Sylvie Prescott, la directrice générale du Cégep de Saint-Félicien, estime que la réforme du PEQ mettrait en péril plusieurs programmes tout en ayant un impact négatif sur l’économie régionale.

PEQ: des programmes en péril au Cégep de Saint-Félicien

La réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) proposée par le gouvernement Legault met en péril plusieurs programmes au Cégep de Saint-Félicien, lequel compte près de 250 étudiants internationaux, générant des retombées de 5 millions $ dans le secteur, estime Sylvie Prescott, la directrice générale de l’institution d’enseignement.

Selon les modifications au PEQ, seuls les étudiants inscrits dans des programmes sélectionnés par le gouvernement pour répondre aux besoins de main-d’œuvre pourront faire la demande pour obtenir le Certificat de sélection du Québec. Ce programme accéléré, qui permet d’obtenir la citoyenneté canadienne plus rapidement, est un outil de recrutement clé pour plusieurs institutions d’enseignement comme le cégep de Saint-Félicien qui compte 250 étudiants internationaux sur un total de 1050 étudiants.

À Saint-Félicien, la majorité des étudiants internationaux étudient dans sept programmes techniques, explique la directrice générale, mais seulement trois d’entre eux se retrouvent sur la liste des programmes sélectionnés par le gouvernement donnant accès au PEQ, soit les techniques de soins infirmiers, de santé animale et de l’informatique. « Environ 40 étudiants étudient dans ces trois techniques », dit-elle. Ainsi, 210 autres se retrouveraient exclus.

Mercredi, le gouvernement Legault a fait un recul partiel en ajoutant une clause de droits acquis aux étudiants qui sont déjà au Québec, mais la réforme pourrait faire chuter le nombre d’étudiants internationaux dans plusieurs programmes au cours des prochaines années, craint cette dernière.

Sylvie Prescott s’inquiète notamment de la technique en tourisme qui accueille 90 % de clientèle internationale, notamment de France, du Mexique, de l’Île-de-la-Réunion et de Nouvelle-Calédonie.

« Sans la clientèle internationale, il serait très difficile d’offrir ce programme parce qu’à peine trois ou quatre Québécois s’y inscrivent chaque année », dit-elle, soulignant que les étudiants travaillent dans les entreprises régionales tout au long de leur parcours étudiant.

Même son de cloche en ce qui a trait à la technique de transformation des produits forestiers. « Le programme n’a pas été offert pendant neuf ans, remarque la directrice générale, et c’est grâce aux efforts concertés avec les entreprises du milieu forestier pour faire du recrutement ciblé en France que l’on a réussi à relancer le programme, il y a deux ans. »

Le Cégep de Saint-Félicien accueille 250 étudiants internationaux, sur un total de 1050 étudiants.

Ainsi, une dizaine d’étudiants français se sont inscrits au programme et deux étudiants québécois se sont joints au groupe. Sans eux, le programme n’aurait jamais démarré, car il faut un minimum de 10 étudiants pour lancer une formation.

C’est d’ailleurs un étudiant français inscrit à la technique de transformation des produits forestiers qui était en vedette lors du lancement de la Stratégie de recrutement de la main-d’œuvre Ose le pays des Bleuets, l’an dernier, alors qu’il avait invité ses compatriotes à venir étudier au Québec.

Karl Blackburn, le porte-parole de Produits forestiers Résolu espère que la réforme ne réduise pas le nombre d’étudiants dans ce programme, car les besoins de l’industrie sont énormes.

En technique du milieu naturel, 15 % des effectifs proviennent de l’international alors que la technique de comptabilité et de gestion en accueille 5 %.

Pour chaque étudiant accueilli, le Cégep reçoit entre 12 000 $ et 18 000 $, soutient Sylvie Prescott. « Cet argent-là permet d’offrir d’embaucher du personnel et d’offrir des services aux étudiants. Avec 210 étudiants en moins, l’impact serait terrible », dit-elle, craignant à terme pour la survie du cégep.

Même s’ils ne sont pas les plus fortunés de la société, les étudiants génèrent d’importantes retombées économiques dans la région, ajoute cette dernière, soit environ 5 millions $, si on considère des dépenses de 20 000 $ par an pour se loger, se nourrir, se vêtir et s’amuser.

Au-delà de maintenir les services et l’offre de programmes au cégep, la réforme du PEQ met en péril la croissance économique régionale, car les entreprises touristiques, les transformateurs de bois, et presque toutes les entreprises de la région sont en pénurie de main-d’œuvre, ajoute Sylvie Prescott. L’idéal serait d’annuler carrément la réforme, mais le gouvernement doit au moins faire une analyse régionale des besoins de main-d’œuvre au lieu de regarder seulement l’image à l’échelle de la province. « Nous sommes les seuls à offrir la technique du milieu naturel et la technique de transformation du bois, dit-elle. C’est sûr que les volumes de finissants sont moins grands, mais les besoins sont énormes dans les entreprises. »

Sylvie Prescott ne comprend pas pourquoi le gouvernement Legault s’entête avec cette réforme, car les formations professionnelle, technique et universitaire permettent d’encadrer les nouveaux arrivants, de les franciser au besoin et de les intégrer à la société. « C’est le meilleur canal pour l’intégration », dit-elle, saluant la vision de ses prédécesseurs qui ont amorcé le recrutement international.

Selon France Voisine, le directeur adjoint des études au Cégep de Saint-Félicien, le gouvernement envoie le mauvais message aux étudiants étrangers et aux institutions qui déploient des efforts pour recruter à l’international. Malgré tout, une porte de sortie demeure pour tous les étudiants internationaux qui obtiennent un diplôme au Canada, dit-il, car il est possible de faire une demande de permis de travail post-diplôme au gouvernement canadien. Le permis, qui est généralement délivré en un mois, permet de travailler au pays pour une durée équivalente à la durée des études... ce qui permet de faire la demande de « certificat de sélection du Québec (CSQ) », une étape pour obtenir la résidence permanente, dans un délai de 12 à 18 mois. Un processus beaucoup plus long, avec plus de tracas administratif que de passer par le PEQ, qui permettait d’obtenir le CSQ en 20 jours, explique ce dernier.