La rectrice Nicole Bouchard a expliqué que le comité de sélection voulait honorer des gens inspirants.
La rectrice Nicole Bouchard a expliqué que le comité de sélection voulait honorer des gens inspirants.

Philippe Couillard et Fabienne Larouche honorés par l’UQAC

Mélanie Côté
Mélanie Côté
Le Quotidien
L’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) veut profiter de son 50e anniversaire pour rappeler l’importance de l’éducation et des institutions démocratiques. C’est pour cette raison qu’elle a décidé d’honorer l’ancien premier ministre Philippe Couillard et la productrice Fabienne Larouche en leur remettant un doctorat honoris causa.

Lors d’une entrevue avec Le Quotidien, la rectrice Nicole Bouchard a expliqué que le comité de sélection s’était arrêté sur « des gens inspirants qui peuvent inspirer nos jeunes », d’autant plus que la soirée de remise des doctorats honoris causa aura lieu le 24 avril, la veille de la collation des grades des finissants de l’UQAC.

« Nous voulions des gens qui ont un attachement particulier à la région, qu’ils en soient natifs ou non, et qui ont démontré l’importance du Saguenay–Lac-Saint-Jean dans leur parcours. Nous voulions aussi un rapport de genre, une égalité homme femme », a ajouté Mme Bouchard.

La productrice Fabienne Larouche est native de Saint-André-du-Lac-Saint-Jean, tandis que Philippe Couillard, né à Montréal, a choisi la région, plus précisément Saint-Félicien.

« Nous avons quelqu’un du monde scientifique, de la médecine, un neurochirurgien, et quelqu’un du monde des arts et des sciences humaines. C’est une belle complémentarité. Ce sont des gens actifs qui contribuent encore et nous souhaitons qu’ils contribuent encore longtemps », a précisé la rectrice, rappelant que Mme Larouche a d’abord entamé une carrière d’enseignante, comme sa mère et sa grand-mère, avant de se tourner vers la production télévisuelle.

En plus de sa carrière en médecine et en politique, Philippe Couillard a aussi été professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke.

Philippe Couillard

Les politiciens, selon leur couleur politique, peuvent soulever les passions. L’UQAC ne craignait-elle pas des critiques en optant pour l’ancien chef du Parti libéral du Québec ?

La rectrice Nicole Bouchard a expliqué que le comité de sélection voulait honorer des gens inspirants.

« On ne fera pas son bilan politique. Le recul de l’histoire n’est pas encore suffisamment là. Ce serait dommage qu’il y ait un glissement politique, où les gens ne se concentreraient que sur le bilan de l’homme politique, même s’il n’est pas totalement noir ou totalement blanc », mentionne Mme Bouchard, rappelant que le vice-recteur Alexandre Cloutier, qui a fait partie du comité de sélection, se trouvait de l’autre côté de l’Assemblée nationale, avec le Parti québécois, et face à M. Couillard, lors de leur passage en politique.

Nicole Bouchard voulait plutôt lui donner « une petite tape dans le dos qui change du coup de poing que t’as au quotidien » quand tu es politicien. Philippe Couillard, qui a aussi été professeur, a été élu la première fois en 2003 et a été nommé ministre de la Santé et des Services sociaux quelques jours plus tard. Il a quitté la vie politique en 2008 et est revenu comme chef de l’opposition officielle en 2013. Il est ensuite devenu le 31e premier ministre de l’histoire du Québec, le 5 mars 2014, après avoir été élu comme député de Roberval, et ce, jusqu’en octobre 2018.

Le comité de gouvernance de l’UQAC avait été touché par un reportage où Philippe Couillard, un an après sa sortie de la vie politique, parlait de la difficulté à réintégrer une vie normale après avoir été premier ministre.

« Alexandre Cloutier nous l’a dit : “Vous savez, le Québec traite mal ses politiciens.” »

La rectrice a rappelé à quel point Philippe Couillard a été facilitateur pour l’UQAC. C’est d’ailleurs lui, alors premier ministre, qui l’a appelée en premier pour la féliciter de sa nomination en tant que rectrice de l’université régionale. Il avait alors dit : « Vous allez pouvoir compter sur moi, je serai là pour ma région. »

Et il avait tenu promesse, car selon Mme Bouchard, son legs le plus important pour l’UQAC a été le développement du Centre NAD à Montréal, un projet de 40 millions $ qui a permis de positionner l’université. « Un tournant dans notre histoire », selon Mme Bouchard.

« Mais au-delà de ça, un doctorat honoris causa, c’est une grande symbolique pour un rappel de quelque chose. Philippe Couillard, c’est le rappel que la vie publique, c’est difficile, peu importe la fonction. Aujourd’hui, ça prend de la générosité, un peu de folie, pour dire qu’on se consacre à la vie politique alors qu’on vit dans une culture où le politique et les grandes institutions sont vidés de leur substance. Et tu es attaqué sur tous les fronts, sans égard à tout ce que tu peux faire ou ne pas faire. On voulait avec ça rappeler la force de la démocratie et sa fragilité aussi. »

Nicole Bouchard assure que M. Couillard a appris la nouvelle avec beaucoup d’émotion. Il était « très fier et très ému ».

Fabienne Larouche a apporté beaucoup au monde l’éducation avec Virgine et 30 vies.

Fabienne Larouche

La productrice, scénariste, autrice, réalisatrice et fondatrice de la maison AETIOS Productions, Fabienne Larouche, a quant à elle été sélectionnée pour son apport à l’éducation « assez évident ». En plus d’avoir fait le métier – elle qui vient d’une famille d’enseignants –, elle a valorisé la profession à la télévision avec des émissions quotidiennes telles que Virginie et 30 vies, et ce, avec pas moins de 2400 épisodes. Et pour cette raison, l’UQAC veut « lui faire un petit coup de chapeau ».

« On parle beaucoup de la fonction des enseignants. À l’instar des grandes institutions qui sont en mal de reconnaissance, c’est une profession qui est peu ou mal reconnue. Il y a quelque chose de prophétique (dans son travail), dans le sens qu’elle met en évidence une profession mal aimée. À partir du moment où on n’arrive plus à avoir des bassins de gens qui se consacrent à ça, il y a un symptôme », a expliqué Mme Bouchard.

Outre son travail pour valoriser l’éducation, Fabienne Larouche a su, avec Unité 9 notamment, « rendre des gens ordinaires comme étant des héros du quotidien. Elle a cet art-là, cette sensibilité de rendre célèbres des vies qui peuvent paraître ordinaires ».

La rectrice la décrit comme une femme forte qui a battu le terrain et qui a dû « se battre et se débattre » pour arriver là où elle est rendue aujourd’hui.

Lorsque Mme Bouchard l’a appelée pour lui annoncer la nouvelle, il s’agissait d’un premier contact entre les deux femmes. Elle a senti en elle une grande vulnérabilité, une vulnérabilité qui transcende le petit écran dans ses productions.

« Ç’a été un moment incroyable, un moment magique, avec beaucoup d’émotion. Elle n’en revenait pas. Elle se demandait pourquoi on avait pensé à elle. Ça l’a émue qu’on la choisisse pour ce côté-là, celui de l’éducation. Elle était impressionnée d’être soulignée par le milieu universitaire et en plus dans sa région. »

« Ce sont deux personnes qui ont donné beaucoup. Maintenant, c’est à elles de recevoir », conclut Mme Bouchard.