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Des langues en déclin

UQAC / Comment détermine-t-on que les langues autochtones du Québec sont menacées ? Tout d’abord parce qu’elles s’affaiblissent par manque de locuteurs et que le seuil de viabilité d’une langue est estimé à 100 000 locuteurs. Le deuxième critère repose sur le fait que leur état se détériore rapidement. En effet, la connaissance qu’en ont les locuteurs s’appauvrit sans arrêt sous l’effet combiné des changements survenus dans le mode de vie et de l’influence de la langue majoritaire (le français ou l’anglais, selon les communautés).

On note tout d’abord qu’il y a, dans toutes les langues autochtones, de plus en plus d’emprunts au vocabulaire des deux langues majoritaires, et ce, non plus seulement pour nommer les nouvelles réalités (ordinateur, cafetière), mais de plus en plus pour remplacer le vocabulaire de base. Il se produit donc un remplacement progressif et insidieux du vocabulaire autochtone par des mots en français et en anglais. Une telle situation est fortement symptomatique d’une langue en état de déperdition.

De plus, beaucoup de personnes, passées par les tristement célèbres pensionnats, n’ont pas renoué avec les activités traditionnelles en forêt. Conséquemment, l’immense vocabulaire spécialisé relatif à la faune, à la flore et aux différentes activités qui y étaient reliées est en voie de disparaître et n’est plus transmis aux enfants.

L’UQAC a souligné, lors d’une cérémonie qui s’est tenue le 20 juin dernier, le passage à la retraite de 23 membres de la communauté universitaire, soit Carole Aubut, Suzanne Arseneau, Bernard Bouchard, Denis Bussière, Pierre Camirand, Carmen Côté, Denis Côté, Hirlse Dufour, André Falgueyret, Gabriel Fortier, Anne Garant, François Guérard, Jacques-André Gueyaud, Michaël Higgins, Pierre Imbeault, Gilbert Larochelle, Jacinthe Lavoie, Julie Lavoie, Pyerre Le Cong Khan, Jacques Paradis, Danièle Poirier, Denis Tremblay et Pierre-André Tremblay. Sur la photo, les 16 retraités qui ont pris part à la fête.

D’autre part, on assiste actuellement à un bilinguisme généralisé de la population autochtone. Or, bien que le bilinguisme soit un phénomène courant et généralement considéré comme un avantage, il devient une menace lorsqu’il est adopté de façon massive par les locuteurs d’une langue minoritaire au profit de la langue majoritaire. Ce type particulier de bilinguisme est en effet reconnu comme étant le prélude à la disparition d’une langue minoritaire.

Le 6 juin dernier, le Centre d’études de l’UQAC à Sept-Îles a réuni ses finissants afin de célébrer leur réussite. 84 diplômés de 14 programmes d’études ont pris part à la fête. Plusieurs personnes s’étaient déplacées pour l’événement. Mentionnons la présence de l’équipe du Centre des Premières Nations Nikanite, ainsi que du professeur Dominic Bizot, directeur de l’Unité d’enseignement en travail social.

Actuellement, l’apprentissage de la langue majoritaire chez les autochtones est tout à la fois obligatoire et objet de résistance. La scolarisation des enfants illustre particulièrement ce phénomène.

Face à la question de la survie de la langue, le monde autochtone se trouve devant un dilemme insoluble : soit mettre l’emphase sur l’enseignement des langues ancestrales afin d’en assurer la pérennité ou scolariser les enfants en langue majoritaire afin de leur permettre de s’insérer de façon active dans la société.

La réponse à ce dilemme a varié au fil du temps. Actuellement, dans la plupart des communautés, la maternelle se fait en langue autochtone et le primaire en français (ou en anglais). Généralement, les enfants commencent leur première année avec une connaissance très limitée du français et ils doivent apprendre à lire dans une langue qu’ils ne maîtrisent pas. La tâche est donc quasi impossible et conséquemment les difficultés en lecture sont très répandues.

De plus, on note que les difficultés de compréhension du français perdurent au-delà de la fin du primaire, et même du secondaire, nuisant de façon importante aux différents apprentissages. La pauvre connaissance du français est due d’une part à la façon dont le bilinguisme est implanté dans les écoles, mais aussi à un phénomène de résistance de la part d’une population qui tente d’éviter l’assimilation.

Toutefois, la connaissance des langues ancestrales s’appauvrit elle aussi de plus en plus. Aux causes déjà mentionnées s’ajoute, chez les enfants, un important retard de développement sur le plan lexical dans leur langue maternelle. Comme l’école se fait en français, les occasions d’approfondir la connaissance des langues autochtones se raréfient, avec comme conséquence qu’on trouve actuellement dans plusieurs communautés une proportion non négligeable de la population qui a une connaissance limitée tant du français que de la langue autochtone.

Dans toutes les communautés, des équipes luttent énergiquement contre la disparition de leur langue et de leur culture, mais les moyens dont elles disposent sont bien insuffisants.

Par Diane Daviault, professeure retraitée du Département des sciences de l’éducation de l’UQAC