Marcel Munger marchait déjà entre 10 et 15 kilomètres par jour l’année précédant le grand départ.

Père et fils sur le chemin de Compostelle

Le Laterrois Dominic Munger voulait s’offrir un voyage significatif pour ses 30 ans. Le rêve de marcher le chemin de Compostelle, en solitaire, a commencé à germer dans son esprit il y a près de deux ans. C’est en discutant de son projet avec son père, Marcel, que l’idée d’un voyage père-fils a commencé à faire son chemin. Quelque 518 kilomètres, un million de pas et 23 jours de marche plus tard, les deux hommes reviennent d’un pèlerinage la tête remplie de souvenirs et le coeur gonflé de fierté.

« Je suis quelqu’un qui voyage beaucoup. Je voulais faire quelque chose de spécial pour mes 30 ans. Je voulais réaliser un accomplissement, un voyage spirituel. J’ai eu l’idée de faire l’un des chemins de Compostelle », raconte Dominic Munger, lorsque rencontré en compagnie de son père, Marcel, et de sa mère, Christiane Pedneault, quelques jours après l’arrivée du duo.

Alors qu’il croyait faire ce voyage en solitaire, Dominic a rapidement constaté l’intérêt de son père. « Il me trouvait chanceux de faire ça. Je n’ai pas hésité et je lui ai demandé s’il voulait m’accompagner », ajoute le jeune homme.

Marcel Munger marchait déjà entre 10 et 15 kilomètres par jour l’année précédant le grand départ.

Âgé de 65 ans, Marcel Munger, qui est un bon marcheur, a été ému que son fils l’invite à partager cette expérience avec lui. « Ce n’est pas tous les pères et tous les fils qui feront ce genre de voyage. Sur le parcours, on nous félicitait, en nous disant que c’était rare de voir un tel duo », a confié Marcel Munger, visiblement touché par cette expérience unique.

Les deux hommes se sont donc préparés durant un an avant de s’envoler pour l’Europe. Puisque ceux qui affrontent les chemins menant à la cathédrale de Saint-Jacques de Compostelle sans être préparés, autant mentalement que physiquement, trouveront le défi particulièrement difficile.

Le parcours propose des vues magnifiques sur les petits villages visités.

« Nous marchions vraiment beaucoup. Mon père faisait entre 10 et 15 kilomètres de marche par jour, l’année avant de partir. Nous avons également beaucoup lu sur le sujet, en plus de bien nous équiper. Parce que le secret réside vraiment dans les bottes de marche ! », lance Dominic.

Le duo père-fils a donc décidé de s’attaquer au chemin Camino Francés, qui parcourt l’Espagne et qui s’étend sur 518 kilomètres. Ils avaient 23 jours devant eux pour se rendre à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Le chemin Camino Francés s’étend sur 518 kilomètres.

« Ensemble, d’un bout à l’autre »
« Nous nous sommes promis deux choses, avant de partir. Premièrement, qu’il fallait s’attendre, et deuxièmement, si quelque chose n’allait pas, il fallait se le dire. Nous voulions vraiment être sur la même longueur d’onde et partager ce moment ensemble, d’un bout à l’autre », explique Marcel Munger.

Évidemment, bien qu’ils soient préparés, les deux hommes ne savaient pas comment leur corps et leur esprit allaient réagir. « On s’était dit que nous marcherions une trentaine de kilomètres par jour, mais on s’est rendu compte, durant les premiers jours, que c’était un peu trop. Nous avons donc descendu à 28 et à 25 kilomètres, puis certaines journées, nous en faisions un peu moins. Il y a des montées d’une vingtaine de kilomètres, alors on ne peut pas maintenir le même rythme jour après jour », explique Dominic Munger.

Tout au long du chemin, les pèlerins sont invités à suivre les flèches jaunes, qui mènent à Compostelle.

Et il faut ajouter à cela un bagage de 20 livres sur les épaules, de même que certaines journées particulièrement chaudes. Les chemins de Compostelle sont parsemés de refuges, de villages, de gîtes, de restaurants et de boutiques. Le parcours se fait donc en nature, en montagne, mais est aussi entrecoupé d’arrêts ici et là, histoire de découvrir le pays.

De retour à la maison, Marcel Munger et son fils Dominic montrent leur «passeport» du chemin Camino Francés, sur lequel chaque arrêt est étampé.

« Vraiment magique »
« Voir des coins de l’Espagne qu’on ne verrait pas en temps normal, c’est vraiment magique. Et tous les petits villages visités ont quelque chose de spécial. Chaque matin, on se levait très tôt, vers 5 h 30, et on prenait la route vers 6 h. On assistait tous les matins au lever du soleil. On finissait la journée en prenant un verre de vin et on se couchait évidemment très tôt. Les premiers jours ont été un peu plus difficiles, le temps que notre corps s’habitue, mais on a été chanceux. Nous n’avons pas eu de blessures, à part mon père qui a souffert d’une seule ampoule au pied. On a quand même été chanceux, parce que certaines personnes rencontrées sur le parcours avaient vraiment les pieds blessés », raconte Dominic Munger, ajoutant que les rencontres sur les chemins de Compostelle sont également un aspect marquant du voyage.

