Une garderie de Granby a refusé une place à Ziva, quatorze mois, parce que sa mère Joany Plante ne possède pas de voiture.

Pas de voiture, pas de place en garderie

Une mère de famille monoparentale de Granby estime avoir été victime de discrimination lorsqu’une garderie lui a refusé l’inscription de sa fille sous prétexte qu’elle n’a pas de voiture.

Joany Plante, 26 ans, avait pourtant été ravie de ses échanges avec la propriétaire d’une garderie en milieu familial subventionnée qu’elle avait dénichée par l’entremise du site Magarderie, référée par le bureau coordonnateur Familigarde. « On se parlait via Messenger et tout allait bien. On s’est parlé au téléphone, se rappelle la maman de Ziva, quatorze mois. Un moment donné, je voulais avoir des nouvelles pour la place et je n’arrivais pas à la joindre par téléphone. Elle a fini par m’écrire que ça ne serait pas possible en raison de la distance et elle m’a souhaité bonne chance. »

C’était le 4 septembre dernier. Mme Plante, qui nous a fait parvenir une capture d’écran de l’échange en question, ne décolère pas. « C’était assez ordinaire. Ça m’a vraiment fâchée », dit-elle.

La garderie se situe dans le secteur de l’école Joseph-Poitevin ; Mme Plante demeure à un peu plus de trois kilomètres de là, dans le secteur des courts de tennis Saint-Luc. Un trajet qui prend six minutes en voiture, ou 40 minutes à pied, selon les itinéraires fournis par Google Maps, mais qui nécessite de traverser le boulevard David-Bouchard, à l’intersection de la rue Reynolds.

« [La responsable] m’a dit que sans voiture, je ne viendrai jamais chercher ma fille à temps, déplore Mme Plante. Pourtant, il y a l’autobus, le taxi, plein de moyens. Je vais à tous mes rendez-vous à pied et je ne suis jamais en retard. »

« Je trouve ça de valeur. On pénalise ma fille parce que j’ai fait le choix de ne pas avoir de voiture », poursuit-elle, affirmant se priver de quatre roues pour des raisons environnementales.

Recherche d’emploi complexifiée
Mme Plante aimerait bien retourner sur le marché du travail. Or, le fait de ne pas avoir de garderie pour prendre soin de Ziva lui complique la tâche, d’autant plus qu’elle a la garde entière de la fillette. Nouvellement arrivée dans la région, elle n’a pas de proches à proximité pour lui donner un coup de main.


«  On pénalise ma fille parce que j’ai fait le choix de ne pas avoir de voiture  »
Joany Plante

« Qui va m’engager avec un bébé à temps plein ? , demande-t-elle. C’est difficile de trouver une garderie, mais c’est encore plus difficile de trouver un emploi sans garderie. »

L’âge de sa fille, qui n’est plus un poupon, pèse aussi dans la balance, croit-elle. « Il y a plein de places en garderie, mais pour les enfants de 18 mois et plus. La mienne a 14 mois. Devrais-je me priver d’un emploi encore 4 mois parce que je n’ai pas trouvé de garderie ? », s’interroge Mme Plante.

« Indélicat », dit Familigarde
Le jour après avoir essuyé son refus, Mme Plante a laissé un message vocal à Familigarde. C’est une semaine plus tard qu’on l’a rappelée, après que La Voix de l’Est se soit entretenue avec France Aubry, directrice générale du bureau coordonnateur.

Celle-ci confirme que la garderie en milieu familial dont il est question est bel et bien accréditée chez Familigarde. La gestionnaire n’était toutefois pas au courant de l’incident, dont elle a appris l’existence par La Voix de l’Est. « Je suis estomaquée », a-t-elle commenté, qualifiant le tout d’« indélicat » et de « maladroit ».

Mme Aubry reconnaît que certaines responsables de service de garde sont pointilleuses en ce qui a trait aux retards quand les parents doivent venir récupérer leurs enfants. « Mais c’est la première fois que j’entends une telle raison pour refuser un enfant », dit-elle.

« Peut-être qu’elle [la propriétaire de la garderie] s’est mal exprimée », espère Mme Aubry, qui comptait communiquer avec Mme Plante et la propriétaire de la garderie concernée pour faire la lumière sur la situation.

Permis par la loi
En 2010, le quotidien La Presse rapportait le cas d’un couple refusé par un CPE parce que ni un ni l’autre n’était enseignant. La responsable n’accueillait que les enfants de professeurs afin d’avoir un long congé durant la période estivale, quitte à avoir une place vacante.

Comme dans le cas de Mme Plante, le tout est permis dans la mesure où bien que les garderies en milieu familial subventionnées tombent sous l’égide du bureau coordonnateur, les responsables sont considérées comme des travailleuses autonomes, explique Brigitte Lépine, responsable des communications au Regroupement des centres de la petite enfance de la Montérégie (RCPEM). « À ce moment-là, elles peuvent choisir d’avoir un horaire différent et de déterminer leurs conditions de travail », indique-t-elle. Cela comprend le choix de la clientèle.

Mme Aubry abonde en ce sens. « Ça se passe dans leur maison, c’est leur clientèle. Elles ont le droit de choisir et elles ont le droit de ne pas renouveler un contrat », dit-elle, reconnaissant toutefois que jamais quelqu’un n’avait justifié un refus parce qu’un parent n’avait pas de voiture.

Un constat confirmé par Alexandre Noël, porte-parole du ministère de la Famille. « La loi [sur les services de garde éducatifs à l’enfance] prévoit que les centres de la petite enfance et les garderies privées doivent adopter des politiques d’admission, explique-t-il. Les services de garde en milieu familial ne sont pas assujettis à la même exigence. »

Si un service est refusé pour une raison jugée discriminatoire en vertu de la Charte des droits et libertés il est possible de déposer une plainte auprès de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, ajoute-t-il ensuite.

Le ministère de la Famille a reçu 114 plaintes entre janvier 2013 et août dernier à propos des politiques d’admission des CPE et des garderies privées subventionnées. Les plaintes concernant les services de garde en milieu familial sont gérées par les bureaux coordonnateurs.

En Montérégie, un total de sept plaintes concernait la gestion de la liste d’attente, deux pour des enfants avec un handicap, quatre pour des prix trop élevés, une pour le comportement des parents et une autre dont la situation n’est pas précisée.