L'enquête de l'UPAC se penche notamment sur le voyage en Norvège et à Nice des représentants du Festival forestier de Shipshaw, dont l'ex-conseiller Fabien Hovington, qui était inutile, puisqu'aucun représentant de la compagnie Stihl ne souhaitait les rencontrer.

OMH: un cadre près des entrepreneurs

La levée des scellés sur les mandats de perquisition réalisés dans le cadre des enquêtes de l'UPAC sur des voyages en Europe de deux conseillers municipaux et des agissements de l'ex-responsable des immeubles de l'OMH de Saguenay n'a pas révélé d'éléments particuliers. Les documents ont été remis lundi matin au procureur du consortium des médias (TVA, Radio-Canada, Le Quotidien), au Palais de justice de Chicoutimi. Les documents visant les voyages des conseillers Fabien Hovington en Norvège et à Nice ainsi que Bernard Noël à Nice n'ont fait l'objet d'aucun caviardage. Celui découlant de l'enquête sur les agissements de l'ex-responsable des immeubles de l'OMH, Alain Belley, aujourd'hui à la retraite, a été caviardé à certains endroits. Le consortium des médias sera de retour devant le tribunal jeudi. C'est à ce moment qu'il fera connaître sa décision sur le caviardage des documents. Le consortium pourrait ainsi demander au tribunal de modifier en tout ou en partie les sections du document ayant fait l'objet de caviardage.
Le rythme de vie d'Alain Belley et ses relations avec plusieurs fournisseurs de services en construction de l'Office municipal d'habitation de Saguenay (OMH) lui ont valu une dénonciation à l'UPAC par un employé. Dans une missive, il affirmait agir au nom de plusieurs de ses collègues de travail.
Il n'en fallait pas plus pour lancer les enquêteurs sur les traces des différents fournisseurs de l'OMH afin qu'ils puissent expliquer les relations qu'ils entretenaient avec Alain Belley. Ce dernier a quitté pour la retraite au terme d'une entente avec la direction de l'OMH alors qu'il faisait l'objet d'une seconde suspension en peu de temps.
Globalement, les policiers de l'UPAC voulaient comprendre un certain nombre d'allégations selon lesquelles Alain Belley aurait tiré avantage de son travail en utilisant différentes méthodes. À titre de responsable des immeubles, il avait la responsabilité de gérer les différents contrats de rénovation dans les immeubles locatifs sur le territoire et de déterminer si les travaux respectaient les devis.
Les contrats en question couvraient tous les domaines de la rénovation des immeubles et appartements. Il y a également des allégations quant au contrôle des travaux ou des matériaux utilisés par les entrepreneurs dans les travaux. Des vérifications faites par une employée à l'interne avaient confirmé qu'un contrat d'armoires avait coûté 30 % de plus que la soumission officielle.
Les enquêteurs avaient dans un premier temps saisi l'ordinateur du fonctionnaire, ce qui leur a permis de comprendre qu'Alain Belley entretenait avec certains fournisseurs des liens qui dépassent ce qui est normalement accepté dans les relations d'affaires. De plus, les témoignages de fournisseurs et employés de l'OMH ont amené les enquêteurs de l'UPAC à se présenter devant le juge pour obtenir un mandat de perquisition additionnel. Ce mandat visait la seconde saisie qui comprend en gros toute la paperasse sur les contrats accordés sous la responsabilité d'Alain Belley. Les analystes doivent déterminer si ces contrats ont été réalisés en fonction des devis tout en vérifiant si des personnes auraient bénéficié de la réalisation de ces contrats d'une façon ou d'une autre.
Dans sa requête, l'enquêteur au dossier s'arrête sur les relations entre Alain Belley et l'entreprise de construction Gigari. Il note que cette entreprise a vendu un terrain à Alain Belley en 2009 avant d'y ériger une maison. 
La même entreprise a réalisé les travaux de construction du chalet de ski de la femme d'Alain Belley au Valinouët.
L'un des passages caviardés dans ce mandat est situé au centre du paragraphe 12 : « Le 8 juin 2015, à 16 h 06, je reçois par courriel une copie d'une nouvelle dénonciation anonyme. La dénonciation parle du contrat d'environ quatre millions $ obtenu par la compagnie Gigari en 2013 », précise le policier Germain Talbot.
Cette nouvelle dénonciation parvient au policier seulement cinq jours après qu'il eut procédé à une perquisition dans les bureaux de l'OMH de Saguenay.
Dans tous les documents obtenus lundi, le plus grand nombre de caviardages se retrouve dans les conclusions de la requête de cet enquêteur de l'UPAC concernant la gestion des contrats à l'OMH de Saguenay.
Saguenay (Chicoutimi) Upac Hotel de Ville de Chicoutimi et Promotion SaguenayLíUPAC dÈbarque ‡ Saguenay
Un voyage inutile en Norvège
Le quatuor des représentants du Festival forestier de Shipshaw, incluant le conseiller municipal de l'époque Fabien Hovington, a pris la direction de la Norvège même s'il était déjà assuré que l'organisation n'avait aucune chance d'attirer à Saguenay la finale du Championnat du monde Stihl Timbersports.
