Rémi Harvey tenait absolument à accueillir le premier travailleur étranger à être embauché chez Desco, Michel Audard, à l’aéroport.
Rémi Harvey tenait absolument à accueillir le premier travailleur étranger à être embauché chez Desco, Michel Audard, à l’aéroport.

Pas d’autre choix que de recruter à l’étranger

Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Annie-Claude Brisson, journaliste de l'Initiative de journalisme local
Le Quotidien
Le recrutement de la main-d’œuvre étrangère nécessite du temps et de l’argent pour les entrepreneurs québécois qui se tournent vers cette solution à la problématique de pénurie qui s’étend à de nombreux secteurs d’activité. Les investissements s’élèvent à près de 25 000 $ pour l’entreprise Desco, de Chambord, au Lac-Saint-Jean, qui accueille un premier travailleur français. Le soudeur entamera son nouvel emploi au sein de l’entreprise spécialisée en mécanique industrielle et en soudure, lundi, soit 13 mois après son entrevue d’embauche.

Le directeur général de l’entreprise, Rémi Harvey, s’est rendu à Paris, en décembre 2018, afin de prendre part à une mission de recrutement. Il a ainsi eu l’opportunité de participer à un événement qui accueillait plus d’une centaine d’entreprises et des chercheurs d’emploi.

« On s’est parlé entre associés. Un moment donné, il y a tellement pas de monde dans la région et dans les grandes villes, qu’on se rend compte qu’on n’a pas le choix. L’avenir passera par cela. Tout le monde se tourne vers cela », explique Rémi Harvey.

En participant à cette mission, l’actionnaire de l’entreprise a eu accès, en très peu de temps, à un vaste bassin de main-d’œuvre européenne. Une première partie du processus de recrutement a été complétée via Internet. Il a, par la suite, été en mesure de réaliser une vingtaine d’entrevues, à Paris, en seulement deux jours. « Passer 20 entrevues, je n’ai pas vu ça dans les quatre dernières années. Selon moi, je n’en ai pas fait 20 au total au cours des quatre dernières années. Ce sont des curriculum vitae intéressants, des personnes avec des diplômes et des cours. C’est assez surprenant », fait valoir M. Harvey.

Au final, trois candidats européens ont été sélectionnés, il y a un peu plus d’une année. Un premier s’est désisté pour des raisons familiales alors que des discussions sont en cours avec un autre.

Rémi Harvey tenait absolument à accueillir à l’aéroport Michel Audard, le premier travailleur étranger à être embauché chez Desco, une entreprise de Chambord.

Ainsi, le soudeur Michel Audard est le premier employé étranger qui mettra les pieds dans l’entreprise, laquelle emploie entre 50 et 60 personnes. Le contrat de travail qui lie Michel Audard à l’entreprise Desco est d’une durée de trois ans.

« C’est une première expérience. On ne voulait pas arriver avec dix nouveaux employés d’un coup sec. On aurait pu en engager dix ; il y avait du monde intéressant. On s’est dit qu’on prendrait une bouchée à la fois puisqu’on n’a jamais fait ça », explique M. Harvey.

Souci de l’accueil

L’intégration de ce soudeur étranger n’est pas prise à la légère par l’équipe, qui a consacré énormément de temps et d’argent pour ce processus. Les actuels employés ont d’ailleurs été conscientisés à l’importance de faire preuve d’acceptation et d’ouverture d’esprit.

Le vocabulaire utilisé figure notamment parmi les éléments d’adaptation. Rémi Harvey cite en exemple les termes anglais propres au métier et aux tâches reliées qui sont généralement utilisés par les travailleurs d’ici.

Pour maximiser ses chances de réussite, Rémi Harvey tenait, entre autres, à accueillir Michel Audard à son arrivée au Québec, à l’aéroport international Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal.

« Tu fais quand même déplacer quelqu’un d’un continent. Je trouvais que d’aller le chercher à l’aéroport, c’était la moindre des choses. Ça vient tout de suite créer un lien et ça démontre qu’on est contents de le voir arriver chez nous », exprime-t-il.

