PAGE UQAC : Les médias sociaux en temps de crise

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Le Quotidien
Collaboration spéciale — Les médias sociaux ont une place dans l’espace médiatique prépondérante. Ces plateformes permettent à l’auditoire d’interagir avec la nouvelle, et parfois avant même qu’elle ne soit validée et diffusée par des canaux reconnus, comme la télévision, la presse écrite et la radio, ou encore les autorités gouvernementales et publiques.

L’auteur de ce texte, Hervé Saint-Louis, est professeur en médias émergents à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) et bédéiste.

Hervé Saint-Louis, professeur au baccalauréat en communication interculturelle et médiatique

Avec la pandémie, le public est presque assiégé de nouvelles et d’informations sur la COVID-19 et il peut être très difficile de séparer le vrai du faux. La situation est envenimée par l’apparence d’un manque de transparence des autorités chinoises, des déboires et contradictions du président américain sur les mesures de sécurité à prendre contre la pandémie, et des informations souvent contradictoires d’experts et de non-experts. Comment s’y retrouver ?

Un fait dont nous devons nous souvenir, c’est que la rapidité de diffusion d’une nouvelle ou d’un événement n’est pas similaire sur chaque média social. Par exemple, considérons le temps requis pour mettre une vidéo sur un fait divers sur YouTube contre le temps nécessaire pour diffuser la même information sur Facebook ou Twitter. Le temps de production et de préparation d’un clip sera plus long sur YouTube que le temps nécessaire pour diffuser une nouvelle écrite et une photographie sur Facebook ou Twitter. Il est aussi plus simple de propager un gazouillis provenant de Twitter ou un message Facebook dans son réseau de contacts qu’une vidéo sur la plateforme YouTube.

Entre Facebook et Twitter, il y a aussi une différence dans la propagation de nouvelles. Sur Facebook, on s’adresse à nos proches – des gens de notre famille, des amis, des collègues de travail ou d’école. Même si l’on suit une entreprise, une célébrité ou un organisme, ces sources ne vont diffuser que des nouvelles qui ont été pesées. Mais il y a beaucoup de comptes d’organisme sur Facebook, de groupes et de clubs où les informations ne sont pas vérifiées ou volontairement diffusées pour désinformer le public.

Sur Twitter, on peut suivre plusieurs gens que l’on ne connaît pas et qui diffusent des nouvelles dès qu’elles se produisent. On peut dire que sur Twitter, les fausses informations seront démenties plus rapidement que sur Facebook, où la même information erronée aura plus d’impact, car elle a été transmise par notre cousin ou notre voisine. Ça lui donne un certain poids, car on se fie à nos contacts. Une rétractation sur Twitter sera plus apparente et incluse dans le gazouillis original. Ce n’est pas le cas pour Facebook. 

Donc, comprendre la vitesse de diffusion d’une information nous aide à comprendre à quelle vitesse elle sera réfutée si elle est fausse. 

Un autre défi des médias sociaux est la propagation de théories de conspiration. Avec la pandémie, on voit arriver une gamme de théories sur la provenance du coronavirus, sur ses effets, sur le taux d’infection, sur l’immunité à long terme et sur les meilleurs moyens de résoudre la pandémie. Et ici, même les experts du monde scientifique et des médecins se contredisent. Ceci crée chez l’internaute moyen un sentiment de ne plus savoir à qui faire confiance et qui croire, et il peut même en venir à douter de la politique de quarantaine et de son efficacité. 

Voici un exemple. Une blogueuse réputée (@blogdiva) a affirmé le 22 avril qu’il y avait jusqu’à 2000 mutations du SARS-CoV-2, le virus responsable de la COVID-19, avec un graphique à l’appui. La blogueuse ne semble pas vouloir désinformer le public. Cependant, elle n’offre aucune source quant à l’origine de son graphique, lequel ne contient pas assez d’informations pour être identifié. Dans le même gazouillis, elle mélange ensuite les propos controversés d’un médecin français sur des traces du VIH dans le SARS-CoV-2. Ce gazouillement a alarmé plusieurs gens qui lui font confiance. 

C’est un exemple parfait d’un message fautif provenant d’un média social qui n’a pas été démenti vigoureusement, mais qui alimente un sentiment d’insécurité dans le public. Une personne intentionnée avec un certain parcours que l’on peut vérifier diffuse une fausse information, qui, à la lecture sérieuse, n’est pas crédible. Ce message a été partagé plusieurs fois, ce qui fait que même si je ne suis pas cette personne sur Twitter, je l’ai vu.

Souvent, on veut partager une information ou une nouvelle que l’on pense importante avec notre réseau. Un nouveau réflexe à développer serait de se dire que l’on n’a pas besoin de tout partager, surtout si l’on ne peut pas vérifier la source, mais aussi pour donner une pause aux gens qui nous suivent et qui reçoivent déjà beaucoup de messages, erronés ou vrais. Diminuer ce que l’on partage va vraisemblablement diminuer la propagation des fausses nouvelles, tout en diminuant le stress dans notre réseau. Il y aura toujours un expert pour démentir une fausse nouvelle. 

Plusieurs études dans le domaine des médias émergents vont dans la direction que l’interaction que nous partageons par le biais des médias sociaux est aussi réelle qu’en face à face. Les interactions négatives et positives peuvent avoir un impact aussi important sur une personne qu’une interaction en personne. Donc, il faut traiter nos interactions en ligne avec autant d’attention que celles que nous avons en personne.

Il faut noter que certains médias sociaux sont très présents pour diriger les conversations de leurs abonnés vers des sources fiables durant la pandémie. Puisque la diffusion de la désinformation est plus rapide que sa réfutation, il faut se rappeler qu’avant qu’une information importante soit intégrée dans le narratif fiable et sérieux de sources gouvernementales et dans les médias, un processus de vérification doit être effectué. C’est pour cela que les fausses nouvelles et la désinformation semblent toujours être plus à jour et au fait que l’information vérifiée.

Pour en savoir plus et discuter des médias sociaux en temps de crise, venez converser avec Hervé Saint-Louis le lundi 4 mai, dès 18h, via le lien uqac.zoom.us/my/lequotidien.