Complexe TDAH

L'auteure de cette chronique est Marie-Christine Brault, professeure au Département des sciences humaines et sociales de l'Université du Québec à Chicoutimi

PAGE UQAC / Être TDAH est devenu un adjectif dans notre langage courant. Qui, en oubliant ses clés ou son portefeuille, n’a pas dit « je suis donc bien TDAH ! » … Pourtant, avoir un TDAH peut avoir des conséquences bien plus graves et incapacitantes, parlez-en aux jeunes qui sont réellement aux prises avec ce trouble neurodéveloppemental. Pour ces jeunes et leur famille, il est important de s’assurer qu’ils ont accès aux soins et aux services sociaux et scolaires appropriés. Il est également essentiel de définir les meilleures pratiques diagnostiques, afin d’identifier le plus justement possible la présence du trouble. Du travail reste encore à faire à ce niveau, comme l’indiquent les plus récentes statistiques sur le sujet.

Le Québec, et le Saguenay–Lac-Saint-Jean, ont été surpris ces derniers mois par l’ampleur du phénomène du Trouble du déficit d’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et de sa médication. En quelques mois seulement, nous avons appris que les jeunes Québécois sont presque trois fois plus nombreux que les jeunes Canadiens à consommer des médicaments pour le TDAH (INESSS, 2017) ; que depuis les années 2000 le nombre de diagnostics de TDAH augmente constamment ; que dans la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le nombre de diagnostics s’accroit, au fil des années, et l’écart se creuse avec le reste du Québec. Près d’un adolescent sur trois rapporte avoir reçu ce diagnostic en 2016-2017 (CIUSSS-SLSJ, 2019).

Le temps d’écran et l’utilisation des jeux vidéo ont été soulevés comme des causes possibles. Nous savons que les nouvelles technologies ont des impacts sur les niveaux d’attention, mais elles ne peuvent, à elles seules, fournir toutes les explications. Comment expliquer les écarts observés sur des critères sociaux comme le genre, le statut socioéconomique et la région géographique ? Comment expliquer un phénomène recensé depuis une dizaine d’années dans plusieurs régions du monde (Amérique, Asie, Europe, Moyen-Orient), où l’immaturité des enfants est confondue avec les manifestations du TDAH. Ainsi, les plus jeunes de la classe (au Québec, nés entre juillet et septembre) ont davantage de risque d’être diagnostiqué TDAH que ceux qui sont les plus vieux de la classe (au Québec, nés entre octobre et décembre).

Comment expliquer tout cela ? Ma réponse est que le phénomène du TDAH est complexe et qu’il n’existe pas une seule réponse, mais bien plusieurs et qu’il est important de sortir des explications uniquement individuelles, car il y a bel et bien des aspects sociaux au phénomène. Depuis deux ans, je mène un projet de recherche dans la région du SLSJ où je m’intéresse au rôle de l’école dans l’identification des élèves sous la catégorie TDAH. J’ai eu la chance de discuter avec une trentaine d’acteurs du milieu scolaire et du milieu de la santé. Contrairement au message souvent véhiculé, il me semble trop simpliste d’affirmer que les enseignants, à bout de ressources et fatigués, ne tolèrent plus les enfants qui bougent. Oui, leurs conditions de travail sont difficiles et ils demandent de l’aide. Mais je constate qu’ils ont d’abord et avant tout le bien-être des élèves à cœur et qu’ils ne peuvent rester de glace devant les problèmes scolaires des élèves. Il ressort clairement des analyses préliminaires que l’importance accrue qui est accordée à la réussite scolaire joue un rôle de premier plan dans le choix d’évaluer un enfant pour le TDAH. L’école ne peut pas être la seule institution à être pointée du doigt, car si l’identification peut relever de la sphère scolaire, le diagnostic et la prescription relèvent de la sphère médicale, et toutes les habitudes de vie, de la sphère familiale.

Si le sujet du TDAH vous intéresse, sachez que le Centre intersectoriel de santé durable de l’UQAC organise un Bar des sciences, où différents experts (kinésiologue, neuropsychologue, pédiatre et sociologue) répondront à vos questions. C’est un rendez-vous à la Tour à Bières (517 rue Racine Est à Chicoutimi) le mercredi 12 juin de 17 h à 19 h.

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L'UQAC AU QUOTIDIEN

Le Gala de l’implication de l’UQAC, qui a eu lieu le 11 avril dernier, a été l’occasion de récompenser plusieurs étudiants qui se sont impliqués au cours de l’année 2018-2019. Sur la photo, on peut voir le groupe gagnant dans la catégorie vie associative, l’Association étudiante en physiothérapie, en compagnie de Patrice Séguin, animateur de vie étudiante à l’UQAC, et Keven Desgagné, président du MAGE-UQAC.
Grâce à l’initiative des docteures Marjorie Lavoie, psychologue, Marie-Ève Langelier, médecin, et Nathalie Bettez, médecin, une activité de collaboration interprofessionnelle, qui s’est tenue à l’hiver 2019, a permis à 58 étudiants d’unir leurs forces afin d’oeuvrer auprès de 18 familles habitant sur le territoire saguenéen. À cette occasion, les étudiants ont été jumelés entre eux et ont pu prendre contact avec une famille de la communauté afin de relier concrètement les déterminants de la santé, les besoins et les ressources disponibles pour y répondre sur le territoire.