Le directeur général Rémi Harvey est optimiste. Si l’expérience s’avère concluante au cours des prochains mois, il prévoit retourner en France afin de recruter d’autres travailleurs. « C’est la continuité de notre entreprise qui en dépend. On est directement reliés à notre main-d’œuvre », conclut-il.

+

UNE NOUVELLE VIE AU QUÉBEC
Le désir de changer de vie a motivé la famille Audard à quitter la ville de Bordeaux, en France, pour s’établir à Chambord, au Lac-Saint-Jean. Le Québec s’est avéré être une destination de choix pour les parents, Michel Audard et Virginie Pueyo, deux passionnés de nature.

Arrivé il y a une dizaine de jours, Michel Audard, qui est un amateur de pêche, a bien hâte de s’adonner à la pratique de la pêche sur glace, en plus de découvrir d’autres sports mécaniques et nautiques.

« C’est beau, c’est blanc » mentionne-t-il, lorsqu’il décrit la région en période hivernale.

Débarquée à Montréal, mardi soir, la conjointe de M. Audard, Virginie Pueyo, a elle aussi confirmé avoir été marquée par les paysages québécois. Elle découvrira dans les prochains jours son nouveau coin de pays, lorsque la fatigue liée au décalage horaire sera moindre.

Michel Audard et leurs enfants, Abie et Kahlhen, sont arrivés à la mi-janvier, tandis que la mère a dû patienter jusqu’à mardi avant de retrouver le reste de la famille.

Une formalité entourant l’administration du vaccin contre la rage au chien de la famille a empêché sa venue à la mi-janvier.

Michel Audard, Virginie Puyeo et leurs enfants, Abie et Kahlhen, sont de nouveaux résidants de Chambord, au Lac-Saint-Jean.

Longues démarches

La famille a dû faire preuve de patience avant de mettre les pieds au Québec. Le processus d’immigration s’est échelonné sur plus d’une année. « On comptait arriver plus tôt. Franchement, je pensais que ce serait plus simple. On a eu plein de choses qui auraient pu nous décourager, mais on n’a pas lâché l’affaire », témoigne Michel Audard.

Avant de débarquer au Québec, la famille Audard ne connaissait rien de la province, mis à part quelques informations obtenues en visionnant des vidéos.

À peine arrivé dans la région, Michel Audard a déjà l’intention de devenir, en quelque sorte, un ambassadeur du Saguenay–Lac-Saint-Jean auprès de ses amis français.

Michel Audard débutera, lundi, son emploi chez Desco, à Chambord. Il pose en compagnie du directeur général, Rémi Harvey.

+

UN MANQUE DE CINQ À DIX EMPLOYÉS

Un manque de main-d’œuvre de cinq à dix employés en mécanique industrielle et en soudure complique les opérations chez Desco, à Chambord. Cette rareté du personnel oblige même l’entreprise à refuser des contrats.

« On en manque constamment. Demain matin, je prends cinq personnes compétentes et je peux même me rendre à dix. Il n’y a pas un mois que je ne refuse pas une demande. Il y a même des clients chez qui on était bien établis qu’on doit laisser de côté. Un moment donné, on fait des choix », mentionne Rémi Harvey.

Le problème de rareté de la main-d’œuvre se fait davantage sentir depuis trois ans, soulignent ceux qui sont propriétaires de l’entreprise depuis près de cinq ans.

« Tous les bons travaillent. Le bon personnel, que tout le monde veut avoir, travaille déjà. Ça ne fait qu’empirer. On veut juste conserver le statu quo, garder notre staff », explique M. Harvey, qui garde en tête le recrutement qui devra être fait dans quelques années afin de combler les départs à la retraite.

Pour assurer une rétention de la main-d’œuvre, l’entreprise a dû, comme plusieurs autres, faire des pieds et des mains pour se montrer alléchante. Le taux horaire a connu une hausse considérable, alors qu’un REER collectif et des assurances collectives ont été mis en place.

« Il n’y en avait pas avant et personne n’en faisait de cas. Maintenant, il faut se mettre à la page. On n’a pas le choix », fait valoir M. Harvey.