La minicentrale de Val-Jalbert génère désormais des surplus annuels de plus de 3 M$ par an
La minicentrale de Val-Jalbert génère désormais des surplus annuels de plus de 3 M$ par an

Où va l’argent des barrages communautaires?

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
La minicentrale de Val-Jalbert génère désormais des surplus annuels de plus de 3 M$ par an pour Mashteuiatsh, ainsi que pour les MRC du Domaine-du-Roy et de Maria-Chapdelaine.

« Même si on a de plus de plus de responsabilités, on reçoit moins d’argent du gouvernement et les fonds provenant des projets hydroélectriques font partie de la solution pour aider les communautés à investir dans des projets communautaires et pour le développement économique », soutient Yanick Baillargeon, le préfet de la MRC du Domaine-du-Roy, qui cite en exemple le projet de construction d’un skatepark à La Doré en 2017, réalisé grâce aux fonds hydroélectriques.

Dans la MRC du Domaine-du-Roy, tous les revenus tirés des minicentrales sont versés dans le Fonds de développement hydroélectrique, dont la moitié est investie dans les projets locaux et l’autre dans les projets territoriaux.

En 2019, la MRC a utilisé 232 327 $ pour financer six projets qui ont généré des investissements totaux de 510 590 $. La MRC a notamment investi 116 260 $ dans Biochar Boréalis pour le développement de la filière du biocharbon, dans le cadre du seul projet territorial financé.

En ce qui a trait aux projets locaux, des sommes ont été versées pour réaliser une étude d’impact économique à l’aéroport de Roberval (17 808 $), pour remplacer les pierres de curling à Chambord (22 240 $), pour aménager le parc Doyon à Lac-Bouchette (64 119 $), pour la Stratégie d’attraction de la filière numérique à Roberval (4500 $) et pour mettre à niveau les parcours de vélo de montagne du club Vélo2Max à Saint-Félicien (7400 $).

Jusqu’à maintenant en 2020, un montant de 200 000 $ a été octroyé pour bonifier la piste cyclable entre Saint-Félicien et La Doré. Le centre de vélo de montagne de Saint-Félicien a reçu 20 000 $ pour développer un sentier d’initiation.

Chaque année, les partenaires qui ont investi dans les barrages reçoivent des redevances, selon la quantité d’énergie produite. Pour la centrale de Val-Jalbert, ces redevances s’élevaient à 2,76 M$ en 2019 pour la MRC du Domaine-du-Roy. Après avoir remboursé le montant de la dette pour la construction du barrage, la MRC dispose de 980 049 $ à investir dans les projets territoriaux et locaux en 2020. À ce montant, on peut ajouter les sommes non engagées de l’année précédente, pour un total de près de 2 M$. Avec ces montants en banque, « le conseil de la MRC envisage d’utiliser une bonne partie de celle-ci pour développer le transport collectif et adapté, supporter la stratégie de la main-d’œuvre et la mise en œuvre du plan de développement de la zone agricole (PDZA) », remarque Steeve Gagnon, le directeur général-adjoint.

Un outil d’affirmation culturelle

À Mashteuiatsh, les revenus tirés des projets hydroélectriques sont distribués dans les Fonds autonomes de la première nation qui sont dédiés à la collectivité et à son développement, explique la responsable des communications Karen Robertson. Autrement dit, les fonds tirés des barrages sont intégrés à même le budget de fonctionnement de la communauté.

De 2016 à 2020, celle-ci a engrangé des surplus de 3,3 M$ provenant de la centrale de Val-Jalbert, dont 2 M$ depuis le 31 mars 2018. Ces sommes ont notamment servi à plusieurs projets culturels, dont l’organisation du Grand rassemblement des Premières Nations, la gestion du site Uashassihtsh, la mise en œuvre de la Politique d’affirmation culturelle, la démarche constitutionnelle des Pekuakamiulnuatsh et au programme ilnu aitun qui facilite la pratique des activités traditionnelles. Des sommes sont aussi allouées pour des bourses scolaires et sportives, pour la Société d’histoire et d’archéologie de Mashteuiatsh, ainsi que dans des projets économiques et touristiques.

