Les Serres Toundra de Saint-Félicien

«On n'est pas au Bangladesh»

«C'est odieux de dire que les gens ne veulent pas travailler aux Serres Toundra et qu'il va falloir se tourner vers les Mexicains. C'est juste qu'il n'y a pas de formation et d'encadrement de main d'oeuvre».
Une source syndicale très au fait du dossier des travailleurs des Serres Toundra de Saint-Félicien trouve déplorable la situation. Il a fait des rencontres avec certains d'entre eux pour les aider, mais la direction s'est dépêchée de mettre en place un syndicat maison pour ne pas avoir un «vrai» syndicat dans les pattes. «Nous avons eu quatre assemblées et rencontré 50 personnes au mois de novembre. Ils ont tout fait pour bloquer la venue d'un vrai syndicat. C'est bidon leur syndicat. C'est tout croche», lance-t-il.
Une première convention a été signée le 14 octobre. Elle a été déposée au ministère de Travail le 18 novembre. Elle venait à échéance le 12 janvier 2017.
Jeudi soir, une nouvelle convention de six ans a été déposée aux travailleurs. «Ils profitent du manque de connaissance des travailleurs pour leur passer n'importe quoi. Ils ne savaient même pas qu'ils étaient syndiqués. De toute façon, c'est comme s'il ne l'était pas. Ils ont une probation de 2000 heures à faire pour avoir des droits. Le président de syndicat est une marionnette du patron, ça n'a pas de bon sens en 2017, on n'est pas au Bangladesh», s'enflamme-t-il.
Cette source doit garder l'anonymat pour ne pas que le syndicat qu'il représente se fasse accuser de faire du maraudage syndical.
Jeudi soir les travailleurs se sont vus remettre à la fin d'une réunion une convention collective qu'ils n'avaient jamais consultée. Selon notre source, il s'agit d'une façon de faire qui n'est pas légale. «Il faut qu'elle soit imprimée 72 heures avant la réunion et disponible aux membres 48 heures avant cette assemblée. Cette convention doit être soumise au vote secret, ce qui n'a pas été fait selon ce que j'ai appris. Cette convention n'est donc pas légale», tranche-t-il.
Cette source indique que ce n'est pas les questions salariales qui posent problème aux Serres Toundra. «C'est dommage ce qui arrive. C'est une belle entreprise, mais qui doit prendre le temps de démarrer. Là, on tape sur la tête des travailleurs et on ne leur donne pas la chance de s'améliorer. Il faut les valoriser et les encadre. Ensuite, ils seront en mesure de performer», suggère-t-il.
Surtout que l'entreprise a reçu une subvention de 600 000$ pour assurer la formation de la main-d'oeuvre.
Des difficultés avec la gestion des ressources humaines, croit Potvin
Le maire de Saint-Félicien, Gilles Potvin, concède que les promoteurs des Serres Toundra ont mal évalué la gestion de la main d'oeuvre.
«Je pense qu'ils ont besoin d'aide au niveau des ressources humaines. En tant que maire, je n'ai pas d'affaires à m'immiscer dans leur gestion. Par contre, je constate qu'il semble y avoir une lacune qui devra être corrigée. Il ne faudrait pas que la production cesse à cause de ce problème», a-t-il réagi aux différentes informations entourant la problématique de main d'oeuvre.
Gilles Potvin avance que Produits forestiers Résolu, qui est propriétaire à 49% de l'entreprise pourrait rendre disponible du personnel d'expérience pour soutenir le défi de la gestion des ressources humaines.
«Je l'avoue, je pense que la problématique de la main d'oeuvre a été mal évaluée. On ne pensait pas que la difficulté à recruter et maintenir les gens arriverait si vite. Ça va prendre une équipe pour les épauler pour passer à travers», suggère-t-il.
Pour ce qui est de l'imposition d'une convention collective par l'employeur qui ne respecterait pas les normes syndicales, le maire ne veut pas se prononcer, car il n'est pas au courant des démarches faites par les Serres Toundra.