L’UQAC se penche sur l’acériculture des régions nordiques

CHRONIQUE UQAC / Avec le réchauffement de la planète, certaines espèces forestières des régions nordiques seront favorisées par le climat plus doux et les conditions plus favorables à la croissance, ce qui donnera des nouvelles opportunités de valorisation et de développement des ressources naturelles. C’est tout à l’intérêt de notre région de prévoir ces changements et de s’organiser pour profiter des conditions climatiques attendues. Sergio Rossi, professeur en écologie forestière au Département des sciences fondamentales de l’UQAC, a mis en place un projet pour étudier l’écophysiologie de l’érable à sucre et la dynamique des coulées. Le projet cherche à comprendre les mécanismes d’adaptation de l’espèce au climat local, à identifier les provenances les plus performantes pour le Saguenay–Lac-Saint-Jean, et à bâtir des modèles prévisionnels des coulées selon des scénarios régionaux de réchauffement climatique. Une équipe multidisciplinaire participe aux activités, incluant des chercheurs de l’Université du Québec en Outaouais (Sylvain Delagrange et Yann Surget-Groba) et du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (Daniel Houle).

L’érable et le temps des sucres sont une véritable tradition et une institution de la culture québécoise : les cabanes à sucre sont fréquentées par milliers de visiteurs chaque année et la production de sirop d’érable représente une activité incontournable, même dans notre région. L’acériculture est ancrée sur l’aménagement durable de la forêt, et pour cette raison, elle représente une activité d’agroforesterie respectueuse de l’environnement, ce qui permet le maintien, l’exploitation et la valorisation de notre ressource forestière locale. Le projet de recherche se penchera sur l’écologie et le fonctionnement de l’érable à sucre, sur la réponse aux facteurs environnementaux, sur les mécanismes de réactivation de la croissance, et sur les liens entre la réhydratation printanière de la tige et les coulées d’eau d’érable.

Le projet couvre plusieurs échelles spatiales et temporelles, incluant toute l’aire de répartition de l’érable à sucre en Amérique du Nord, des observations sur le terrain, des expériences en milieux contrôlés, et l’analyse d’images récoltées par les satellites. La qualité des résultats sera assurée par la collecte de données environnementales précises et actualisées. Une érablière bien « branchée » a été équipée à la Forêt d’enseignement et de recherche de Simoncouche avec des capteurs numériques physiologiques et environnementaux à la fine pointe de la technologie, lesquels permettent de faire un suivi intégré et en continu des conditions, selon la saison, de la coulée ou de la croissance des érables, et ce, à l’échelle horaire. Quarante provenances canadiennes d’érable à sucre sont analysées pour évaluer la sensibilité aux changements des conditions de croissance. Les différents volets du projet seront combinés pour estimer la contribution de la variation génétique et environnementale dans la capacité d’adaptation et la performance en condition de stress.

« Si non potes inimicum tuum vincere, habeas eum amicum » (si vous ne pouvez pas les battre, rejoignez-les) aurait affirmé Jules César, le général romain connu pour ses stratégies dans l’art de la guerre. La menace du réchauffement global doit ainsi être réinterprétée avec une vision positive et proactive, sous forme d’une nouvelle opportunité de développement pour le système productif agricole et forestier des régions nordiques. M. Rossi vise à adapter la capacité productive du secteur forestier du Saguenay–Lac-Saint-Jean aux nouvelles conditions climatiques, et à soutenir et à valoriser une production locale de niche, qui est inévitablement destinée à s’accroitre dans le contexte du réchauffement du climat en cours.