Natif de Sainte-Jeanne d'Arc, Roger Filion s'est initié au vélo à l'âge de 14 ans, en 1957. Depuis, il est passé maître dans l'organisation d'événements cyclistes d'envergure, tant populaire que compétitifs.

M. Vélo tire sa révérence

Roger Filion a fait beaucoup pour le vélo au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Au cours des dernières décennies, il a su attirer de nombres compétitions internationales et a fait de la région une destination de choix pour le cyclotourisme. Celui qui tourne maintenant la page sur l'organisation d'événements est aujourd'hui la personnalité du mois Le Progrès - Radio-Canada.
PERSONNALITÉ DU MOIS / Depuis bientôt quatre décennies, Roger Filion fait rayonner le Saguenay-Lac-Saint-Jean comme l'un des meilleurs sites pour tenir des compétitions cyclistes de haut niveau, mais aussi comme une destination de choix pour le cyclotourisme. Tour d'horizon sur un grand ambassadeur du vélo qui vient de tirer sa révérence comme organisateur, mais pas comme cycliste!Car notre «Monsieur Vélo» en aura fait rouler des cyclistes dans la région, de tous calibres et tous horizons. En fait, il pourrait écrire un livre complet d'anecdotes savoureuses qui ont marqué ses nombreuses années d'implication. Son importante contribution a d'ailleurs été reconnue à l'échelle provinciale à quelques reprises, notamment en 2011, lorsqu'il a été intronisé à titre de bâtisseur au Temple de la Renommée de Fédération québécoise des sports cyclistes. 
Cette passion du vélo que l'ex-directeur général de Liberté à vélo a su si bien insuffler aux sportifs de la région s'est confirmée en 1957. Le résidant de Saint-Jeanne d'Arc, alors âgé de 14 ans, a suivi les traces de son ami (René) Paul Morin de Péribonka qui l'avait convaincu de participer au fameux Tour du lac Saint-Jean en 1957, une épreuve de 158 milles (256 km!) où il a fini 2e aux guidons d'un lourd vélo Browning, ainsi qu'à la première étape de la course pro, le Tour du Saint-Laurent cycliste. L'année suivante, sur son rapide Torpedo, gracieuseté de son grand-oncle Georges Verreault, il gagne le Tour du Lac-Saint-Jean ex aequo avec Morin. «À l'époque, j'étais bon, mais pas assez sérieux», estime celui qui a ensuite joué comme ailier et défenseur pendant quatre saisons pour les Castors de Dolbeau dans la Ligue de hockey junior régionale.
Délaissant la compétition, il a continué de s'impliquer dans le vélo. C'est ainsi qu'en 1979, il préside le club cycliste de Sainte-Jeanne-d'Arc, avec son ami Paul Morin, «un entraîneur extraordinaire», et leurs coureurs se distinguent en gagnant des courses d'envergure. En 1986, il fait partie du groupe fondateur du Club cycliste Tourcom d'Alma qu'il présidera les deux premières années.
À l'international
Le Tour cycliste du Saguenay-Lac-Saint-Jean instauré dans le cadre des Fêtes du 150e de la région a donné le ton à une série de succès. Avec son complice Martin Ouellet, il a réuni 150 participants, mais à sa grande surprise, des équipes de Québec, de Toronto et même du Vermont se sont inscrites à l'événement présenté jusqu'en 2001. «Ça a grossi, tellement qu'on a été la première course au Canada (1991) à avoir des points de l'Union cycliste internationale (UCI)», souligne-t-il. La réputation de l'événement était telle que l'organisation a aussi accueilli la puissante équipe Coors Light, alors composée des coéquipiers de Lance Armstrong.
Après avoir présenté deux championnats québécois (1990 et 1993) dans la région, Roger Filion a obtenu les Championnats canadiens en 1996. Mais voilà que le Déluge frappe le Saguenay. Le milieu réagit promptement et quelques jours plus tard, les circuits sont remis en parfait état pour tenir la compétition avec brio.
En 2003, nouveau défi, lorsque que Pierre Hutsebaut, alors directeur des Championnats du monde de Hamilton (Ontario), lui demande d'organiser un événement pour permettre aux équipes féminines de rouler avant les mondiaux. «C'est ainsi qu'on s'est retrouvé avec les meilleurs filles au monde dans la région», note le grand manitou du Grand Prix féminin international du Canada.
Cette vitrine lui a ouvert des portes pour la présentation de la Coupe des Nations U23 au Saguenay en 2008, la première et la seule course hors de l'Europe de ce circuit de l'élite mondiale. À son grand plaisir, plusieurs jeunes des six éditions tenues à Saguenay évoluent maintenant au Tour de France et sur les circuits majeurs. Son autre fierté est d'avoir réussi à présenter un critérium dans le cadre du Grand Prix cycliste de Saguenay qui a succédé à la Coupe des Nations. Pour lui, c'était important de tenir un tel spectacle afin de mousser l'intérêt de la population pour les compétitions de vélo. Peu de gens croyaient en ses chances de convaincre l'UCI de lui accorder ce privilège, pas même Pierre Hutsebaut, représentant de l'UCI au Canada. Finalement, M. Filion a gagné son pari avant de tirer sa révérence de l'organisation. Son coup de maître a d'ailleurs permis au Tour de Beauce de présenter lui aussi un critérium l'année suivante.
Contre toute attente, il a repris du service cette année pour permettre à son protégé Léandre Bouchard de participer au GP de Saguenay. Il a réuni des coureurs d'élite, dont Guillaume Boivin, pour former une équipe nationale. «C'était le fun, mais c'est vraiment mon chant du cygne», de conclure l'agent de l'Olympien en vélo de montagne, en poste jusqu'à la fin de la saison.
Un essai en politique provinciale
Roger Filion a toujours aimé les défis, mais de son propre aveu, sa prestation aux élections provinciales du printemps 2003 ne fut pas son meilleur coup.
L'Almatois avait en effet brigué les suffrages sous les couleurs de l'Action démocratique du Québec (ADQ) dans Lac-Saint-Jean, un bastion péquiste depuis des décennies. Il se frottait à deux adversaires de taille en Stéphan Tremblay (Parti québécois) et Benoît Harvey (Parti libéral du Québec), l'ancien président de la Fédération de l'UPA du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
En entrevue, il avoue qu'il savait qu'il n'avait aucune chance d'être élu. «J'ai essayé, ç'a été une belle expérience et j'ai vécu une belle aventure, assure-t-il. Ça m'a fait connaître Mario Dumont que j'ai bien aimé comme personne et ça m'a fait connaître bien des gens. Mais c'est terminé.»
Cela dit, Roger Filion n'en était pas à ses premiers pas en politique. «Quand j'étais à Dolbeau dans les années 1972-73, j'avais été président du Parti québécois. J'avais donc déjà trempé dans la politique. J'ai aussi été organisateur pour Clément Côté qui s'était présenté pour le Parti conservateur dans Alma (élections fédérales de 1984).»
Malgré ses racines nationalistes, il avoue qu'il avait été attiré à l'époque par le jeune chef de l'ADQ, Mario Dumont, «qui s'était battu aux côtés de Lucien Bouchard et de Jacques Parizeau au référendum (de 1995 dans le cadre d'une coalition Bloc québécois/PQ/ADQ pour le Oui). C'est pour ça que j'avais rencontré Dumont, explique-t-il. Je ne suis pas du tout amer de mon expérience. Je savais d'avance que je ne gagnerais pas. Je n'ai pas été du tout déçu. C'était vraiment 'one shot'!»