« Les projets de minicentrales sont issus de partenariats prometteurs avec le milieu, soutient Stacy Bossum, conseiller désigné à l’économie de Pekuakamiulnuatsh Takuhikan. Les revenus générés par notre participation nous permettent d’investir dans des projets et des initiatives correspondant aux orientations et priorités, au bénéfice de la première nation et de son développement. Il s’agit pour nous d’un exemple probant de partenariat positif avec la région. »

Plus agile et plus réactif

La MRC de Maria-Chapdelaine n’est pas en reste, car cette dernière reçoit des redevances de 850 000 $ annuellement d’Hydro-Québec pour les barrages Péribonka IV et Betsiamites. Toutes les sommes générées par les revenus hydroélectriques sont injectées dans le Fonds de développement du territoire et des ressources, qui totalise près de 3 M$ à ce jour.

Sur ce montant, une portion est dédiée aux projets locaux dans chaque municipalité, qui peut décider de cumuler les montants pendant quelques années pour réaliser des projets de plus grande envergure. Dolbeau-Mistassini a notamment utilisé des montants pour mettre en place l’espace citoyen au centre-ville cet été. Des montants ont été alloués au club de golf, pour ajouter un centre d’artisanat au centre vestimentaire de Sainte-Élisabeth-de-Proulx et pour faire la promotion du site touristique de la Chute-à-l’Ours.

De plus, un nouveau fonds de 170 000 $ a été créé pour soutenir les entreprises agricoles ou le développement touristique, mentionne le préfet Luc Simard. Un autre fonds de développement économique municipal de 380 000 $ a aussi été créé. « Pour chaque dollar qu’une municipalité investit dans un programme de développement économique, la MRC mettra aussi un dollar », dit-il.

Un montant de 512 000 $ est aussi prévu pour développer les parcs industriels. Le parc régional des Grandes-Rivières recevra aussi 100 000 $ supplémentaires, alors que l’Aquagym recevra 2 M$ sur 10 ans.

Tous ces investissements sont importants pour le milieu, mais les sommes obtenues avec les barrages ont aussi permis à la MRC Maria-Chapdelaine d’être plus réactive en cette période de pandémie. « Ce fonds-là nous a donné une belle autonomie pour agir rapidement en aidant les entreprises et les organismes touchés par la COVID, souligne Luc Simard. Au lieu d’attendre après l’argent des autres paliers de gouvernement, on a pu prendre les choses en main ». Ainsi, la MRC a investi 100 000 $ pour le soutien alimentaire, 136 000 $ pour aider les entreprises les plus touchées et 170 000 $ pour aider ces dernières à implanter un système de vente en ligne.

Plus d’argent à venir

Jusqu’à maintenant, la minicentrale de la 11e chute sur la rivière Mistassini n’a pas encore généré de profits, car les revenus servent d’abord à rembourser la dette contractée lors de la construction.

Au fur et à mesure où les communautés remboursent cette dette, davantage de revenus seront disponibles pour être investis dans les projets locaux. Ainsi, en 2035, les revenus annuels devraient atteindre 13,5 et 18,6 M$ pour les centrales de Val-Jalbert et celle de la 11e chute, des montants répartis entre les partenaires.

Société de l’énergie communautaire du Lac-Saint-Jean

La Société de l’énergie communautaire du Lac-Saint-Jean gère les projets de minicentrales de Val-Jalbert et de la 11e chute sur la rivière Mistassini. Pour chaque projet, les municipalités locales tirent aussi un bénéfice.

Énergie Hydroélectrique Ouiatchouan (Val-Jalbert)

Propriété de Pekuakamiulnuatsh Takuhikan (40 %), des MRC du Domaine-du-Roy (22,5 %) et Maria-Chapdelaine (22,5 %) et de la ville de Chambord (10 %). Une redevance annuelle de près de 250 000 $ est aussi versée au Village historique de Val-Jalbert.

Puissance du barrage : 16 MW

Investissements initiaux de 53 M$

Énergie Hydroélectrique Mistassini (11e chute)

Répartition des investissements et des revenus du projet :

Propriété de Pekuakamiulnuatsh Takuhikan (45 %), la MRC du Domaine-du-Roy (22,5 %), la MRC de Maria-Chapdelaine (22,5 %) et les municipalités de Girardville (5 %) et de Notre-Dame-de-Lorette (5 %).

Puissance de la centrale : 18,3 MW

Investissements initiaux de 75 M$.