Doit-on craindre pour nos fonds de retraite ?

Vincent Morin est professeur et directeur de la maîtrise en gestion des organisations au Département des sciences économiques et administratives de l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC).

Depuis un peu plus de trois mois, notre vie a radicalement changé et on mesure encore difficilement les impacts de la crise sur notre quotidien et notre futur. Des millions d’emplois ont été perdus en Amérique, plusieurs entreprises sont en grandes difficultés financières et les gouvernements ont dû faire des déficits records pour permettre de soutenir les différents secteurs de l’économie et éviter la catastrophe. Dans ce contexte d’incertitude, il est normal de se poser des questions sur nos fonds de retraite, qu’il soit en REER ou dans un fonds de pension. 

Les marchés boursiers sont très sensibles à la conjoncture économique. Plus la croissance économique est bonne, plus les compagnies font des profits et plus la valeur des actions en bourse augmente. Il est donc normal de constater qu’au plus fort de la crise actuelle, le ralentissement économique causé par le confinement a fait chuter le Standard & Poor’s 500, l’indice de la valeur des actions de la Bourse de New York, de près de 35 %. Depuis, la bourse a repris de la vigueur et récupéré plus de 60 % des pertes enregistrés. Mais les marchés restent très volatils et on doit s’attendre à assister à d’autres baisses quotidiennes et, probablement, à d’autres remontées pour les mois à venir. 

Pourquoi tant de variation ? C’est simple. On ne comprend pas encore tous les impacts de la crise. On sait que certaines entreprises sortiront gagnantes de la crise alors que d’autres seront perdantes ou en très grandes difficultés financières. Nous faisons face à une nouvelle réalité et les analystes ne sont pas encore en mesure de comprendre comment cela affectera la valeur des entreprises en bourse. Devant autant d’incertitude, le marché pourrait réagir fortement à chaque nouvelle importante, bonne ou mauvaise, pendant encore plusieurs mois.

Dans ce contexte, serait-il plus prudent de sortir mes placements et de les mettre en sécurité ? Si on savait exactement quand la bourse va baisser et remonter, c’est sûr qu’on pourrait sortir notre argent juste avant les baisses et replacer juste avant la reprise. Malheureusement, même les meilleurs analystes financiers n’arrivent pas à prédire les mouvements boursiers. Donc, quand on commence à s’inquiéter de la valeur de nos placements, c’est normalement qu’il est trop tard pour les vendre. Et surtout, si on vend nos actions alors que la bourse reprend, on rate une belle opportunité de faire du rendement. Alors, la meilleure chose à faire durant une crise est de faire preuve de patience et d’attendre que ça passe. 

Est-ce que les pertes boursières actuelles risquent d’affecter à long terme la valeur de mes prestations de retraite ? D’abord, il faut rappeler que si vous détenez un portefeuille diversifié, vous détenez aussi des titres à revenu fixe, principalement des titres de dettes des différents gouvernements. Et la bonne nouvelle, c’est qu’avec la crise financière et la baisse forcée des taux d’intérêt, les titres à revenu fixe ont fait des rendements plus qu’intéressants en mars et en avril 2020. Bref, malgré la crise actuelle et tous ses remous, les douze derniers mois n’ont pas été aussi mauvais et plusieurs investisseurs auront quand même des rendements positifs dans leurs fonds. Reste à voir ce que le reste de 2020 nous réserve. 

Toutefois, il faut mettre en perspective que depuis 2009, les rendements de tous les placements ont été très bons et il y a eu très peu de corrections boursières. Une aussi longue période sans récession et correction majeure est assez rare. Tôt ou tard, il était prévisible que l’on subisse une récession. C’est juste la cause de cette récession qui a pris le monde par surprise. Mais si on se fie à l’histoire des 100 dernières années, toutes les crises importantes, incluant celle de 2008, où les actions ont chuté de près de 45 %, ont été suivies de reprises importantes dans les années suivantes. Donc, dites-vous que si votre retraite est dans 10 ou 15 ans, les marchés boursiers auront encore amplement le temps de reprendre de la vigueur et le rendement perdu cette année sera repris éventuellement.

Est-ce un bon temps pour investir en bourse ? Le rendement en bourse sur une longue période – plus de 10 ans – est pratiquement toujours supérieur à ce que vous auriez avec des placements garantis. En théorie, il n’y a jamais de mauvais moments pour investir. Mais pour cela, il faut avoir un horizon à long terme. Les sommes dont vous aurez besoin à court terme – moins de cinq ans – ne devraient jamais être investies en bourse, car vous pourriez subir de trop grandes fluctuations de votre capital. 

Déjà que la bourse est volatile, dites-vous que les prochains mois pourraient être une succession de hausses et de baisses. Oui, il y a le risque d’une deuxième vague de COVID-19, mais il y a aussi les élections américaines qui pourraient changer le portrait politique et économique. Si vous avez des gros montants à investir à long terme, il pourrait être prudent de vous garder une portion de liquidités pour profiter d’éventuelles baisses de marché à l’automne. Si vous ne voulez pas suivre la bourse pendant les prochains mois, ce serait encore plus simple d’investir de façon périodique et de répartir votre investissement en 12 versements égaux. Évidemment, il demeure encore plus essentiel d’avoir un portefeuille bien diversifié. Ce n’est surtout pas le temps de tout miser sur une seule compagnie en espérant réussir un coup de circuit.

En somme, nous vivons une période un peu folle et les marchés boursiers n’y font pas exception. Des remous sont encore à prévoir pour les prochains mois. Il faut faire preuve de patience, conserver nos placements et se rappeler qu’après la tempête, il y aura du beau temps.

Rendez-vous le mardi 30 juin, à 18 h, au https://uqac.zoom.us/my/quotidien