Le restaurant La Cuisine, à Chicoutimi.
Le restaurant La Cuisine, à Chicoutimi.

Ouverture en zone rouge: le risque jugé trop grand par plusieurs restaurateurs

Marc-Antoine Côté
Marc-Antoine Côté
Le Quotidien
L’annonce du chef propriétaire du restaurant Temaki qui affirme qu’il ouvrira sa salle à manger, vendredi, malgré les restrictions de la Santé publique, trouve écho dans la région. Bien que plusieurs de ses homologues comprennent le geste, la plupart n’ont néanmoins pas le luxe de prendre de tels risques.

C’est le cas notamment de Julie Lavoie, du restaurant L’assorti, qui dit admirer le courage de Michaël Tremblay, mais qui juge les risques trop grands.

« Nous autres aussi on est fâchés. On aimerait ça crier aussi et en faire des mesures comme Michaël, mais on ne peut pas vraiment. On fait face à des amendes qui peuvent être très salées, et on n’a pas vraiment d’argent à investir là-dessus. Le risque aussi, c’est de perdre notre licence, et d’être un mois sans pouvoir faire de “takeout”. Alors on ne peut vraiment pas se le permettre. »

Un peu comme au printemps dernier, elle et le chef propriétaire Israël Lamontagne mettront plutôt leurs énergies au profit de leur menu pour emporter, qu’ils viennent d’ailleurs de dévoiler en vue de la semaine du 3 novembre.

Le son de cloche est similaire du côté du restaurant La Cuisine, dont le chef propriétaire, David Janelle, juge importante une telle prise de parole. Même s’il ne compte pas emboîter le pas sur des mesures similaires et compte lui aussi rouvrir en mode pour emporter d’ici quelques jours.


« On dit souvent que si l’on ne crie pas et qu’on ne fait rien, qu’on n’aura rien, c’est justement dans ce sens-là que je suis content qu’il le fasse, explique-t-il. Je ne dis pas que moi je le ferais. Faut voir aussi à quel prix aussi que ça peut se faire. »
David Janelle

De son côté, le Service de police de Saguenay (SPS) promet une visite au chef propriétaire du restaurant Temaki, dans le cas où il porterait ses menaces à exécution. Le porte-parole du SPS Bruno Cormier précise que les policiers comptent d’abord discuter avec les restaurateurs qui agiraient contre les restrictions émises par le gouvernement.

De sorte à leur expliquer la situation, mais aussi pour les aviser des conséquences qui viennent avec le fait de garder sa salle à manger ouverte malgré des directives contraires. « S’il ouvre, on va se présenter sur les lieux pour le rencontrer », prévient-il.

Prendre le virage

Certains ont une approche tout autre dans la région. Pour François Rochette, chef propriétaire de Tacos Y Salsa à Saint-Gédéon, cette deuxième fermeture forcée en quelques mois ne change pas grand-chose. « Moi je n’ai pas à m’adapter d’aucune manière, parce que je suis déjà adapté depuis mai dernier. »

Les choses ont bien changé dans son restaurant, depuis l’époque où il avait une trentaine d’employés à sa charge, pas plus loin qu’en 2019. Désormais, il opère seul et se consacre entièrement à la préparation de mets prêts à cuisiner. Des sacs que les gens viennent chercher et préparent eux-mêmes à la maison.

Après avoir « encaissé le choc » au début de la pandémie, François Rochette n’a pas mis trop de temps à transformer ses façons de faire. Un mois, pour tout dire, au cours duquel il a entamé un virage définitif.

« Moi, je dis que la restauration ne sera plus jamais la même. Et de toute façon, même si elle revenait telle qu’elle a été dans le passé, moi je ne reviendrais pas comme avant », dit celui qui a l’intention de continuer à faire cavalier seul.

Malgré la « débarque » de son chiffre d’affaires, il dit avoir « redécouvert son restaurant d’une autre manière » et être décidé à le « faire rebondir comme il n’a jamais rebondi ».

Le chef propriétaire dit aussi avoir beaucoup de compassion pour ses confrères et consœurs du milieu de la restauration. Il respecte donc la décision de Michaël Tremblay du Temaki, sans pour autant l’appuyer.