Le Colloque Action économique a été initié par Alexandre Cloutier et organisé par plusieurs intervenants de la région. La vice-première ministre, Dominique Anglade, s’est montrée sensible envers la situation démographique de la région.

Pas assez de main-d’oeuvre pour investir

La pénurie de main-d’oeuvre freine la croissance économique du Saguenay-Lac-Saint-Jean. C’est le cas dans les installations jeannoises de Béton préfabriqué du Lac. Le PDG de l’entreprise, Robert Bouchard, s’est vidé le coeur devant la foule de 350 personnes réunies au Colloque Action économique, à Alma.

« On a investi 25 millions $ dans nos usines à l’extérieur. Mais on a investi 0 $ ici. Pourquoi ? Il n’y a pas de monde », a lancé sans détour l’homme d’affaires, dont l’entreprise possède des installations un peu partout dans le monde, notamment au Brésil et aux États-Unis.

Ce dernier n’a pas mâché ses mots à l’endroit du gouvernement et du système québécois qui, à son avis, sont trop contraignants. 

« On a des besoins dans nos usines de Saint-Jean-sur-Richelieu et dans la région. Quand j’ai vu les Haïtiens arriver au Stade olympique (vague de migrants de l’été dernier), j’ai dit aux ressources humaines d’aller en recruter. On avait besoin d’une trentaine de journaliers. Mais non. Ça ne marche pas comme ça, on nous a dit. On nous a parlé d’intégration, de problèmes de racisme au Québec. Il faut donc d’abord leur donner un chèque de bien-être et un sac de chips Yum Yum. Ce n’est pas comme ça qu’on intègre les gens. C’est en les faisant travailler », a-t-il vigoureusement dénoncé au micro réservé au public. 

Robert Bouchard a aussi tenté de faire venir dans la région ses travailleurs brésiliens et ceux qui travaillent dans les installations aux États-Unis. Mais selon ses dires, il était difficile de les faire travailler rapidement au Québec. 

« Voir les politiciens »

« Je veux voir les politiciens plus souvent. Pas quand il y a une élection », a aussi critiqué M. Bouchard. 

L’homme d’affaires a aussi reproché aux équipes politiques, dont celle de Justin Trudeau, d’approcher les entreprises pour faire des « poignées de mains » au lieu de montrer un réel intérêt.

« Ne venez pas serrer des mains. Sinon aller au Carrefour Alma. »

Une 1re édition réussie

Près de 350 intervenants, élus et entrepreneurs ont assisté à la première édition du Colloque Action économique qui se tenait jeudi, à Alma. L’engouement envers l’événement, initié par le député péquiste Alexandre Cloutier, confirme la nécessité d’une deuxième édition qui s’annoncera plus « régionale ». 

« Il a fallu arrêter les inscriptions. On aurait pu monter facilement à 500. Donc on voit que ça répond à un besoin. Tout le monde partage le constat de la main-d’oeuvre, des défis démographiques », pointe Alexandre Cloutier

« Et j’ai déjà demandé à Saguenay que l’an prochain, l’organisation soit conjointe. Il faut que Saguenay, Lac-Saint-Jean-Est et le Haut-du-Lac soient tous à la même table d’organisation. Cette année, c’est une initiative qui est partie d’Alma et Lac-Saint-Jean-Est. Mais ça doit devenir une vraie initiative régionale. »

Ce dernier a profité du colloque pour rappeler ses propositions pour freiner la baisse démographique dans la région. La gratuité dans les universités en région, favoriser les immigrants qui choisissent les régions, bonifier les programmes de mobilité étudiante et protéger le budget de l’éducation au Québec font notamment partie des idées lancées par le député péquiste. Ce dernier l’a répété une fois de plus. « La région a besoin de mesures fortes pour renverser la tendance. »

Invitée à l’événement, la ministre libérale Dominique Anglade n’a pas annoncé de nouvelles mesures pour aider les régions à faire face aux défis démographiques. Mais la vice-première ministre s’est montrée ouverte aux solutions du député péquiste. 

« À bien des égards, je suis d’accord avec toi. Ça ne veut pas dire que demain matin, c’est ce que le gouvernement va faire. Mais ça veut dire que moi je suis sensibilisée », a réagi Mme Anglade. 

« Parce que lorsqu’on regarde le poids démographique de la région et le nombre de personnes que la région reçoit, c’est vrai que ça n’a pas de bon sens. Il faut que des gestes soient posés », a admis la vice-première ministre, en parlant notamment du faible taux d’immigration dans la région.

Cette dernière a indiqué que son gouvernement travaille sur des mesures en ce sens, dont un jumelage entre les entreprises et les futurs arrivants. « On veut faire le jumelage, en amont. Et ça, ça va commencer maintenant, dans les prochaines semaines », a confirmé Mme Anglade, en parlant de cette mesure qui n’avantage toutefois pas les régions. 

La formule de l’événement semble avoir plu aux participants. Des panels avec des invités ont permis des échanges avec la foule. Plusieurs entreprises de la région sont venues partager leurs idées pour recruter de la main-d’oeuvre et les conférenciers Pierre Lavoie et Caroll Alain se sont adressés aux participants dans des présentations plus colorées et divertissantes.

