Pas une crue exceptionnelle

Les accumulations de neige au sol sur les principaux bassins (aval et amont) du réseau hydrologique de Rio Tinto dépassent la normale. Ce qui ne signifie pas pour autant que la crue 2018 sera exceptionnelle.

Hydrologue en chef de la multinationale, l’ingénieur Bruno Larouche devrait recevoir dans quelques jours les relevés de neige au sol pour la fin mars. Déjà, il sait que le couvert est supérieur à la moyenne puisque les mesures prises au début du mois de mars confirmaient 160 de la normale en amont et 137 en aval pour une moyenne de tous les bassins de 141 %.

« Les mesures que nous réalisons en ce moment devraient confirmer une diminution puisqu’il n’y a pratiquement pas eu de précipitations sur nos bassins pendant le mois de mars », explique Bruno Larouche. L’autre objectif de l’entreprise est de débuter le mois d’avril avec un niveau du lac Saint-Jean à trois pieds. La cible sera atteinte. Pour en arriver à ce niveau, Rio Tinto a commencé par déverser à partir de son réservoir des Passes dangereuses pour faire de la place et le lac Saint-Jean par la suite.

Les crues printanières sont différentes d’une année à l’autre. Elles sont influencées par les conditions météorologiques, et les précipitations peuvent faire une grande différence.

L’idéal pour les hydrologues est une crue désignée comme un « chameau à quatre bosses ». Il s’agit d’une crue qui s’étend sur une longue période avec des changements de température qui se traduisent par des périodes de gel et de ruissellement.

Bruno Larouche, hydrologue en chef chez Rio Tinto, explique qu’un couvert de neige supérieur à la normale ne signifie pas automatiquement une crue printanière supérieure à la normale.

Selon Bruno Larouche, il y a eu des années avec des couverts de neige supérieurs à la moyenne qui ont donné des crues inférieures à la moyenne. L’inverse est également vrai.

Le pire scénario survient lorsque le début de la crue est très lent et qu’elle se déroule sur une très courte période avec des précipitations. Il faut rappeler que le lac Saint-Jean est en mesure d’évacuer 5000 mètres cubes-seconde et qu’en période de crue, les apports d’eau au lac Saint-Jean peuvent atteindre 7000 mètres cubes-seconde.

La crue printanière permet à l’entreprise de remplir ses grands réservoirs situés au nord de la rivière Péribonka. Ce sont ces réservoirs qui approvisionnent les centrales pendant les périodes de diminution des apports d’eau, qui surviennent surtout pendant l’hiver alors que le ruissellement est à son plus bas.

Les différentes manoeuvres réalisées depuis la fin février n’ont pas de lien avec le nouveau modèle de gestion que Rio Tinto mettra en place à partir de la décrue. 

Selon Bruno Larouche, Rio Tinto montera le lac Saint-Jean à des niveaux de 16,5 à 17 pieds pendant une période de dix jours au printemps.

« Nous allons monter le niveau du lac Saint-Jean pendant la décrue alors que les apports d’eau seront de l’ordre de 3000 mètres cubes-seconde. Comme le lac Saint-Jean peut évacuer 5000 mètres cubes-seconde, nous allons avoir une marge de 2000 mètres cubes-seconde », explique l’hydrologue.

Le nouveau modèle de gestion comprend une montée du niveau du lac Saint-Jean au printemps et une diminution du niveau en période automnale pour contrer les phénomènes d’érosion causés par un niveau élevé et de forts vents. 

D’autre part, Rio Tinto a réalisé des travaux d’entretien préventif à ses déversoirs numéro 4 et 5 sur la rivière Grande Décharge. Les travaux sont en cours au déversoir 5, et la porte-parole Xuân-Lan Vu assure qu’ils seront complétés pour le début de la crue printanière.