« Il y a beaucoup de Coréens. Ils ne parlaient pas anglais, mais on finit toujours par se comprendre. Nous avons également rencontré des dames de 85 ans, qui avaient débuté le chemin il y a plusieurs années et qui étaient venues le terminer. Il y a vraiment beaucoup de personnes seules, mais on finit par suivre toujours les mêmes sur les longues distances. On se rapproche, on vit ensemble quelque chose de tellement spécial. Mais une fois que c’est terminé, on ne se reverra sans doute jamais », souligne le jeune homme.

Une fois le parcours complété, les deux hommes se sont récompensés avec une excursion jusqu’à l’océan Atlantique. En autobus!

Une question brûlait les lèvres de la journaliste. Le père et le fils se sont-ils chicanés durant ces 23 jours de marche intensive ? « Pas une seule fois ! On était vraiment sur la même longueur d’onde et on s’entraidait beaucoup. On s’encourageait », a souligné Marcel Munger.

« On s’est toujours bien entendu, mais c’est certain qu’on n’avait jamais vécu une telle proximité. Mais non, on ne se tapait même pas sur les nerfs ! », a ajouté Dominic.

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REVENIR À LA BASE ET VIVRE LE MOMENT PRÉSENT

Vivre le moment présent. Voilà sans doute ce qu’ont retenu Dominic et Marcel Munger de leur expérience sur le chemin de Compostelle. 

«Les pèlerins disent que le chemin continue de faire son chemin à l’intérieur de soi lorsqu’on revient. C’est sans doute vrai. Je ne m’en rends pas vraiment compte encore, car on est revenus la semaine dernière, mais je pense être plus en mesure de profiter du moment présent», explique Dominic Munger.

En mettant le pied sur cette célèbre route, il ne faut pas penser au jour où l’on va arriver. La route serait bien trop longue et décourageante, mentionnent les deux hommes.

Marcel Munger, lui, était déjà en mesure de profiter du moment présent. Il n’a donc pas eu à travailler sur cet aspect de sa personnalité. De son côté, Dominic s’est imposé une coupure avec l’actualité et les médias sociaux. «Je ne voulais pas passer mon temps sur Facebook. Je voulais vraiment vivre ce moment avec mon père. Nous pouvions être des heures à ne pas parler, mais on était ensemble. Plusieurs pèlerins sont sur leur téléphone intelligent, c’est un peu bizarre à voir», note Dominic Munger.

«Même en arrivant à Compostelle, il fallait regarder devant nous, car il y a vraiment beaucoup de monde, et plusieurs ne lèvent pas la tête de leur téléphone!», ajoute Marcel, quelque peu étonné. 

Le seul moment où le fils se permettait de prendre son téléphone, c’était pour donner des nouvelles à sa mère, Christiane, qui avait tout de même laissé partir son fils unique et son mari! 

D’ailleurs, la dame avait bien hâte de retrouver les deux hommes de sa vie. «J’étais vraiment contente qu’ils vivent ça ensemble. Marcel était tellement touché. Mais la dernière semaine, j’avais hâte de les retrouver! J’étais un peu inquiète aussi qu’ils se blessent. Ce n’est pas un chemin facile», a confié la dame, qui a été surprise de voir son mari avec 15 livres en moins lorsqu’elle est allée le chercher à l’aéroport. Dominic, lui, avait perdu cinq livres. Et les deux hommes étaient particulièrement bronzés. 

Bien que beaucoup de pèlerins parcourent le chemin pour une raison religieuse, plusieurs le font aussi pour «revenir à la base» ou simplement y vivre une expérience spirituelle. C’est un peu pour cette raison que le père et le fils s’y sont aventurés.  

Et Marcel et Dominic Munger sont unanimes. Ils ont vécu le plus beau voyage de leur vie. «Ces souvenirs et cette expérience resteront gravés à jamais en nous, et nous allons toujours partager ce moment unique», a souligné Dominic.

La consécration: la Cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle.

200 000 pèlerins par année

Le chemin de Compostelle rassemble chaque année environ 200 000 pèlerins. Ce nombre est en constante augmentation. Le sentier Camino Francés attire environ le deux tiers des marcheurs. Mais les sentiers sont nombreux et peuvent partir d’aussi loin que de la France. Bien que la majorité des pèlerins effectuent le trajet à pied, certains s’y aventurent également en vélo. Le but des pèlerins est d’atteindre le tombeau attribué à l’apôtre saint Jacques le Majeur, situé dans la crypte de la cathédrale de Saint-Jacques-de-Compostelle. Le chemin est le pèlerinage le plus célèbre du monde.