Les industriels rencontrés dans les corridors du congrès ont indiqué avoir obtenu l’assurance du ministre Pierre Dufour (photo) d’être entendus dans le cadre des travaux du groupe opérationnel.

Pas de certitude sur le déclin des hardes de caribous forestiers

Le biologiste et éthologue Jacques Prescott croit qu’il n’y a pas de certitude expliquant le déclin des hardes de caribous forestiers. Selon lui, il faut redoubler de prudence avant de conclure que les régimes forestiers sont responsables de cette situation.

Le spécialiste a prononcé une conférence au congrès annuel de l’Association forestière régionale, jeudi, à Jonquière. Le scientifique a longuement traité de la problématique des changements climatiques sur les ongulés au Québec.

Il est revenu sur la disparition du caribou du nord des États-Unis. « Le caribou est disparu du nord des États-Unis, mais nous ne sommes pas certains de la raison pour laquelle il a disparu », précise-t-il. Il évoque la présence de chevreuils qui peuvent transmettre des maladies aux autres familles d’ongulés.

Il a de plus cité en exemple le caribou montagnard de la Gaspésie qui fait l’objet d’une attention particulière, incluant des programmes de contrôle de prédation. Malgré ces conditions favorables, la harde peine à se maintenir. Ces constats démontrent qu’il doit y avoir une meilleure connaissance de l’animal afin d’être en mesure de porter un diagnostic plus fiable sur ce qui explique le déclin de l’animal.

Le scientifique a traité de la dynamique du comportement des différentes espèces en lien avec les changements climatiques. Le réchauffement des climats a influencé le comportement des ongulés. Le chevreuil est aujourd’hui chassé au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Il se trouve que le chevreuil partage mal son habitat avec l’orignal et le caribou. Il peut propager des maladies comme la tique qui fait des ravages dans les cheptels des orignaux. Le caribou n’est pas insensible à cette réalité. La remontée du chevreuil vers le nord illustre la dynamique des animaux qui évoluent bien dans des zones de confort en termes de température.

Globalement, les caribous forestiers ne se comporteront pas d’une façon différente des autres espèces de la forêt boréale. Ils seront influencés globalement par l’augmentation des températures et la présence de nouvelles espèces dans leur aire de répartition.

Sur ce point, le chercheur rejoint le constat du biologiste Claude Villeneuve de l’UQAC. Ce dernier rappelle souvent qu’à l’époque où le caribou forestier fréquentait les forêts du nord des États-Unis, le continent était à la fin de la petite ère glacière, avec des températures similaires à celles que l’on peut observer aujourd’hui dans le nord du Québec.

Nonobstant les questions toujours sans réponse quant au déclin des hardes de caribous, le scientifique note que l’industrie forestière et l’État ont tout de même l’obligation de composer avec les réalités sociales. L’industrie forestière doit ainsi composer avec les perceptions de la population.

Il a aussi réitéré l’importance de conserver de vastes espaces sauvages afin d’être en mesure de bien mesurer l’évolution des espèces dans les forêts intactes et les forêts sous aménagement. Pour le scientifique, l’industrie doit sans cesse s’améliorer afin de démontrer qu’elle peut composer avec les perceptions.

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LES INDUSTRIELS INTERPELLÉS

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, a profité de son passage au congrès de l’Association forestière régionale pour demander aux industriels du Saguenay-Lac-Saint-Jean de participer aux groupes opérationnels régionaux afin d’accompagner le gouvernement dans la définition d’une stratégie pour l’aménagement de l’habitat du caribou forestier.

Le ministre a ainsi profité de son passage dans la région pour prendre la température de l’eau concernant cet enjeu névralgique pour la prévisibilité de la planification des entreprises. L’objectif, a répété Pierre Dufour, est d’en arriver à une stratégie qui permettra de répondre aux attentes du gouvernement fédéral en matière d’espèces menacées, tout en limitant les impacts sur l’industrie.

Pour illustrer son intention d’en arriver à une solution tenant compte du développement économique dans les régions forestières, le titulaire des Forêts a rappelé qu’il avait repoussé à 2022-2023 la signature d’une entente avec le gouvernement fédéral qui aurait coulé dans le béton une stratégie d’aménagement de l’habitat du caribou forestier avec des impacts majeurs sur la possibilité forestière.

Tout indique que les rencontres entre Pierre Dufour et les industriels ont permis de faire baisser la tension. Les industriels et les élus municipaux de la région déplorent depuis plusieurs mois l’opacité du gouvernement. Les inventaires des hardes de caribous réalisés l’hiver dernier doivent être mis en ligne avant la fin d’octobre.

Il s’agit des inventaires du réservoir Pipmuacan ainsi que du nord des grandes unités d’aménagement du Lac-Saint-Jean. Ces inventaires sont attendus par le milieu puisque depuis l’inventaire du Pipmuacan de l’hiver 2012, les relevés par hélicoptère confirment que les hardes de caribous comptent plus d’animaux que ce que souhaitent obtenir les scientifiques dans le plan du caribou.

Avant d’en arriver à finaliser une stratégie caribou, le ministre Pierre Dufour souhaite avoir entre les mains plus de connaissances scientifiques. Il veut ainsi plus d’études sur l’animal afin de vérifier tous les aspects qui peuvent influencer la stratégie. 

Le ministre a profité de la tribune pour inviter l’ensemble de l’industrie à faire preuve d’une plus grande fierté. La forêt représente un secteur économique névralgique dans le PIB du Québec et est toujours la source de plus de 60 000 emplois. Le gouvernement a ainsi l’intention de mettre l’accent sur ce secteur économique et il est donc nécessaire, selon Pierre Dufour, de redonner ses lettres de noblesse à l’industrie forestière.

Il a mentionné que des projets particulièrement intéressants se profilaient dans la région en lien avec la transformation du bois. Un scieur du Saguenay-Lac-Saint-Jean travaille en ce moment sur la conversion de son système de séchage au gaz pour l’alimenter à l’électricité et ainsi augmenter la valeur du bois dans la lutte aux changements climatiques.

Les industriels rencontrés dans les corridors du congrès ont indiqué avoir obtenu l’assurance du ministre d’être entendus dans le cadre des travaux du groupe opérationnel. Ils devraient donc retourner à la table. Pierre Dufour a de plus rencontré le président d’Alliance boréale et maire de Dolbeau-Mistassini, Pascal Cloutier, afin d’établir une ligne de communication avec cet organisme mixte d’industriels et d’élus qui a organisé la mobilisation pour contrer les visées de l’appareil administratif du ministère.

Le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour, et le président de l’Association forestière, Gérard Poulin, entourent Mégane Bélanger et Zachary Villeneuve, élèves de l’École secondaire Charles-Gravel.

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PERSONNALITÉ FORESTIÈRE

L’un des moments attendus dans le cadre du congrès l’Association forestière du Saguenay-Lac-Saint-Jean est la remise du prix de la Personnalité forestière de l’année. Le choix du jury s’est arrêté cette année sur la Corporation employabilité jeunesse de l’École secondaire Charles-Gravel. Le jury a eu un véritable coup de cœur devant la production d’objets utiles de tous les jours avec du bois recyclé. C’est fait dans la majorité des cas avec du bois provenant de meubles de classe et autres équipements qui ne sont plus utilisés. Les jeunes qui produisent ces objets éprouvent des difficultés d’apprentissage et cette formation leur permet d’aspirer à un travail en entreprise à la fin de leur passage au centre.