Les deux témoins-vedettes de la Commission Charbonneau, Ken Pereira et Lino Zambito, étaient de passage à Saguenay, mercredi. Une trentaire de personnes ont écouté ce qu'ils avaient à dire.

Pereira et Zambito à Saguenay

« Un citoyen, seul, peut faire bouger les choses. Ça peut être long. Pour que justice soit faite, c'est un marathon, pas un 100 mètres. » Les deux témoins-vedettes de la Commission Charbonneau, Ken Pereira et Lino Zambito, étaient de passage à Saguenay, mercredi, afin de rencontrer les citoyens. Ensemble, ils veulent démontrer que David gagne toujours contre Goliath.
Ken Pereira et Lino Zambito étaient les invités de la Ligue d'action civique, qui organise des conférences au peu partout au Québec depuis quelques mois. Le sujet de la conférence : la corruption et la politique. « Nous sommes en pleine année électorale. Je sais que vous avez un maire qui est en poste depuis bien longtemps. On espère motiver les citoyens à s'impliquer et à faire avancer les choses. À creuser et à poser des questions », a affirmé Rodolph Parent, de la Ligue d'action civique. 
Il était peu probable que Ken Pereira et Lino Zambito s'unissent un jour pour donner des conférences et répondre aux questions des citoyens. Le premier, Ken Pereira, était un leader syndical, un mécanicien industriel qui a travaillé 25 ans pour l'industrie de la construction. Le second, Lino Zambito, était un entrepreneur en construction qui baignait dans la collusion. L'un travaillait dans le milieu industriel, l'autre dans les secteurs commercial et résidentiel. Mais leur passage à la Commission Charbonneau les ont réuni, faisant d'eux des figures aujourd'hui connues à la grandeur de la province. 
« Lorsqu'on s'est vu à la commission, on se regardait de la même manière. On s'est liés et lorsque la Ligue d'action civique nous a contactés, on a accepté avec plaisir. Ce qu'on veut, c'est démontrer qu'un citoyen peut faire bouger les choses. On l'a fait », a expliqué Ken Pereira en entrevue au Quotidien
L'homme qui a dénoncé publiquement les pratiques des dirigeants de la FTQ-Construction en faisant la lumière sur le scandale des allocations du grand patron de l'époque Jocelyn Dupuis est devenu une véritable star aux yeux de plusieurs. D'ailleurs, mercredi soir à la salle le 4 Barils de Jonquière, les citoyens le félicitaient pour son courage. « Je suis encore barré de la construction et je pense que je vais l'être toute ma vie. Ce qu'on se dit dans le salon, je l'ai dit devant le Québec entier. Je suis un individu, seul, qui a fait trembler une institution comme la FTQ-Construction. J'aurais bien pu me taire. À l'époque, les ministres m'ont rencontré. Les Hells Angels m'offraient 500 000 $ pour que je sois de leur bord. Les mafieux aussi », raconte celui qui vit aujourd'hui des jours plus tranquilles. Il ne reçoit plus de menaces. « Les projecteurs sont aussi puissants qu'un gun comme protection. Mais je touche quand même du bois », souligne Ken Pereira. 
De son côté, Lino Zambito purge toujours sa peine de prison de deux ans moins un jour en collectivité. Il sera un homme libre en novembre prochain. « J'ai quelques petits projets professionnels. Les citoyens me demandent souvent de me lancer en politique, mais je pense que je suis plus utile en donnant ce genre de conférence et en encourageant les gens à vouloir faire du Québec un endroit plus net », explique M. Zambito, qui a décidé d'assumer ses responsabilités en dénonçant les pratiques de corruption et de collusion dans lesquelles il baignait lui même en tant qu'entrepreneur de la construction. 
« J'aurais bien pu faire l'imbécile comme d'autres témoins en ayant des trous de mémoire ridicules. Mais j'ai décidé de faire autrement », indique celui qui doit respecter un couvre-feu en raison de sa peine de prison, mais qui avait obtenu une permission de son agent de probation pour venir jusqu'au Saguenay. 
Une trentaine de personnes ont assisté à la conférence. Parmi eux, des élus, comme la conseillère municipale Julie Dufour, mais aussi des aspirants conseillers de Saguenay, comme Mélanie Boucher et Charles Cantin. 
Plusieurs questions ont été posées, notamment sur l'administration municipale de Saguenay. « Comment fait-on pour se faire entendre ? », a demandé une dame.
« Présentez-vous aux réunions du conseil. Posez des questions et faites-le jusqu'à ce que vous obteniez des réponses. Ça peut être très long, mais un jour, vous tomberez sur une personne qui vous écoutera », a affirmé Ken Pereira, faisant régulièrement référence au combat de David contre Goliath. 
Les deux hommes incitent les citoyens à garder l'oeil ouvert face à la politique municipale. « C'est le palier de gouvernement qui est le plus négligé, mais qui est le plus important, puisqu'il est le plus proche des gens. Et les citoyens sont les chiens de garde de la population », a affirmé Ken Pereira.
Ce qu'ils ont dit
« Les gens nous voyaient comme des crosseurs au début. Mais on a dit la vérité. Notre image a complètement changé. J'ai été vu comme un délateur, mais au final, j'ai été un sonneur d'alarme. »
- Ken Pereira, à propos de son passage à la Commission Charbonneau
« Quand on se lance en politique, il faut le faire pour les bonnes raisons. Je crois que Bernard Gauthier (Rambo) l'a fait pour protéger son coin de pays et c'est bien. Mais on ne fait pas de politique comme on gère un chantier de construction. »
- Lino Zambito, lorsque le candidat aux élections municipales Charles Cantin lui a demandé ce qu'il pensait de la candidature de Bernard Gauthier aux élections provinciales de 2018
« J'ai rencontré des ministres qui ne comprenaient rien de ce qui se passait autour d'eux. Ils n'étaient pas plus intelligents que moi. Ils étaient peut-être plus éduqués. Ils avaient peut-être de beaux diplômes accrochés sur leur mur, mais ils n'étaient certainement pas plus intelligents que moi. »
- Ken Pereira, à propos de rencontres tenues en marge de la Commission Charbonneau
« Le quotient intellectuel de certains élus et d'une poupée gonflable, c'est pas mal la même affaire. »
- Ken Pereira, qui encourage les citoyens à ne pas être intimidé par les politiciens
« L'UPAC n'est certainement pas venue au Saguenay juste pour le fun. »
- Lino Zambito