Le Séminaire des Pères Maristes dans Sillery, à Québec

Pères Maristes: extorsion, leurre, agression sexuelle parmi les accusations

Cinq des sept adolescents arrêtés ce printemps au Séminaire des Pères Maristes pour le partage allégué de photos intimes d’étudiantes seront accusés en Chambre de la jeunesse. Le DPCP a fait connaître vendredi matin les accusations portées contre les cinq jeunes âgés de 13 et 14 ans.

Un premier étudiant est accusé de distribution de pornographie juvénile et d’avoir rendu accessible une image intime sans consentement. Un deuxième est accusé de leurre et d’extorsion. Un troisième est accusé de leurre, d’extorsion et d’avoir rendu accessible une image intime sans consentement. Un quatrième est accusé de leurre. Un cinquième est accusé de leurre, de possession de pornographie juvénile, d’avoir rendu accessible une image intime sans consentement et d’agression sexuelle. 

Cette dernière accusation d’agression sexuelle ferait référence à des attouchements aux fesses des plaignantes par un des accusés.

La période des accusations couvre du 1er septembre 2017 au 29 avril 2018, ce qui ne signifie pas que les infractions alléguées se sont produites tout au long de l’année.

La comparution des cinq jeunes se fera le 14 septembre en Chambre de la jeunesse de la Cour du Québec. Leur présence ne sera pas requise.

Plusieurs crimes sexuels sont punis par une peine minimale chez les adultes. Il n’y a toutefois aucune peine minimale pour les adolescents.

Interdit de communiquer

Tous les jeunes accusés devront observer la condition de s’abstenir de communiquer directement ou indirectement avec les plaignantes et de s’abstenir de les importuner. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales indique avoir communiqué avec la direction de l’école pour l’informer des conditions.

Les jeunes filles auraient elles-mêmes photographié et filmé leurs parties intimes. Leurs mères ont expliqué à Radio-Canada cet été que les jeunes filles avaient transmis les images à quelques garçons parce qu’elles avaient cédé à leurs pressions et à leurs menaces. Les garçons auraient ensuite montré et relayé les images à d’autres jeunes. 

Les garçons ont plutôt rapporté à leurs parents que les filles étaient volontaires pour envoyer les images, dans un contexte de flirt.

Après la dénonciation par les jeunes filles et leurs parents le 18 avril, les garçons, âgés à ce moment de 12 et 13 ans, ont vu leur téléphone cellulaire saisi et ont été suspendus à la maison pour une semaine. Ils ont ensuite suivi leurs cours dans un pavillon séparé jusqu’à la fin de l’année.

La police de Québec s’est déplacée au Séminaire le 2 mai pour procéder à l’arrestation des jeunes, tous laissés en liberté sous condition.

Le 21 juin, la direction des Pères Maristes annonçait par écrit que les sanctions imposées étaient appropriées et que tous les élèves impliqués, garçons et filles, pourraient revenir à l’école à la fin du mois d’août.

Après une intense campagne de groupes de défense des droits des victimes, trois garçons ont été expulsés par le conseil d’administration des Pères Maristes à la mi-août. Ils ont obtenu la semaine dernière une injonction de la Cour supérieure pour pouvoir réintégrer leur école. Le juge leur avait aussi, à ce moment, imposé de nombreuses conditions.

Quatre garçons qui faisaient l’objet de l’enquête ont changé d’école.

Une seule des trois plaignantes a décidé de continuer sa scolarité aux Pères Maristes. Les deux autres ont intégré un nouvel établissement.

Sanctions extrajudiciaires

Les deux autres jeunes arrêtés par la police seront traités selon le programme des sanctions extrajudiciaires. En vertu de ce programme, couramment utilisé en jeunesse, le jeune contrevenant doit participer à une séance de médiation avec la victime, transmettre ses excuses, faire un geste de réparation et parfois faire des travaux communautaires.

Par voie de communiqué, la direction et le conseil d’administration de l’école secondaire privée ont dit souhaiter prendre le temps d’étudier la décision du DPCP.

Aucune condition n’empêche les jeunes accusés de fréquenter le Séminaire, mais il leur est interdit de communiquer avec les victimes alléguées.

«Cette décision et l’ordonnance de sauvegarde émise par la Cour supérieure limitent grandement la marge de manœuvre de l’école. À court terme, nous souhaiterons adapter notre plan d’action, et ce, en collaboration avec le DPCP qui est responsable du respect des conditions qu’il a émises», a indiqué François Sylvain, directeur général.