Un record de 3,3 millions de plants qui n’étaient pas conformes au reboisement ont été jetés à la pépinière de Normandin.
Un record de 3,3 millions de plants qui n’étaient pas conformes au reboisement ont été jetés à la pépinière de Normandin.

Pépinière de Normandin : 3,3 millions de plants détruits, un record!

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
La pépinière de Normandin a récemment détruit 3,3 millions de plants, soit 30% des livraisons prévues en 2020. Selon le ministère, un manque d’expertise ponctuel explique en partie cette perte record.

Ensemencés en 2018, les plants n’étaient pas de qualité suffisante pour être livrés sur les sites de reboisement, après deux saisons complètes de croissance, explique Catherine Thibeault, conseillère en communication, au Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP). Des pertes sont « inévitables » chaque année, dit-on, car la production de plants forestiers est réalisée à l’extérieur, après la première année de croissance en serre. « À l’instar de toute production agricole, les pépinières forestières doivent composer avec les aléas liés à des facteurs biologiques et des conditions météorologiques défavorables », dit-on au MFFP.

Des pertes aussi importantes font l’objet d’un suivi, poursuit le MFFP, afin de déterminer les causes exactes de la perte et pour identifier les mesures à prendre pour éviter qu’une telle situation ne se répète. Par exemple, des tests ont été réalisés sur les substrats et pour identifier les agents pathogènes, mais il semble que ce soit plutôt un problème opérationnel qui a causé la perte.

« Dans ce cas-ci, des enjeux opérationnels et techniques au moment de l’ensemencement en 2018 et, plus particulièrement, des conditions climatiques particulières et défavorables survenues au printemps et à l’automne 2018 puis au cours de l’hiver 2019, ont été identifiées parmi les causes de mortalité des plants de la pépinière forestière publique de Normandin en 2020 ».

Questionné pour savoir quels sont les enjeux opérationnels et techniques en cause, le MFFP répond ceci : « À l’été 2018, la pépinière de Normandin a dû composer avec du personnel technique absent pour cause de maladie, ce qui a causé une importante perte d’expertise. Cette situation a été en partie réglée par l’ajout d’une ressource disponible dans le réseau des pépinières publiques. »

Au MFFP, on soutient que « la pépinière de Normandin peut compter sur des gestionnaires compétents et d’expérience dans le domaine de la gestion des opérations ». Des sources, qui préfèrent garder l’anonymat, remarquent toutefois que l’on retrouve un climat de travail malsain à la pépinière, car plusieurs supérieurs exigent une « obéissance aveugle » à leurs subalternes. Lorsque des employés proposent d’améliorer certains aspects du travail, on leur dit de faire leur travail. Lorsqu’un travailleur dérange, il est déplacé à un autre poste.

De plus, il existerait un manque de leadership positif, alors que des groupuscules se forment pour contrôler le pouvoir. « Les supérieurs jouent à la chaise musicale et ils ne connaissent souvent rien à leur nouveau poste », dit une source.

Des pertes de 2,3% à l’échelle de la province

Cette année, 38 millions de plants seront mis en terre au Saguenay-Lac-Saint-Jean et 139 millions à l’échelle du Québec. La perte à la pépinière de Normandin, représente donc l’équivalent de 2,3% des plants disponibles à l’échelle de la province.

Chaque année, les pépinières produisent 10% de plants supplémentaires, comme marge de sécurité, dit-on au MFFP. Ainsi, les pertes de Normandin pourront être compensées par les marges provenant des autres pépinières. Étant donné que les travaux de reboisement ne sont pas encore terminés, il est impossible de dire si la perte de 3,3 millions de plants a causé une réduction des plants mis en terre, d’autant plus que les restrictions liées à la COVID-19 peuvent avoir une influence.

Des plants jetés qui auraient pu être donnés

Selon une de nos sources, les plants qui ne répondaient pas aux critères pour le reboisement étaient pourtant viables. Même s’ils n’avaient pas un système racinaire assez développé pour survivre en forêt, ils auraient pu être offert au grand public au lieu d’être jetés. Ils auraient ainsi contribué au reboisement des villes tout en captant du carbone de l’atmosphère. Questionné à savoir pourquoi les plants n’ont pas été offerts au grand public, le MFFP répond qu’« outre lors des activités annuelles entourant le Mois de l’arbre et des forêts, aucune distribution de plants forestiers n’est faite par le ministère de Forêts, de la Faune et des Parcs », sans justifier pourquoi.