Le sport étudiant comme vecteur de développement

L’auteur de ce texte, Étienne Hébert, est professeur au Département des sciences de la santé de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et psychologue spécialisé en psychologie sportive.

Lorsque la COVID-19 a bousculé le cours normal des choses et forcé notre confinement, plusieurs étudiants-athlètes ont vu leur saison annulée ; d’autres l’ont vu prendre fin prématurément ; d’autres encore n’ont pas eu l’occasion de jouer les séries et d’aller le plus loin possible. 

À ce moment, les conséquences de cet arrêt étaient négligeables en comparaison à l’urgence sanitaire qui prévalait. Le confinement a permis de sauver des vies et, en ce sens, il a atteint son objectif. À présent que la situation s’améliore et que nous en sommes à planifier la rentrée scolaire de l’automne dans l’ensemble du système scolaire québécois, il est possible de soulever quelques questions et de réfléchir à propos du sport étudiant et de son utilité dans notre système scolaire. À quel moment pourra-t-on reprendre les activités et les compétitions ? Formulé autrement : est-ce qu’il nous faut accorder de l’importance à la relance du sport étudiant dans la nouvelle réalité scolaire ? Et plus précisément encore : que manquent et qu’ont manqué les étudiants-athlètes qui ne peuvent pratiquer leur sport ?

Pour répondre à ces questions, il est utile de s’intéresser à ce que disent les étudiants eux-mêmes quant à leur participation sportive. Ils soulignent qu’ils font du sport d’abord pour avoir du plaisir, pour faire quelque chose dans lequel ils se sentent bons, pour vivre l’excitation et le défi de la compétition, pour faire partie d’une équipe, pour améliorer leurs habiletés sportives et pour être en forme .

En plus de ces bénéfices identifiés par les étudiants-athlètes eux-mêmes, le sport étudiant est un important moteur de développement personnel et social. En effet, il a été observé qu’il leur permet de développer différentes habiletés et compétences telles que le travail en équipe, l’établissement et la poursuite d’objectifs, la gestion du temps, la communication interpersonnelle, certaines habiletés sociales, le leadership ainsi que la résolution de problème et la prise de décision. L’engagement dans le sport étudiant est encore associé à une meilleure estime de soi, au développement du sentiment d’auto-efficacité ainsi qu’au développement et à la régulation émotionnelle. De même, il constitue une source importante de motivation pour de nombreux élèves qui évoluent dans des programmes sport-études ou des concentrations sportives. De plus, dans le bon contexte, ces habiletés et compétences pourront être transférées dans d’autres sphères de leur vie. En bref, le plus important dans le sport étudiant, ce n’est pas de gagner, mais de permettre aux étudiants-athlètes de vivre des succès et de se développer au meilleur de leurs capacités. 

Toutefois, et contrairement à ce que nous avons longtemps cru, la seule pratique d’un sport ne suffit pas pour produire tous ces bienfaits. Il faut bien plus pour que la magie opère et un contexte précis est nécessaire à leur développement. Quel est-il ? 

D’une part, le sport doit être enseigné dans une philosophie de non-violence, ne pas supporter les comportements d’agression qui ne visent qu’à intimider ou blesser , mettre l’accent sur le respect de soi-même et de l’adversaire , valoriser le contrôle de soi et accorder de l’importance au sens des responsabilités. De plus, l’environnement devrait être centré sur l’amélioration personnelle plutôt que sur la victoire et les gains à court terme. Il devrait également permettre aux étudiants-athlètes d’identifier les compétences qu’ils développent, créer des opportunités de les utiliser dans différents contextes et leur fournir du support et les encouragements nécessaires pour les aider à prendre confiance dans leur capacité à les utiliser dans des domaines différents. 

C’est à la lumière de ces caractéristiques que l’interaction et l’expression « sport-études » prennent tout leur sens. En effet, le milieu scolaire, grâce à l’interaction possible entre le sport et les études, représente un endroit idéal pour favoriser la mise en place des conditions qui permettent aux étudiants-athlètes de profiter des bénéfices que peut leur offrir la pratique d’un sport.

Avec le confinement, tous ces bénéfices potentiels et réels sont disparus. Les étudiants-athlètes ont été privés d’une source de développement et de valorisation importante. Bien que le confinement ait d’abord pu permettre une pause et servir de repos, l’arrêt prolongé et l’annulation des saisons et des séries ont pu provoquer chez certains étudiants-athlètes des sentiments de vide, voire de détresse, qui ont pu se manifester de nombreuses façons. Certains ont pu vivre de l’anxiété ; d’autres de la tristesse, de l’irritabilité, une modification de leurs habitudes de sommeil, de leur appétit, des difficultés de concentration, etc. Bref, les réactions ont pu être nombreuses et diversifiées. 

Il est aussi possible – et même probable – que certains n’aient pas réalisé qu’ils souffraient en fait des contrecoups du vide créé par l’arrêt soudain du sport-études. Il est également logique de croire que, pour certains, cet arrêt a été associé à une baisse d’intérêt et de motivation scolaire. Cela a notamment pu se répercuter dans l’assiduité et la complétion des travaux scolaires proposés et à faire à la maison pendant le confinement, et peut-être même dans le désir de poursuivre des études à des niveaux supérieurs. 

Qu’ont donc manqué et que manquent les étudiants-athlètes pendant l’arrêt de leur sport ? De façon simple, toutes ces opportunités de développement. Autrement dit, tout ce contexte que fournit le sport étudiant, propice à l’apprentissage et au développement de citoyens engagés et responsables, en dehors des salles de classe, mais en milieu scolaire. 

Il ne sera pas possible de reprendre le temps perdu, mais il est important d’organiser et de planifier celui à venir. La reprise du sport étudiant permettra non seulement aux étudiants-athlètes de retrouver une source de plaisir et de valorisation, mais il contribuera également à mieux les outiller pour poursuivre leur adaptation dans cette nouvelle réalité constamment changeante, et ce, sans même qu’ils s’en rendent compte. 

Ainsi, dans les réflexions qui s’entament quant aux moyens à prendre pour valoriser et poursuivre l’engagement scolaire de nos étudiants, le sport étudiant devrait être une pièce importante du casse-tête. 

Vous désirez échanger sur le sport étudiant avec Étienne Hébert? Rendez-vous le jeudi 25 juin, 18h, au https://uqac.zoom.us/my/quotidien