Capsules démographiques

une question de compétences

Si rien ne change, la région fera face à un manque cruel de main-d’oeuvre professionnelle et technique pour répondre à la demande. Il y aura une forte inadéquation entre le niveau de compétence de la main-d’oeuvre disponible et les emplois qui seront disponibles au cours des prochaines années, selon les prévisions de la direction régionale de Services Québec.

En effet, le nombre d’emplois de niveau professionnel a doublé dans la région et la tendance se poursuit à la hausse pour les prochaines années. La croissance est plus rapide que dans les autres types de travail qui nécessitent une scolarité de base. « Le bassin de travailleurs baisse continuellement. Et le bassin de chômeurs n’a pas les compétences. Plus de 60 % des emplois requièrent un niveau d’études supérieur à un diplôme d’études secondaires, alors que moins de 40 % des chômeurs de la région ont ce niveau de compétence », a décrit l’économiste de Services Québec, Marc Tremblay.

Ces statistiques viennent contredire la croyance populaire voulant que la plupart des emplois offerts en région se trouvent en usine ou exigent peu de scolarité. 

Plus de travail

En 20 ans, la région est passée d’une situation de rareté d’emplois à une situation de rareté de main-d’oeuvre. Le volume d’emploi a grimpé de 15 % alors que la population en âge de travailler a diminué de 10 %.

Le vieillissement de la population et la forte émigration dans les années 90 et 2000 ont causé, sans surprise, cette situation. Si l’immigration demeure une solution évidente pour freiner la baisse démographique, la direction régionale de Services Québec croit que l’accroissement du bassin de travailleurs passe aussi par une plus grande participation de certains groupes dans le marché du travail. « Il y a en ce moment 5550 jeunes de plus de 15 ans qui ne sont ni à l’école ni sur le marché du travail. Ils ne sont nulle part. Il y a là du potentiel sous-exploité », a donné en exemple l’économiste de Services Québec, Marc Tremblay. 

Les personnes handicapées de la région représentent également un bassin sous représenté dans le marché du travail. « Seulement 30 % de ces gens participent à l’économie de la région, alors qu’ils représentent une main-d’oeuvre formée. Près de la moitié de ce bassin détient un diplôme postsecondaire », a confirmé M. Tremblay, estimant que plusieurs entreprises aimeraient profiter de leurs compétences. Les gens de 55 ans à 64 ans pourraient aussi travailler davantage. Le taux d’emploi de ce groupe, le plus important de la région, est inférieur à la moyenne provinciale. Les personnes autochtones et judiciarisées font aussi partie des groupes qui sont moins représentés sur le marché du travail dans la région.

Si rien ne change, la région fera face à un manque cruel de main-d’oeuvre professionnelle et technique pour répondre à la demande. Il y aura une forte inadéquation entre le niveau de compétence de la main-d’oeuvre disponible et les emplois qui seront disponibles au cours des prochaines années, selon les prévisions de la direction régionale de Services Québec.

En effet, le nombre d’emplois de niveau professionnel a doublé dans la région et la tendance se poursuit à la hausse pour les prochaines années. La croissance est plus rapide que dans les autres types de travail qui nécessitent une scolarité de base. « Le bassin de travailleurs baisse continuellement. Et le bassin de chômeurs n’a pas les compétences. Plus de 60 % des emplois requièrent un niveau d’études supérieur à un diplôme d’études secondaires, alors que moins de 40 % des chômeurs de la région ont ce niveau de compétence », a décrit l’économiste de Services Québec, Marc Tremblay.

Ces statistiques viennent contredire la croyance populaire voulant que la plupart des emplois offerts en région se trouvent en usine ou exigent peu de scolarité. 

Plus de travail

En 20 ans, la région est passée d’une situation de rareté d’emplois à une situation de rareté de main-d’oeuvre. Le volume d’emploi a grimpé de 15 % alors que la population en âge de travailler a diminué de 10 %.

Le vieillissement de la population et la forte émigration dans les années 90 et 2000 ont causé, sans surprise, cette situation. Si l’immigration demeure une solution évidente pour freiner la baisse démographique, la direction régionale de Services Québec croit que l’accroissement du bassin de travailleurs passe aussi par une plus grande participation de certains groupes dans le marché du travail. « Il y a en ce moment 5550 jeunes de plus de 15 ans qui ne sont ni à l’école ni sur le marché du travail. Ils ne sont nulle part. Il y a là du potentiel sous-exploité », a donné en exemple l’économiste de Services Québec, Marc Tremblay. 

Les personnes handicapées de la région représentent également un bassin sous représenté dans le marché du travail. « Seulement 30 % de ces gens participent à l’économie de la région, alors qu’ils représentent une main-d’oeuvre formée. Près de la moitié de ce bassin détient un diplôme postsecondaire », a confirmé M. Tremblay, estimant que plusieurs entreprises aimeraient profiter de leurs compétences. Les gens de 55 ans à 64 ans pourraient aussi travailler davantage. Le taux d’emploi de ce groupe, le plus important de la région, est inférieur à la moyenne provinciale. Les personnes autochtones et judiciarisées font aussi partie des groupes qui sont moins représentés sur le marché du travail dans la région.