales », a indiqué le directeur.

André Montpellier a raconté que Fjordtech a embauché beaucoup de travailleurs étrangers, au cours des dernières années. 

« On a su comprendre et apprendre à travailler avec eux. Franchement, ça va très, très bien », a fait valoir le patron.

L’entrepreneur a engagé des Africains, des Algériens, des Syriens et des Français. 

« L’expérience des ethnies a été formidable pour nous. Aujourd’hui, le gouvernement est attentif et veut nous écouter. Pour nous c’est une belle nouvelle. Ça démontre qu’on veut grandir et développer dans les régions », a-t-il poursuivi. 

Le DG de Fjordtech indique que certains accommodements doivent être mis de l’avant pour respecter les religions de certains travailleurs.

« Pendant le ramadan, nos soudeurs ne mangeaient pas de jour et on voyait qu’ils étaient faibles. On a dû les mettre sur le quart de nuit. C’est très raisonnable comme accommodement parce qu’ils sont très travaillants et très performants », note-t-il.

Ministre 

Le ministre Heurtel mène une consultation à l’échelle québécoise. Son passage en région marque la fin de la tournée. 

« Fjordtech est un exemple très concret d’un problème que l’on vit partout au Québec et qui est la pénurie de main-d’œuvre. On a un taux de chômage incroyablement bas en ce moment avec 5,4 pour cent à l’échelle nationale, mais en même temps, on se retrouve face à des défis d’emploi majeurs », a mis en relief le ministre.

« Il y a des histoires à succès. Il y a des entreprises, comme Fjordtech qui, déjà, emploient des personnes issues de l’immigration. Ça fonctionne bien. Je veux voir une régionalisation de l’immigration et voir comment on peut amener des solutions adaptées aux besoins en consultant les organismes, les municipalités et les MRC », enchaîne David Heurtel. 

Le député libéral de Dubuc, Serge Simard, a invité son collègue à venir voir de visu ce qui se passe chez Fjordtech.

« Ils rayonnent partout au Canada et ont besoin de main-d’œuvre. C’était important pour moi que David vienne rencontrer ces gens-là. Je sais pertinemment que Fjordtech a toujours besoin d’employés et c’est pour ça que j’ai organisé cette rencontre », a formulé Serge Simard, qui se dit toujours en réflexion concernant son avenir politique.