Le directeur général de la Fromagerie Boivin, Luc Boivin

Fromagerie Boivin: comme un phénix qui renaît de ses cendres

Il y a un mois, le Groupe Boivin, propriétaire de la Fromagerie Boivin de La Baie, procédait à l'acquisition de la Fromagerie Lemaire du Centre-du-Québec, permettant de consolider 150 emplois régionaux et de doubler le nombre de salariés sous les ordres de l'entreprise familiale. Pour cette raison, le titre de la Personnalité du mois Le Progrès - Radio-Canada revient à la famille Boivin, celle qui est propriétaire et celle plus large de tous les employés.
<strong></strong>La Fromagerie Boivin se spécialise dans les commodités, soit les produits que les consommateurs mettent quotidiennement sur leur table, à la différence des fromages fins par exemple.
En décembre 2011, les dirigeants de la Fromagerie Boivin auraient facilement pu fermer les livres après l'incendie qui a ravagé les installations du chemin Saint-Joseph, mais il n'était pas question de laisser tomber les employés. Après des années d'efforts, le fleuron régional augmente maintenant sa part de marché à travers la province en acquérant la Fromagerie Lemaire, tel un phénix renaissant plus fort de ses cendres.
«Quand j'étais jeune, nous n'étions pas gâtés, se rappelle le directeur général Luc Boivin. Mes amis dont les pères travaillaient pour la Consol avaient bien plus de choses. Maintenant, quand je regarde les gros donneurs d'emplois à La Baie, ce ne sont plus des multinationales. Ce sont des entreprises comme DERYtélécom, JMY et nous, et nous offrons de bons salaires.»
L'homme d'affaires est fier du chemin parcouru depuis 2011, ce qui a permis de moderniser l'usine et de la rendre compétitive aujourd'hui. Le processus a été presque aussi ardu et long que pour une entreprise en démarrage, soutient-il.
«On a risqué l'héritage familial, mais il a encore une plus belle valeur maintenant. Nous sommes un des produits régionaux qui a réussi à se faire connaître à l'extérieur du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Avant l'incendie, nous distribuions à plus d'endroits, mais nous allons pouvoir reprendre cette place grâce à l'acquisition de Lemaire. La nouvelle a été bien accueillie par les commerçants.»
Luc Boivin assure que la transition se passe bien dans la fromagerie de la région de Drummondville, qui comprend aussi un restaurant en bordure de l'autoroute 20. «Il y en a qui sont récalcitrants au changement, mais c'est normal. L'ancien propriétaire collabore avec nous. On implante nos façons de faire modernes là-bas et on bénéficie de leurs ressources intéressantes. Les gens sont contents de voir qu'on apporte des solutions. On fait des gains de synergie.»
La Fromagerie Boivin se spécialise dans les commodités, soit les produits que les consommateurs mettent quotidiennement sur leur table, à la différence des fromages fins par exemple. L'entreprise a un partenariat avec Kraft et ses produits se retrouvent dans une cinquantaine de déclinaisons sur le marché. La recette est semblable à celle de Lemaire, ce qui a rendu la transaction plus naturelle avec la promesse d'améliorer l'image de la marque.
Avec les changements dans l'industrie laitière, Luc Boivin croit que de plus en plus d'alliances de ce genre se formeront. Il se réjouit que la productivité soit au rendez-vous pour la fromagerie baieriveraine qui a fait le choix de se tourner vers le lactosérum. Le chiffre d'affaires et le nombre d'employés sont toujours en augmentation.
«Je ne serais pas surpris qu'on atteigne un chiffre d'affaires de 100 M$ dans quelques années», confie-t-il.
Une histoire de famille
La Fromagerie Boivin est maintenant dirigée par la quatrième génération et la famille compte bien en faire profiter plusieurs autres.
Le passage fiscal est en cours de finalisation. Aux côtés du directeur général Luc Boivin se trouvent ses cousines Patricia et Valérie, respectivement responsables des ressources humaines et du volet financier. Les autres membres de la famille sont intégrés dans un modèle de fiducie et on en compte certains parmi les autres salariés.
«C'est important que l'entreprise profite du meilleur employé, mais à compétence égale, ce sera toujours le Boivin en premier», accorde le directeur général. Même s'il a suivi les traces de son père, et même celles de son grand-père en endossant le rôle parallèle de conseiller municipal, Luc Boivin désire surtout que ses enfants suivent leurs rêves. «Ils sont très bons à l'école et en sports.»
Celui qui se considère comme un homme d'affaires avant tout avoue que son implication se fait parfois au détriment de sa famille. Il estime que l'expérience est toutefois enrichissante et qu'il est possible de concilier les deux, même aux prochaines élections municipales.
«Chacun des rôles a apporté quelque chose de nouveau à l'autre. Après tout, gérer une ville, c'est comme gérer une grosse entreprise de services.»
L'histoire de la Fromagerie Boivin recèle d'exemples d'entrepreneurs déterminés et humbles, depuis l'arrière-grand-mère de Luc Bovin qui a repris la ferme familiale seule en tant que jeune veuve.
«La fabrication de formage faisait déjà partie de l'affaire. Quand l'agriculture n'allait pas bien, cette partie soutenait l'autre, et vice-versa. Cet héritage est toujours présent dans la famille, mon petit-cousin possède encore la ferme», relate Luc Boivin.