Le directeur général de la CLAP, Marc Archer, estime que la situation actuelle du saumon d’eau douce dans le lac Saint-Jean soulève certaines questions quant à la gestion des surplus de reproducteurs.
Le directeur général de la CLAP, Marc Archer, estime que la situation actuelle du saumon d’eau douce dans le lac Saint-Jean soulève certaines questions quant à la gestion des surplus de reproducteurs.

Pas de pêche à la mouche dans les rivières Ashuapmushuan et Métabetchouane

La Corporation LACtivité Pêche (CLAP) du Lac-Saint-Jean annule la saison de pêche 2020 dans les rivières Ashuapmushuan et Métabetchouane. Elle a pris cette décision pour éviter de mettre à risque son personnel et la clientèle. Un peu plus de 400 détenteurs de perche de pêche à la mouche sont affectés.

Le directeur général de la CLAP, le biologiste Marc Archer, a expliqué qu’il serait difficile de garantir les mesures de distanciation sociale ainsi que la salubrité du matériel qui permettrait d’éliminer le risque de propagation du coronavirus. Les pêcheurs ont en général bien réagi à cette décision malgré le fait qu’elle concerne deux produits phares de la pêche à la ouananiche en rivière.

Un peu plus de 1400 saumons devraient franchir la passe migratoire de la rivière Mistassini d’ici le milieu du mois d’août, ce qui dépasse largement le modèle de gestion établis par le comité scientifique à plus ou moins 550 reproducteurs dans cette rivière pour éviter la rupture des stocks d’éperlans.

«En tant qu’employeur, nous avons l’obligation d’assurer la santé et la sécurité de notre personnel. Ça devenait très difficile de respecter cette obligation en raison de la proximité entre nos employés et les clients pour les deux rivières. Ils doivent utiliser dans un cas la même camionnette et prendre place dans des canots gonflables ou des embarcations», explique-t-il.

Pour éviter la grogne des pêcheurs et surtout proposer des alternatives, la CLAP a tout mis sur la table. Les pêcheurs avaient ainsi le droit de déplacer à l’an prochain leur perche. En déplaçant leur forfait, ils acceptent de ne pas participer au tirage au sort l’an prochain.

«Ils pouvaient également demander un remboursement et dans ce cas, ils auront la possibilité de participer au tirage au sort. En général les pêcheurs ont demandé de conserver leur perche», explique le biologiste.

L’un des objectifs de la pêche en rivière est de contrôler le nombre de géniteurs sur les sites de reproduction. La pandémie arrive à un bien mauvais moment puisque la cible de gestion des reproducteurs pour la ouananiche sera largement dépassée. Le comité scientifique mis en place pour gérer la ouananiche a établi que plus ou moins 500 géniteurs enregistrés dans la passe migratoire de la rivière Mistassini permettaient de supporter amplement la pêche sportive tout en préservant le stock d’éperlans disponible pour nourrir la ouananiche.

Selon Marc Archer, les projections de montaison sont de l’ordre de plus ou moins 1400 ouananiches dans la rivière Mistassini. Ce qui signifie qu’un peu plus de 4300 poissons vont remonter sur les sites de reproduction pour les rivières Métabetchouane, aux Saumons, Ashuapmushuan et Mistassini. Ces chiffres tiennent compte d’un très grand succès de pêche en lac depuis l’ouverture de la saison.

La situation amène le directeur de la CLAP à dire qu’il s’agit d’un heureux casse-tête de gestion, qui nécessitera des réflexions et même la révision du modèle de gestion théorique.

Il est trop tôt selon Marc Archer pour évoquer différentes solutions à cette situation. Ce dernier préfère attendre les résultats de l’opération de chalutage de l’éperlan menée par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs avant d’aller plus loin. L’abondance de l’éperlan constitue toujours la donnée de base dans le modèle de gestion et le modèle qui existait avec des périodes d’abondance suivies de chutes assez radicales du saumon d’eau douce est en train de changer.

Ces succès surviennent alors que les adeptes de la pêche sont moins nombreux au Québec. Marc Archer considère que la CLAP se tire assez bien d’affaire en maintenant l’achalandage pour la pêche au lac Saint-Jean. Malgré la pandémie, la corporation a effectués des ventes d’accès de l’ordre 422 500 $ jusqu’à maintenant alors qu’elles ont atteint 449 000 $ pour toute la durée de la saison 2019.

«Cette année, en raison du succès de pêche, les mêmes pêcheurs font plus de sorties. Il y a aussi une limite à la capacité de faire venir des pêcheurs de l’extérieur. Il reste une bonne période de pêche à partir de la fin de la première semaine d’août.»

La modification de la règlementation pour le nombre de captures est un exercice qui se répète à tous les deux ans. La limite a été augmentée à trois ouananiches et en prévision de la présente saison, le comité scientifique a préféré maintenir cette limite puisqu’il était difficile de prévoir une telle abondance. La limite de ouananiches a déjà été de six.

L’autre solution consisterait à augmenter la clientèle de pêche à la mouche. En ce moment, ce tirage au sort est plus que populaire. Quatre fois plus de personnes participent au concours que le nombre de perches disponibles.

De ce côté, la CLAP doit tenir compte du nombre de fosses intéressantes dans les quatre rivières, ainsi que de la spécificité de chacune d’elles. À titre d’exemple, il serait risqué d’augmenter significativement le nombre de pêcheurs de la rivière Métabetchouan. Il s’agit de la rivière qui accueille les plus gros poissons du lac Saint-Jean pour la reproduction, et en même temps la plus petite en termes de nombre.

La grande question qui se pose, a conclu le biologiste, est de savoir comment il est possible de gérer les surplus de poissons sans modifier l’équilibre biologique du lac Saint-Jean.