Dans les vestiaires réguliers du PEPS (un pour les femmes et un pour les hommes), la nudité est tolérée, mais le port de la serviette est recommandé, indique une porte-parole de l'Université Laval.

PEPS: «Monsieur, votre serviette!»

Un vendredi soir, après ses deux heures habituelles d’activité sportive au PEPS de l’Université Laval, Mario* a pris sa douche dans le vestiaire masculin. Il est retourné à son casier nu, sa serviette dans la main, et a croisé un agent de sécurité qui lui a ordonné de se couvrir.

«Il m’a dit: “Monsieur, votre serviette!” en la pointant du doigt. C’était très directif. J’ai compris qu’il fallait que je mette ma serviette autour de ma taille...»

Une semaine plus tôt, Gaston* a reçu le même avertissement d’un agent de sécurité dans le même vestiaire. Il se déplaçait lui aussi entre la douche et son casier lorsqu’il a reçu la directive: «Monsieur, votre serviette!»

Les deux hommes dans la soixantaine, qui ont été avertis dans le dernier mois, se sont sentis insultés et surveillés. Ils ont aussi eu la désagréable impression qu’on brimait leur liberté de se dévêtir dans le vestiaire, comme ils le font depuis longtemps au PEPS. 

«Ce n’est pas comme si on faisait exprès pour se pavaner», dit Gaston. «On fait juste prendre notre douche et se changer.»

Ces avertissements contre la nudité dans les vestiaires du PEPS illustrent le fragile équilibre entre liberté et sécurité que l’Université Laval tente de maintenir dans la foulée de crimes et d’abus sexuels sur son campus. Ils surviennent aussi quelques mois après la controverse suscitée par l’interdiction de toute nudité à l’intérieur des vestiaires des piscines municipales de Brossard. 

Le PEPS compte trois vestiaires: un pour la famille et deux réguliers (un pour les femmes et un pour les hommes). Dans le vestiaire familial, la nudité est interdite; l’utilisation des cabines vestimentaires est obligatoire. «Dans les vestiaires réguliers, la nudité est tolérée, mais le port de la serviette est recommandé», indique André-Anne Stewart, porte-parole de l’Université Laval. 

Mme Stewart affirme qu’«aucune directive n’a été donnée à nos agents de sécurité concernant l’interpellation de la clientèle» pour le port de la serviette. Toutefois, à la lumière des témoignages recueillis par Le Soleil, «tous les agents et le personnel seront rencontrés et sensibilisés à la situation», précise-t-elle. «On prend ça très au sérieux.»

Excès de pudeur?

Mario et Gaston trouvent que les agents de sécurité ont exigé d’eux un excès de pudeur, comme à Brossard. Lorsqu’il s’est fait avertir, Mario a eu le sentiment de revivre sa jeunesse religieuse. «Un peu plus et j’ai cru revoir un crucifix avec le Bon Dieu regardant de côté pour que ses yeux ne croisent ma graine offensante», a-t-il écrit au Soleil.

«J’ai été élevé dans une famille catholique relativement scrupuleuse et il a fallu que je m’habitue à me dévêtir en public», précise-t-il au téléphone. Il lui a fallu un certain temps avant d’être à l’aise nu dans un vestiaire. 

Dans l’insistance des agents de sécurité du PEPS sur le port de la serviette, Mario a vu un certain retour au puritanisme, comme si l’Université envoyait le message «qu’un pénis, c’est pêché et que ça devrait être caché».

Après s’être fait ordonner de se couvrir, Mario s’est informé au comptoir du PEPS. La personne «ne semblait pas étonnée et a dit : “Tu t’es fait pincer?”, en voulant dire: “T’avais pas ta serviette autour du corps”», raconte-t-il. 

Mario a demandé pourquoi la nudité était proscrite de la sorte. Il affirme qu’on lui a répondu: «C’est par rapport aux pédophiles».

La porte-parole de l’Université Laval, André-Anne Stewart, affirme que c’est pour répondre aux besoins de différents types de clientèles du PEPS — dont les âges et les cultures varient beaucoup — que le port de la serviette est recommandé. 

À Brossard, la consigne interdisant la nudité avait été prise après que des citoyens se soient plaints que leurs enfants ou qu’eux-mêmes soient exposés aux corps nus d’autres utilisateurs de la piscine. Le porte-parole de la Ville de Brossard, Alain Gauthier, précise qu’il n’y pour l’instant pas de sanctions qui accompagnent le non-respect de la consigne et que les usagers de la piscine sont invités à faire preuve de discrétion, notamment en présence des enfants. 

À l’Université Laval, les préoccupations sécuritaires par rapport aux infractions sexuelles ont augmenté ces dernières années à la suite de deux crimes de cette nature. 

À l’automne 2016, Thierno-Oury Barry, 21 ans, s’était introduit dans les chambres de plusieurs femmes résidant au pavillon Parent. Il avait plaidé coupable à quatre introductions par effraction avec agression sexuelle et quatre introductions par effraction commises avec l’intention de commettre une agression sexuelle. Début mars, il a été condamné à trois ans de prison. 

Voyeurisme

En novembre 2017, un homme de 63 ans s’est fait pincer par des témoins à capter des images dans le vestiaire pour hommes du PEPS. Les agents de sécurité de l’Université Laval étaient intervenus et le Service de police de la Ville de Québec avait pris le relais quelques instants plus tard. Le sexagénaire avait été arrêté pour voyeurisme.

Les règles du PEPS stipulent qu’il est interdit de prendre des photos avec un cellulaire dans les vestiaires. «Les agents de sécurité sont vigilants à cet effet», indique André-Anne Stewart, la porte-parole.

Fin novembre, une étude indépendante traçant le premier portrait des violences sexuelles répertoriées à l’Université Laval contenait les témoignages de plusieurs personnes qui disaient en avoir subi au PEPS. 

Un homme anonyme affirmait par exemple avoir été victime de harcèlement sexuel. Chaque «fois que je me rendais aux vestiaires, j’étais toujours face à des hommes totalement dénudés, ce qui pour moi est très dérangeant», disait-il. «D’ailleurs, la situation était devenue tellement difficile que j’avais renoncé à utiliser ces vestiaires et que donc je retardais ma douche jusqu’à mon retour chez moi. En dehors du fait que ces hommes [assez âgés pour la plupart] soient dénudés et montrent leurs parties génitales, j’avais toujours des suspicions sur le fait qu’on m’observait ou non quand je me changeais, ce qui procurait un sentiment désagréable.»

Mario et Gaston disent qu’ils peuvent comprendre les soucis sécuritaires qui ont conduit les agents de sécurité à leur ordonner de se couvrir. «Mais je ne suis pas certain que soit le bon remède», dit Mario. 

* Les noms de deux hommes ont été modifiés pour protéger leur identité.