Marie Fall, professeure de géographie et de coopération internationale
Marie Fall, professeure de géographie et de coopération internationale

COVID-19: une exception africaine?

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Le Quotidien
PAGE UQAC / Quand la pandémie de COVID-19 a été déclarée, en mars 2020, les pronostics prédisaient l’hécatombe dans les pays africains. Les appels à la solidarité internationale demandaient, encore une fois, l’aide des pays développés pour soutenir les systèmes de santé précaires des États africains. Jusqu’à maintenant, les Amériques, l’Europe et l’Asie comptent les plus grands foyers de contamination de COVID-19, avec une mortalité conséquente. L’Afrique, le continent ayant le plus grand nombre de pays les moins avancés, est relativement épargnée, à l’exception de l’Afrique du Sud, de l’Égypte et du Maroc. Paradoxalement, ces trois pays sont parmi les plus avancés du continent. Les catastrophes anticipées n’ont pas eu lieu.

Ce texte a été rédigé par Marie Fall, professeure de géographie et de coopération internationale à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), et Joël Brassard, étudiant au Certificat en coopération internationale.

Plusieurs facteurs expliquent possiblement la situation moins dramatique des pays africains. D’abord, le continent a été touché par la pandémie après l’Europe. Les gouvernements africains ont ainsi pu prendre des mesures en amont plutôt que d’attendre les premiers cas. Plusieurs pays ont fermé leurs frontières nationales et leur(s) aéroport(s). Les transports interurbains et les déplacements internes ont été interdits. L’état d’urgence nationale a été déclaré, accompagné par l’instauration d’un couvre-feu et la fermeture des écoles, des marchés, des lieux de culte et de tous les lieux de rassemblement.

Le continent africain n’en est pas à sa première épidémie. En effet, les populations ont combattu le virus Ebola, la fièvre de Lassa et d’autres épidémies fréquentes de paludisme, de tuberculose, de fièvre typhoïde et de choléra. L’expérience des épidémies se combine avec une expertise locale dans la confection et la distribution de masques en tissu.

Avec la prévalence de plusieurs épidémies, les Africains ont accès à des traitements préventifs qui auraient des effets protecteurs pour d’autres maladies. Par exemple, la chloroquine, qui est utilisée pour traiter le paludisme, rendrait les individus moins susceptibles de contracter la COVID-19. Cependant, ces liens de cause à effet sont controversés.

La plupart des pays d’Afrique subsaharienne se trouvent en zone intertropicale, avec des saisons chaudes et humides une bonne partie de l’année et une courte saison sèche. La propagation du coronavirus serait aussi ralentie par le contexte climatique peu favorable.

Une autre hypothèse porterait cette fois sur la densité de population, qui est, à l’exception des grandes villes, plus faible que celle des autres régions du monde, ce qui réduit les contacts entre les individus et les protège du même coup. La circulation des individus pourrait aussi être évoquée pour expliquer la faible propagation du coronavirus. La mobilité interne à l’échelle des territoires africains est limitée par la médiocrité des infrastructures de transport. Certaines régions africaines ne sont pas particulièrement convoitées par les touristes à cause de l’instabilité et de l’insécurité causées par les conflits et les crises politiques.

En Occident, la majorité des personnes atteintes de la COVID-19 et rencontrant des complications sont âgées de 60 ans et plus. Or, la population africaine se démarque par sa jeunesse, comparativement au reste du monde. Le taux d’obésité reste faible dans les communautés africaines, qui souffrent plus souvent de malnutrition que de surabondance, ce qui représente encore une fois un facteur protégeant la population contre des complications menant à la mort chez les personnes atteintes. Toutes ces situations ont possiblement contribué à une meilleure prise en charge collective, qui prémunit et outille les populations africaines contre la COVID-19.

Avec la levée des restrictions, les cas de contamination n’ont pas augmenté de façon drastique. Les pays africains battent des records dans les taux de guérison, malgré des infrastructures de santé moins performantes que celles des pays occidentaux. Plusieurs organisations croient toutefois que les statistiques africaines ne reflètent pas la réalité. Les populations n’ayant pas accès à des tests ne savent pas si elles sont contaminées ou pas. La quantité de tests effectués reste faible comparativement aux pays développés. Cette situation a forcément une influence sur le nombre de cas déclarés. De plus, il n’y a pas nécessairement d’autopsie systématique en cas de décès. La religion musulmane pratiquée dans quelques pays africains impose que les personnes qui décèdent soient enterrées le plus rapidement possible.

À l’heure où la deuxième vague frappe les Amériques, l’Europe et l’Asie, on peut valablement penser que la pandémie affecte de manière négligeable le continent africain. Quoique les facteurs présentés s’avèrent positifs pour l’Afrique, la communauté internationale se montre inquiète et craint encore le pire. Peut-on alors parler d’un miracle africain ? La question reste ouverte.

Poursuivez la discussion en clavardage le lundi 19 octobre, dès 19 h, sur Zoom : https://uqac.zoom.us/my/quotidien