Nadia Bolduc et France Simard sont respectivement chargée de projet et coordonnatrice du Mouvement Action Chômage Lac-Saint-Jean.

Patrimoine bâti d'Alma: l’apport des chômeurs souligné

L’hôtel de ville, le pont « tranquille », la fontaine, les murs de la Petite-Décharge. Les chômeurs ont participé à la construction de la ville d’Alma. Une contribution « obligée » qui mérite toutefois d’être soulignée, estime l’équipe du Mouvement Action Chômage Lac-Saint-Jean, qui a réalisé une brochure historique sur le sujet.

On y apprend qu’au début de la Grande Dépression, Alma a utilisé à quelques reprises le programme de travaux publics pour donner de l’ouvrage aux centaines de chômeurs qui demandaient de l’aide. Les hommes ont notamment réalisé des travaux de voirie, comme le drainage dans les rangs. Mais leur plus gros chantier a été celui de l’hôtel de ville et de la caserne des pompiers, construite au coût de 100 000 $. 

Le contremaître gagnait 6 $ par jour. Les charpentiers et menuisiers recevaient 0,40 $ de l’heure. Un homme avec deux chevaux recevait quant à lui un salaire horaire de 0,50 $. 

Après l’hôtel de ville, il y a eu d’autres projets, comme le pont de bois sur la rivière Petite-Décharge. À cette époque, on tenait à faire travailler les chômeurs plutôt que de donner une aide directe. Dans les années 50, les travaux d’hiver ont été mis en place pour donner de l’emploi aux travailleurs saisonniers. 

« Au début de la crise, il y avait des préjugés sur les chômeurs. Ils étaient soit paresseux, soit alcooliques. Ç’a pris du temps avant que le système économique ne soit remis en question. C’est arrivé plus tard que ça », constate Nadia Bolduc, chargée de projet chez Mouvement Action Chômage Lac-Saint-Jean. 

L’ancêtre de l’assurance-emploi

Les programmes de travaux publics et de secours directs sont en quelque sorte les ancêtres du programme d’assurance-emploi. Ils sont bien différents, mais les critères pour y accéder se ressemblent. Avant de pouvoir travailler, les chômeurs devaient prouver avoir épuisé toutes leurs ressources et ne pas posséder de biens importants. Les gens vérifiaient également s’ils avaient refusé un emploi à un autre endroit. Mais malgré le travail, les chômeurs n’arrivaient pas à couvrir leur frais. Les revenus étaient bien insuffisants pour répondre aux besoins de base des familles. 

« On critique nos filets sociaux d’aujourd’hui, mais au moins, on en a. À cette époque, le filet social était presque inexistant. Et la charité était aléatoire », rappelle Mme Bolduc.

Ce n’est qu’en 1940 qu’Ottawa crée le régime d’assurance-chômage, après un mouvement de révolte de la part des chômeurs provenant de partout au pays, notamment de la région. Les conditions de travail misérables dans les camps de travail ont été largement dénoncées.

« On a des filets sociaux aujourd’hui grâce à ces luttes. Mais ces filets, ils sont encore fragiles. Il ne faut jamais tenir pour acquis nos programmes », insiste France Simard, coordonnatrice de l’organisme, qui voulait que les Almatois se souviennent des chômeurs qui ont participé à la construction de la ville dans des conditions difficiles.