L’exemple de la recherche forestière

UQAC / La mission de l’UQAC est l’enseignement, la recherche et le service aux collectivités. Pour remplir sa mission, la direction de l’UQAC a organisé des rencontres avec les gens de la région pour connaître leurs besoins en recherche et développement. Plusieurs sujets ont été mentionnés dont le maintien des ressources forestières en milieux boréaux. Afin de relever ce défi, l’UQAC a créé le premier Consortium de recherche sur la forêt boréale commerciale en 1992. Le Consortium regroupait des organismes gouvernementaux du Québec et du Canada, des partenaires industriels, et des membres de l’UQAC. D’un commun accord, les partenaires ont choisi comme sujet principal de recherche les forêts du domaine de l’épinette noire. Ces forêts étant du domaine public, les résultats de recherche seront aussi publics et pourront profiter à l’ensemble de la communauté.

Malgré son abondance sur le plan régional, l’épinette noire est une espère rare dans le monde. En effet, c’est dans le nord-est de l’Amérique du Nord, c’est-à-dire au Québec, que l’on retrouve les plus grandes forêts d’épinette noire au monde. Ces forêts d’épinette noire représentent donc un important élément de la biodiversité mondiale. Chaque partenaire du Consortium est bien conscient qu’il faut en assurer sa pérennité.

Dans le cadre des cliniques universitaires d’orthopédagogie et de travail social de l’UQAC, un projet de formation à la collaboration interdisciplinaire a été mis sur pied et un projet de recherche s’y est rattaché. Financé par le CRSH, ce projet permet de rendre compte du travail de collaboration novateur fait entre les professeurs et les étudiants oeuvrant au sein des deux cliniques. Sur la photo, l’équipe de professeurs impliqués, Marie-Pierre Baron, Nathalie Sasseville, Carole Côté, Dominic Bizot, accompagnés de la doyenne des études, Manon Doucet (à gauche).

Les sujets de recherche sont définis sur le terrain lors de rencontres des partenaires. Ce type de recherche en mode contextuel permet d’impliquer dès le départ les partenaires et de maintenir leur intérêt. Des discussions s’engagent et les besoins en recherche sont précisés. Le travail de recherche s’engage. Le savoir terrain des forestiers tant ministériels qu’industriels est mis à profit. Il s’en suit une description détaillée des problématiques rencontrées. À partir de ces observations précises, les chercheurs peuvent émettre des hypothèses de recherche bien ciblées ayant un fort potentiel de succès. Les dispositifs de recherche sont installés directement sur les sites d’opérations des partenaires. Cette façon de faire assure un excellent transfert en mode continu des connaissances. Les partenaires sont en territoire connu et ils apprécient de pouvoir jeter un œil par-dessus l’épaule des chercheurs. Les résultats de recherche étant attendus, s’ils sont positifs, ils seront intégrés facilement et rapidement dans les pratiques de gestion des forêts par le personnel du ministère des Ressources naturelles. Les chercheurs peuvent diffuser librement et sans contrainte les résultats de recherche dans des revues scientifiques et ainsi contribuer au développement des connaissances.

Un bel exemple de succès de ce type de recherche en mode contextuelle a été l’étude des mécanismes de régénération des épinettes noires après feu. Durant les années 1980-90, il y a eu plusieurs grands feux dans les forêts au nord du lac Saint-Jean et on se posait des questions sur le rétablissement des forêts après feu. Il était connu que le temps nécessaire au rétablissement des forêts d’épinette était long, 20 ans et plus. Suite à nos recherches, il a été démontré que le temps de rétablissement des épinettes noires après feu était au contraire très court, moins de cinq ans. De façon pratique, dès les premières années après feu, les forestiers étaient en mesure de savoir s’il y aura rétablissement des épinettes. Si oui, il n’y a pas d’intervention. Sinon, on doit reboiser sans délai et ainsi gagner plus de 20 ans de croissance des forêts. Ce gain de temps de croissance se traduit en plusieurs millions de dollars, mais aussi en millions de tonnes de CO2 séquestré. En effet, chaque mètre cube de bois produit et mis en œuvre permet de retirer une tonne de CO2 de l’atmosphère et ainsi atténuer le réchauffement de la planète.

Des travaux de recherche entrepris en mode contextuel il y a plus de 30 ans au Consortium s’avèrent encore aujourd’hui d’une très grande pertinence dans la lutte aux changements climatiques, le problème de l’heure !

Réjean Gagnon

Professeur retraité de l'UQAC