La ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet.

Pédale douce sur les aires protégées

Le gouvernement du Québec évite de prononcer le terme "moratoire" en ce qui concerne le caribou forestier, mais la ministre des Ressources naturelles Martine Ouellet a demandé à ses fonctionnaires de lui préparer les devis de ce que devrait être une vaste étude sur les habitudes de cet animal avant de mettre en place une éventuelle formule de protection.
Au cours d'une entrevue qu'elle accordait au Quotidien, hier, en lien avec la vaste problématique du caribou forestier qui oppose les environnementalistes et les communautés forestières du Québec, Martine Ouellet n'a pas utilisé le terme moratoire pour résumer la position de son gouvernement. Elle va toutefois dans le même sens que son collègue au Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs (MDDEFP), Yves-François Blanchette, qui avait mis sur la glace le Plan de rétablissement du caribou forestier 2013-2023 en attendant la production d'études sur les impacts socio-économiques des mesures proposées.
«Dans l'objectif d'être en mesure d'intégrer toute la question du caribou forestier dans la gestion forestière, j'ai demandé à mon ministère de préparer un plan pour des études et identifier qui pourrait les faire, et à quels coûts», a expliqué la ministre, visiblement consciente du débat qui fait rage en ce moment et de l'inquiétude des élus des communautés forestières face à des réductions additionnelles de la possibilité de coupe découlant des plans de protection sur la table.
La ministre plaide pour la nécessité d'accroître les connaissances sur les habitudes de vie des caribous afin d'identifier les solutions les plus efficaces: «On sait que ce sont des animaux qui se déplacent sur de grandes distances. Il faut avoir des connaissances pour mieux comprendre ce que l'on doit protéger. Ça prend des études pour nous guider sur ce que nous mettrons en place, qu'on les désigne comme aires de protection du caribou ou sous un autre nom.»
Pris de vitesse
La décision de la ministre Martine Ouellet a pour effet de couper l'herbe sous les pieds du Parti libéral du Québec qui accusait le gouvernement en place d'abandonner les travailleurs forestiers au profit du caribou. La réalisation d'études approfondies sur ce cervidé va repousser de quelques années la mise en place du Plan de rétablissement 2013-20 123 qui se serait traduit par une diminution de la possibilité forestière de 3 millions de mètres cubes de résineux et la disparition de 9000 emplois dans trois régions forestières, dont le Saguenay-Lac-Saint-Jean, selon les chiffres établis par les fonctionnaires du gouvernement du Québec.
Au cours de l'entrevue accordée au Quotidien, la ministre n'a jamais laissé croire que le gouvernement n'était pas intéressé à protéger cet animal. Elle a cependant endossé des positions déjà avancées par le député Denis Trottier de Roberval et le ministre Alexandre Cloutier dans Lac-Saint-Jean, qui ont déjà mis le pied sur le frein pour la création des aires protégées.
Malgré la mise sur la glace du plan de rétablissement du MDDEPF, le gouvernement s'occupe de la protection du cervidé puisque le ministère des Ressources naturelles impose aux compagnies forestières le respect du Plan d'aménagement de l'habitat du caribou forestier qui comprend également le principe des massifs forestiers de protection. Il s'agit d'une seconde mouture de ce plan qui est entrée en vigueur en 2012 et qui se terminera en 2017.
Aires de coupes maintenues
La nouvelle annoncée par Martine Ouellet s'inscrit en droite ligne avec la position globale du gouvernement du Québec dans le dossier du caribou forestier. De passage au Quotidien hier, le ministre régional Stéphane Bédard a expliqué que Québec allait à l'avenir traiter conjointement les aires protégées et le caribou forestier. Le forestier en chef a de plus reçu la consigne de ne pas tenir compte de ces éléments dans son prochain calcul de possibilité forestière.
«Le gouvernement libéral avait tout abandonné ces questions et ne proposait pas de solution. Dans notre cas, on va faire en sorte de faire travailler ensemble les ministères concernés. On ne prendra pas de précaution qui va mettre en péril des emplois sans savoir s'il y a effectivement une menace. Il n'est pas question de créer des aires protégées et de revenir par après avec le caribou. Les deux problématiques sont maintenant intégrées», a résumé le député de Chicoutimi.
Au cours d'une entrevue qu'elle accordait au Quotidien, la ministre Martine Ouellet a dénoncé la démagogie du Parti libéral du Québec. En plus de l'inaction dans le caribou forestier la ministre rappelle le financement de la Sylviculture lors que le présent budget consacre 50 M$ de plus sur 5 ans à cette industrie que le dernier budget libéral.