Langues autochtones: le temps presse pour les sauver

Quelles sont-elles ? Où sont-elles parlées ? Par combien de personnes ?

L'auteure de ce texte est Diane Daviault, professeure retraitée du Département des sciences de l'éducation de l'UQAC

En cette année internationale des langues autochtones, le moment est propice pour faire le point sur ces questions.

Le Québec compte 11 nations autochtones qui possèdent chacune leur culture et leur langue. Dans certaines nations, la langue ancestrale est encore parlée par quelques milliers de locuteurs ; dans d’autres, elle a complètement disparu et dans d’autres encore, elle n’est plus parlée que par une poignée de locuteurs.

Dans l’ensemble, on estime qu’environ le quart des Autochtones du Québec parlent actuellement une langue autochtone (Statistique Canada 2016, ainsi que pour tous les chiffres cités ci-après).

Inuits

Mentionnons tout d’abord la nation Inuit qui vit au Nunavik (territoire situé au nord du Québec) où elle est répartie dans 14 communautés ; sa langue, l’inuktitut, est parlée par 90 % de sa population, ce qui représente environ 11 000 locuteurs.

Iroquois

Viennent ensuite les deux nations iroquoiennes, soit les Hurons-Wendat et les Mohawks. Les premiers vivent à Wendake et leur langue est éteinte depuis longtemps ; quant aux seconds, ils vivent dans la région de Montréal dans les communautés d’Akwesasne, de Kahnawake et de Kanesatake ; leur population globale est estimée à 16 200 personnes dont 15 % parlent encore leur langue.

Algonquins

Ce sont les langues des nations algonquiennes qui sont les plus parlées au Québec.

Toutefois, leur taux de préservation varie de façon importante d’une nation à l’autre.

Les nations algonquiennes du Québec sont les Algonquins, les Atikamekw, les Cris, les Innus, les Naskapis, les Micmacs, les Malécites et les Abénakis. La nation algonquine est répartie en neuf communautés situées en Abitibi et au Témiscamingue. On estime sa population à 7747 individus, dont 22 % parlent encore algonquin. Les principales communautés sont Lac-Simon, Kitchisagik, Pikogan et Kitigan Zibi (Maniwaki).

Atikamekw

La nation atikamekw est située en Haute-Mauricie ; elle est répartie entre les communautés de Manaouan, Opitciwan et Weymotaci. On y compte autour de 5300 individus, dont 98 % parlent leur langue ancestrale.

Cris

La portion québécoise de la nation crie est estimée à environ 13 500 individus, dont 95 % parlent encore leur langue ancestrale. Ils sont répartis dans sept communautés situées le long de la baie James, soit : Chisasibi, Eastmain, Mistissini-Oujé-bougoumou, Nemiscau, Waskaganish, Waswanipi et Wemindji.

Innus

La nation innue compte 9660 individus répartis en neuf bandes ; sept d’entre elles sont situées le long de la Côte-Nord du Saint-Laurent ; ce sont les communautés de Pessamit, Washat Maliotenam, Unamen Shipu (La Romaine), Ekuanishit (Mingan), Natashkuan, Pakuashipi (St-Augustin) et Essipit (Les Escoumins). À cela s’ajoutent les communautés de Mashteuiasth et de Matimekush (Schefferville).

Le niveau de préservation de la langue innue varie beaucoup d’une bande à l’autre. Ainsi, elle est parlée par plus de 95 % de la population dans les communautés de la Côte-Nord et à Matimekush ; en revanche, il n’en subsiste plus que quelques locuteurs à Mashteuiasth et elle a complètement disparu à Essipit. On estime le nombre des Naskapis du Québec à environ 695 individus, dont 94 % parlent leur langue maternelle. Ils vivent à Kawawachikamach, au nord de Schefferville.

Micmacs

La portion québécoise de la nation micmaque vit à Listuguj (Restigouche) en Gaspésie et compte autour de 4000 individus, dont environ 10 % parlent encore la langue.

Abénaquis

Les Abénaquis vivent principalement à Odanak ; la langue n’est plus parlée que par quelques personnes. Pour leur part, les Malécites sont reconnus comme nation autochtone, mais ne comptent plus aucun locuteur au Québec.

Les langues autochtones du Québec sont des langues menacées et même celles qui comptent quelques milliers de locuteurs sont fragilisées du fait de leur dispersion géographique et de leur morcellement dialectal.

Le temps presse de mettre en place des mesures visant à les préserver.