La Pourvoirie du Cap au Leste offre une vue magnifique sur le fjord.

Henri-Jean Vittecoq et le fjord: coup de foudre en motomarine

La personnalité du mois de mars est l'homme d'affaires français Henri-Jean Vittecoq, propriétaire de la pourvoirie Cap au Leste à Sainte-Rose-du-Nord. M. Vittecoq a inauguré récemment de nouvelles installations après un investissement de 1,3 million de dollars.
Henri-Jean Vittecoq et sa conjointe Sylvie, lors de l'inauguration des nouvelles infrastructures de la pourvoirie.
Il y a plus de 20 ans, un groupe de 28 touristes un peu fous avait décidé de s'offrir une radonnée en motomarines entre Chicoutimi et Québec. À l'initiative du Fulgencien Rodrigue Langevin, ils avaient choisi ce moyen de transport original pour observer les baleines dans l'estuaire du Saguenay et le fleuve Saint-Laurent.
Henri-Jean Vittecoq était l'un d'eux. Le Français faisant dans l'événementiel à Dubaï, qui bourlinguait un peu partout à travers le monde, venait, comme il le dit lui-même, de « découvrir le fjord par le fjord ». De retour pendant la saison hivernale, Rodrigue Langevin l'amène, cette fois en raquettes, sur les hauteurs de Sainte-Rose. « Il me montre un bout de terrain d'où on voit encore le fjord, mais glacé. Ma conjointe et moi nous voyageons beaucoup dans le monde et y voyons de belles choses ; mais là, nous avons découvert une perle sur le Saguenay. » C'est ainsi qu'est né Cap au Leste.
En 20 ans, celui qu'on a choisi comme lauréat Le Quotidien/Radio-Canada a élevé à un niveau inégalé le rêve de « la cabane au Canada » qui est né le jour où il a vu le fjord du sommet de la falaise. Dès le départ, la construction en bois s'est imposée mais rapidement, le promoteur s'est retrouvé avec un joyeux problème.
« Il est difficile de faire vivre un hôtel de 18 chambres. La taille de nos installations était critique, et il fallait augmenter notre capacité tout en respectant notre idée originale. Il ne fallait pas être trop moderne et conserver le bois pour en faire un lieu où se ressourcer », s'est remémoré l'homme d'affaires de 66 ans, lors d'une conversation téléphonique depuis Paris.
Un royaume
Henri-Jean Vittecoq estime que 25 % de l'achalandage touristique du Cap au Leste, évalué annuellement à 20 000 personnes, est la clientèle hivernale. Parmi elle, on compte des motoneigistes de passage qui viennent seulement profiter de la table de la pourvoirie. Pour l'homme d'affaires, il s'agit d'un apport économique intéressant pour un commerce qui misait au départ sur une clientèle estivale.
Mais niché entre le fjord et les monts Valin, le mariage avec la motoneige s'est fait tout naturellement. « C'est un vrai royaume », décrit-il, faisant référence à la quantité de sentiers de motoneige et de chiens de traîneaux qui s'offrent au nord de la pourvoirie.
Depuis ses tout débuts, le promoteur a voulu faire de l'endroit un havre de paix. L'isolement relatif, la proximité avec la nature et la vue époustouflante y sont pour une grande part. « C'est hyper majestueux. Nous avons la façade au sud, ce qui fait en sorte qu'on voit le soleil se lever à l'est le matin et on le voit se coucher vers Chicoutimi le soir », dit-il. Mais il s'empresse d'ajouter que le milieu francophone et l'accueil des gens d'ici sont aussi des atouts indéniables pour attirer une clientèle originaire à 75 % de l'Europe francophone. En ces temps troubles où de grandes villes sont la cible d'attaques, prendre la direction de Cap au Leste devient un gage de sécurité.
Évidemment, puisque rien n'est parfait, cet éloignement est aussi un obstacle au développement des affaires, mais il compte bien y remédier. À cette fin, il ne peut que souhaiter voir augmenter l'offre touristique régionale pour garder le visiteur plus longtemps.
« Lorsqu'un touriste atterrit à Québec ou Montréal, il a encore beaucoup de chemin à parcourir pour arriver chez nous et il doit garder du temps pour visiter d'autres coins du Québec. Si on atteignait une offre touristique capable de garder les touristes ici pour toute la durée de leur séjour, on pourrait rêver à des vols Paris-Bagotville. »
Équipe
Henri-Jean Vittecoq poursuit ses affaires à Dubaï mais espère pouvoir venir de plus en plus souvent au Saguenay. Entre ses visites, il dit cependant compter sur une super équipe d'une vingtaine de personnes l'hiver qui augmente jusqu'à une quarantaine l'été.
À la suite de son dernier investissement de 1,3 million $, dont la moitié provient d'un prêt sans intérêts de Développement économique Canada, un partenaire de la première heure, la capacité d'accueil de Cap au Leste est passée à 125 personnes. On a également ajouté une piscine intérieure et un sauna qui ont une vue imprenable sur le fjord, afin d'allonger les séjour. « Chez nous, il n'y a pas de télé dans les chambres. Ça nous coûte une étoile, mais le but est que les gens fassent de l'activité. Ils s'habillent et se promènent sur le site et maintenant, ils ont la piscine et le sauna », dit-il.
Traverser le fjord en motoneige
Henri-Jean Vittecoq rêve du jour où on pourra traverser le fjord en motoneige entre Saint-Fulgence et La Baie.
Le projet paraît insensé, mais il a son idée là-dessus et il compte bien la développer. « Je veux pouvoir profiter de la présence des sentiers de motoneige dans le parc des Laurentides », explique-t-il.
En effet, des centaines de motoneigistes partent de Québec pour venir au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Mais sans lien direct pour gagner la rive nord du Saguenay, tenter de les attirer semble impensable. Car pour se diriger vers le Cap au Leste, ils doivent faire un long détour par le pont d'aluminium de Shipshaw.
L'absence de lien entre les deux rives du Saguenay fait d'autant plus mal que juste en face, il y a les sites de pêche blanche de La Baie. L'idée d'attirer les motoneigistes provenant du sud avec la pêche blanche et Cap au Leste fait rêver l'homme d'affaire. Mais pour ce faire, il faut trouver un moyen de traverser le Saguenay en motoneige après le passage du brise-glace. Un projet que M. Vittecoq pense réalisable et il souhaite partager son idée avec le plus de gens possible.
Un autre élément qui lui tient à coeur est la réfection du chemin d'accès de sept kilomètres qui devient impraticable quelques semaines par année, surtout à la fonte des neiges, et que la municipalité de Sainte-Rose n'a pas les moyens de restaurer. Cet obstacle oblige l'entreprise à interrompre ses activités pendant cette période.
Henri-Jean Vittecoq suit aussi de près les démarches pour la reconnaisance du fjord du Saguenay comme patrimoine naturel de l'UNESCO. « J'ai déjà eu des rencontres à ce sujet avec Jean-Pierre Blackburn et le géographe Jules Dufour. C'est un très beau dossier et le fjord mérite ça. » Normand Boivin