Ouverture de la pêche: le rituel de la première truite

Quelques mordus étaient au rendez-vous pour le rituel de l’ouverture de la saison de pêche sportive, vendredi, sur la rivière Chicoutimi, au pied du barrage de Portage-des-Roches, à Laterrière, et sur les différents lacs de villégiature en milieu périurbain. Le soleil était au rendez-vous, au grand plaisir des pêcheurs.

Une dizaine d’embarcations se démenaient dans les remous de la rivière Chicoutimi pour taquiner les ombles de fontaine engourdis par l’eau froide déversée par les vannes du barrage, un endroit de prédilection pour cette espèce qui préfère l’eau bien oxygénée.

L’omble de fontaine, communément appelée truite mouchetée, représente l’espèce préférée des pêcheurs québécois. Il se capture environ 16 millions de truites mouchetées chaque saison, comparativement à près de huit millions de dorés, la deuxième espèce sportive préférée du million de pêcheurs québécois.

C’est donc pour capturer l’omble de fontaine que les plus mordus des 70 000 pêcheurs de la région se présentent sur les plans d’eau. Ça fait huit mois que les pêcheurs de truite ont rangé leur canne à pêche, et la journée d’ouverture était donc attendue avec impatience.

« Moi, je n’en mange pas. Je pêche pour le plaisir. J’ai un de mes oncles qui est bien content quand je lui apporte de la truite », a lancé Tonny Michaud, de La Baie, qui était sur les glaces du lac Clair, à Saint-David-de-Falardeau, depuis 5 h 30 le matin.

« L’an dernier, j’en ai pris cinq lors de l’ouverture, dont une belle de trois livres. Je trouve que la pêche ouvre trop tard sur le lac Clair. On devrait avoir le droit de pêcher à compter du 15 avril. C’est un lac qui ne mord pas l’été. C’est bon juste à l’ouverture et quelques jours après le départ des glaces », lance le pêcheur, en tenant sa truite pour une photo.

Les propriétaires de chalet au bord du lac Grenon à Falardeau n’apprécient pas que les pêcheurs passent sur leur terrain privé pour se rendre au lac lors de l’ouverture de la pêche.

L’ouverture de la pêche, ce printemps, coïncide avec l’opération charme lancée par les 63 zecs (zone d’exploitation contrôlée) de la province pour intéresser les jeunes de la relève à fréquenter leur territoire. « Avec leur ‘‘osto’’ de téléphone, les ados ne veulent rien savoir de venir à la pêche. Ils préfèrent jouer au Nintendo. Les plus jeunes veulent suivre, mais pas nos ados », observe Frédéric Vandal, de Laterrière, qui pêchait en compagnie de son ami d’enfance Marc-André Simard.

Ce dernier lui a d’ailleurs fait remarquer qu’eux aussi ont délaissé le bois à l’adolescence. Les deux pêcheurs se présentent à la journée d’ouverture quand ils ont la possibilité de le faire en attendant de prendre le bois à la mi-mai pour se rendre à leur chalet de pêche.

Propriétaires mécontents

La journée d’ouverture de la saison de pêche ne fait pas que des heureux. Les propriétaires de résidence sur le bord des lacs trouvent inacceptable que des pêcheurs passent sur leur terrain privé pour aller pêcher sur les lacs de villégiature.

« Aimeriez-vous ça que des dizaines de personnes passent dans votre cour arrière à côté de votre remise pour se rendre dans la rue ?, a demandé Jocelyn Tremblay, propriétaire riverain au lac Grenon, à Falardeau.

« C’est la même chose chaque année; les pêcheurs passent dans ma cour pour se rendre au lac. J’ai réussi à en bloquer quelques-uns ce matin, mais ces gens ne respectent pas la propriété privée », dénonce celui qui a refusé poliment de laisser passer le journaliste sur son terrain.

« Les pêcheurs ne se ramassent pas, laissent traîner leurs canettes et leurs boîtes de vers, sans parler des risques de vols », laisse tomber le propriétaire d’un chalet au bord de l’eau.

Yannick et Luc Desgagné faisaient partie de la douzaine de pêcheurs qui ont ouvert la saison sur les glaces du lac Clair à Falardeau.

« Ils ont stationné leur véhicule le long du boulevard Martel, où c’est interdit. J’ai appelé la Sûreté du Québec, mais ils ne font rien. Je ne peux pas les empêcher d’être sur le lac. L’eau appartient à tout le monde, mais je refuse de les laisser passer sur mon terrain », a insisté Jocelyn Tremblay.

La même réaction a été constatée au lac Clair, où un propriétaire a confié que les gens manquent de civisme et de savoir-vivre.

« Il y a des affiches ‘‘terrain privé’’, mais les gens ne prennent même pas la peine de demander la permission », dénonce le riverain.