La directrice littéraire Mylène Bouchard et le directeur général Simon Philippe Turcot forment un couple dans la vie comme en affaires. Ils ont fondé La Peuplade pour créer leur propre emploi en région.

La croissance de La Peuplade

La maison d’édition saguenéenne La Peuplade publiera bientôt en Europe plusieurs de ses ouvrages qui connaissent un beau succès, tel le roman Le poids de la neige qui a remporté récemment le Prix littéraire du Gouverneur général, et ses cofondateurs Mylène Bouchard et Simon Philippe Turcot ont encore bien des projets intéressants, comme développer l’offre de littérature étrangère en provenance du Moyen-Orient. Voici le portrait de la nouvelle Personnalité du mois Le Progrès/ICI Radio-Canada.

Depuis ses débuts en 2006, La Peuplade n’a cessé de croître, mais le rythme s’est accéléré dans les dernières années et même ses fondateurs n’osent imaginer jusqu’où leur navire voguera.

« Nous sommes en croissance depuis 11 ans, et nous ne savons pas où ça va s’arrêter. On se laisse porter. Pour la première fois, dans la dernière année, tous nos mois sont positifs. Dans le monde de l’édition, ça veut dire qu’on a plus de ventes que de retours de livres. Je pense à ça et j’ai envie d’ouvrir le champagne », s’enthousiasme la directrice littéraire Mylène Bouchard, seule durant l’entrevue dans le local de la rue Racine à Chicoutimi. Son partenaire en affaires et dans la vie, le directeur général Simon Philippe Turcot, représentait la maison au Salon du livre de Montréal.

Quand le couple est venu s’installer au Saguenay-Lac-Saint-Jean, l’objectif était de créer leur propre emploi. « On s’est lancé de manière naïve, mais très sérieuse », précise Mylène Bouchard, Jeannoise d’origine. Son conjoint est quant à lui natif des Basses-Laurentides. Ils n’avaient alors aucune expérience en édition, mais possédaient un bon bagage en littérature, en communications et en administration.

« On était tout jeunes. On travaillait presque 24 h par jour », se rappelle celle qui a complété sa maîtrise entre temps et qui est l’auteure de cinq ouvrages. Son plus récent roman L’imparfaite amitié a été finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général et a remporté le prix Joseph-S.-Stauffer. Simon Philippe Turcot exerce aussi sa plume et a notamment signé le récit Le festin de Mathilde et le recueil de poésie Renard. Ils sont également les parents de deux enfants de dix et six ans.

Le succès simultané de plusieurs auteurs de La Peuplade fait beaucoup plaisir aux deux éditeurs. « Ils sont géniaux ! On s’élève tous ensemble. » L’écrivain Christian Guay-Poliquin reçoit beaucoup d’éloges ces jours-ci. En plus du prix du Gouverneur général, Le poids de la neige cumule le prix littéraire France-Québec et le Prix littéraire des collégiens, entre autres. Le roman devrait être traduit en plusieurs langues. L’oeuvre de la poétesse Marie-Andrée Gill sera encore une fois réimprimée, une rareté pour ce genre littéraire. Niko de Dimitri Nasrallah et Nirliit de Juliana Léveillé-Trudel pourraient bien être portés au grand écran.

« Quand on reçoit un manuscrit de quelqu’un qu’on ne connaît pas et que ça se révèle être quelque chose d’extraordinaire, c’est une petite victoire. Nous avons une démarche très indépendante. On aime arriver les premiers et découvrir des joyaux », soutient Mylène Bouchard.

Celle-ci a toujours rêvé que son travail lui permette de voyager, et La Peuplade a justement entraîné ses fondateurs au Liban, en Islande, en Suisse, en Finlande... Les deux éditeurs devront se rendre régulièrement en France pour préparer la sortie européenne de leurs titres. Dès mars, ceux-ci seront diffusés et distribués par le Centre de Diffusion de l’Édition (CDE) de Paris, une filiale du Groupe Gallimard. Les quelque 90 livres déjà publiés seront disponibles sur le Vieux Continent, puis les nouveautés pourront paraître presque au même moment qu’au Québec. Quelques détails seront changés, mais on reconnaîtra toujours la signature visuelle de la maison, qui accueille un artiste en résidence pour créer les couvertures.

La Peuplade prépare six titres pour la rentrée hivernale 2018. L’équipe de la maison d’édition devrait s’agrandir en janvier et une programmation d’activités intimistes, qui se dérouleront dans les bureaux, est en élaboration.


Nous sommes en croissance depuis 11 ans, et nous ne savons pas où ça va s’arrêter. On se laisse porter. Pour la première fois, dans la dernière année, tous nos mois sont positifs.
Simon Philippe Turcot

Une voix littéraire francophone pour le Moyen-Orient

Déjà avec sa collection Fictions du Nord lancée en 2016, La Peuplade avait le désir de donner une voix littéraire aux communautés nordiques de l’étranger et à ses histoires plus rarement publiées au Québec. L’idée de faire paraître des auteurs du Moyen-Orient suit un peu la même volonté.

En revenant du Salon du livre francophone de Beyrouth, la directrice littéraire Mylène Bouchard a rapporté quelques livres écrits en arabe. Certains proviennent par exemple de la Syrie, où la guerre a fait plus de 330 000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés depuis 2011.

« On m’a parlé de ces jeunes auteurs et je trouve ça très stimulant de faire découvrir ce coin-là à travers leurs mots. Ça permet de donner une voix à ces réalités, d’apporter un éclairage nouveau, et peut-être de faire une différence dans l’esprit des gens. C’est comme un engagement de notre part », explique Mylène Bouchard.

Pour juger du potentiel des textes, l’éditrice collaborera avec un futur auteur de la maison qui maîtrise bien l’arabe. 

« La littérature étrangère, c’est toujours un risque, car on n’a pas nécessairement accès à une traduction complète avant de choisir de publier », indique Mylène Bouchard. C’est par exemple le cas du récent titre Homo sapienne, écrit d’abord en groenlandais par la jeune écrivaine Niviaq Korneliussen, puis en danois.