La directrice du service de Soutien à l’autonomie des personnes âgées, Chantale Boivin, assure qu'aucun employé ne sera forcé à travailler à un endroit où il ne veut pas.
La directrice du service de Soutien à l’autonomie des personnes âgées, Chantale Boivin, assure qu'aucun employé ne sera forcé à travailler à un endroit où il ne veut pas.

Pas question de contraindre des employés, assure le CIUSSS

Louis Tremblay
Louis Tremblay
Le Quotidien
Le CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint n’entend pas contraindre les gestionnaires ou le personnel infirmier des hôpitaux ou autres services à prendre la relève dans des milieux en éclosion comme le CHSLD de la Colline, lequel affiche un bilan de 4 décès, 13 employés testés positifs au coronavirus et toujours 13 résidents également infectés.

La directrice du service de Soutien à l’autonomie des personnes âgées, Chantale Boivin, a confirmé que le CIUSSS travaillait en ce moment à un redéploiement des effectifs médicaux afin de constituer des équipes autonomes pour les CHSLD. Elle n’a pas caché que dans le cadre de ce redéploiement, l’établissement devait composer avec la crainte d’une partie du personnel face à ce virus qui se propage comme une traînée de poudre, et qui peut rendre les gens très malades quand la maladie se développe.

Malgré le délestage de pratiquement 400 lits de médecine, la présence au sein de l’équipe de gestion de plusieurs cadres détenant un diplôme en soins infirmiers et le ralentissement dans les urgences, le CIUSSS a eu des difficultés énormes à trouver des ressources pour supporter les Antoniennes, en fin de semaine dernière. Une représentante syndicale a même confirmé au Quotidien que la gestionnaire du CHSLD de la Colline, qui affronte le plus important foyer d’éclosion de la région, a été dans l’obligation de revenir au travail vendredi soir dernier pour faire la mise en nuit des patients.

« Parmi les gens qui refusent, il faut les évaluer et les entendre. La peur, c’est de ne pas connaître. Il faut les rassurer et mettre des faits sur une émotion puisque la personne ne sait pas ce qui se passe quand elle arrive sur place. En les rassurant, souvent les gens ont changé d’idée et leur non est devenu un oui. Mais vous savez, c’est du cas par cas. On se dit que c’est comme ça que ça va être payant parce que l’on se dit qu’avoir une mesure coercitive, obliger les gens à venir de reculon pour prêter main-forte en situation de COVID-19 positif, ce n’est pas une bonne idée », a longuement expliqué la gestionnaire.

L’idée, toujours selon les propos de Mme Boivin, est d’en arriver à identifier des ressources qui sont disposées à apporter une aide permanente pour la période de crise alors qu’une personne qui sera contrainte risque de faire une prestation plus sporadique. « On a un petit bout à faire nous aussi quand on les accueille en CHSLD. Ils ne sont pas nécessairement formés pour ce milieu. On sait qu’on les sort de leur zone de confort. Ce sont des gens qui travaillent en médecine, en soins aigus, et on les remercie. »

Chantale Boivin a d’autre part fermé la porte à l’idée de contraindre des gestionnaires détenant un diplôme en soins infirmiers, dont les services fonctionnent au ralenti ou qui refusent de reprendre le collier sur le plancher pour compléter les équipes. Elle soutient qu’en période de pandémie, il est préférable de maintenir les équipes de gestion pour encadrer les opérations.

Selon des informations obtenues par Le Quotidien au cours des derniers jours, il existe toujours une marge de manoeuvre dans le bassin des employés du CIUSSS au Lac-Saint-Jean, où il n’y a aucun centre COVID-19. Le CIUSSS doit obtenir l’autorisation pour obliger ces employés à travailler au Saguenay et il semble que cette solution ne fait également pas partie des options étudiées par la direction du CIUSSS. On veut aussi éviter que des employés travaillent sur plus d’un site pendant la période de pandémie.

Le premier ministre du Québec François Legault a annoncé pendant son point de presse quotidien, lundi, qu’une inspection serait réalisée dans tous les CHSLD du Québec. La directrice des services aux personnes âgées du CIUSSS n’a aucune inquiétude et considère que les services étaient de qualité dans les CHSLD de la région avant la pandémie, et qu’ils le sont toujours. Elle juge que la situation à la résidence de la Colline est également sous contrôle et que l’augmentation importante des cas découle des nombreux tests effectués vendredi dernier.

Elle a assuré que l’équipe de ce CHSLD a effectivement été secouée par la perte de quatre résidents en quelques jours. Par contre, reprend Mme Boivin, les témoignages des familles sur les réseaux sociaux et transmis au CIUSSS par les familles satisfaites des soins pendant cette période difficile ont donné beaucoup d’énergie à cette équipe.

Le premier ministre n’a également pas écarté la possibilité de permettre à des membres des familles d’entrer dans les CHSLD afin d’aider les équipes en place. La directrice des services aux personnes âgées du CIUSSS n’est visiblement pas favorable à une telle mesure. Elle juge que la situation qui prévaut dans la région diffère grandement de ce que l’on voit tous les jours dans la région de Montréal, où des membres des familles n’ont pas été informés depuis plusieurs jours.

« La situation de Montréal est très triste. Ici, dans la région, la pression des familles pour venir visiter les parents, on ne la sent pas. On a convenu d’un mécanisme de communication très efficace. Il y a eu un déploiement des tablettes pour lesquelles j’ai des employés qui, deux fois par semaine, assurent un lien avec le résident. J’ai aussi des gens attitrés pour donner un suivi clinique aux familles », explique la gestionnaire.

Mme Boivin est allée plus loin en affirmant qu’elle serait tout simplement attristée de devoir rouvrir les portes des CHSLD puisque le besoin ne se fait pas sentir, et que le lien est maintenu avec les familles : « J’aurais même une crainte à rouvrir les portes là-dessus », a conclu Chantale Boivin.

Le point de presse a permis d’apprendre que le gouvernement avait aussi demandé à ce que les dossiers médicaux des résidents des CHSLD soient revus afin de confirmer avec les familles et les résidents qui le peuvent les niveaux de soins à assurer. Les personnes qui ont demandé les niveaux de soins 1 et 2 devront avoir accès à toute la batterie médicale nécessaire pour combattre la maladie, incluant l’intubation et les soins intensifs. Celles qui ont demandé les niveaux 3 et 4 vont demeurer dans leur CHSLD et recevoir des soins de confort.