Il s'agit de l'un des éléments invoqués par les enquêtes de l'Unité permanente anticorruption (UPAC) de la Sûreté du Québec pour mener des perquisitions dans les locaux de la ville de Saguenay, Promotion Saguenay ainsi que dans les locaux du Syndic Roy, Métivier, Roberge Inc.
Dans l'affidavit de 10 pages présenté au juge pour l'obtention d'un mandat de perquisition dans l'enquête sur le voyage en Norvège qui s'est terminé à Nice, sur la Côte d'Azur, le sergent-détective Kevin Basque raconte chronologiquement les différentes démarches qui ont permis à l'organisme d'obtenir le financement nécessaire de Promotion Saguenay. Fabien Hovington était conseiller municipal et trésorier de Promotion Saguenay.
Cette subvention d'un peu plus de 10 000 $ aura donc permis à Fabien Hovington, à l'attachée politique et directrice du festival, Isabelle Bélanger, au responsable de la publicité, Pierre Guillot, et au président de l'événement, Yvon Barrette, de passer 11 jours en Europe, dont seulement trois en Norvège. 
La première mention du championnat mondial a lieu en février 2012 alors que Fabien Hovington écrit à Nicole Koning, de Stihl Timbersports France, pour lui mentionner que le Festival forestier de Shipshaw est intéressé d'accueillir la finale du Championnat du monde. Aucun autre document n'est mentionné par le policier jusqu'à ce qu'il fasse état d'un échange de lettre par télécopieur daté du 25 avril 2012 destiné au patron de Promotion Saguenay, Ghislain Harvey. Il s'agit d'une demande d'aide financière de 10 650 $. Le document porte la note « Tel que convenu avec M. Hovington » et a été envoyé à partir du point de service de la ville à Shipshaw. C'est ainsi que lors de la séance du conseil d'administration du 21 août 2012, Fabien Hovington annonce aux membres qu'une délégation de quatre personnes se rendra en Norvège afin de visiter un autre festival forestier dans l'espoir d'attirer à Saguenay un championnat mondial.
Stihl pas intéressée
Dans un courriel daté du 4 juillet 2012, un peu plus d'un mois plus tôt, Nicole Koning informe pourtant la directrice du festival et attachée politique Isabelle Bélanger que les responsables du Championnat du monde en Norvège ne seront pas en mesure de recevoir la délégation de Saguenay. Les organisateurs du Championnat du monde ne sont tout simplement pas intéressés à organiser un événement à Saguenay. Isabelle Bélanger a fait suivre ce courriel à Fabien Hovington.
Le reste de l'histoire est maintenant connu. La délégation s'est rendue en Norvège et n'a rencontré aucun organisateur. Le gros du voyage s'est déroulé à Nice sur la Côte d'Azur alors que les conjointes d'Hovington et Guillot ont rejoint le groupe.
Il s'agit des éléments signalés par les policiers dans leur requête. Il est possible que ces derniers aient découvert d'autres éléments de preuve dans les documents saisis. Ce n'est qu'au moment du dépôt du rapport final de l'enquête à la Direction des poursuites criminelles et pénales que l'ensemble de la preuve sera disponible, et ce, si les procureurs autorisent des plaintes.
Bernard Noël a pris toute la responsabilité
Le conseiller municipal Bernard Noël a raconté aux dirigeants de la Coupe des Nations de Chicoutimi que le maire Jean Tremblay et son bras droit Ghislain Harvey avaient convenu qu'il méritait un voyage à Nice pour le récompenser de son travail dans le cadre de la finale des Jeux du Québec.
C'est ainsi que le conseiller municipal a convaincu les principaux administrateurs de l'événement cycliste que les frais de ce voyage allaient faire l'objet d'une subvention de Promotion Saguenay avec l'accord du maire et de M. Harvey. L'aide financière de 5500 $ a finalement été consentie alors que Bernard Noël, à titre de président de l'événement, a signé une lettre adressée à Promotion Saguenay pour demander de fournir les sommes nécessaires pour l'achat de maillots et de médailles en date du 21 mars 2013.
Promotion Saguenay a ainsi accordé la subvention pour les maillots et les médailles même si ces items avaient déjà été comptabilisés dans le budget de l'activité. Les montants en question ont été remis en deux versements à Bernard Noël pour que ce dernier puisse payer les trois voyages à Nice.
Cette affaire, toujours sous enquête, a fait l'objet d'une plainte à la Commission des affaires municipales du Québec. Lors de son témoignage devant la commission, le conseiller Bernard Noël a tenu à déposer un plaidoyer dans lequel il a reconnu avoir menti pour l'obtention des 5500 $ de Promotion Saguenay.
Dans ce plaidoyer, il soutient que le maire ou des dirigeants d'organismes n'ont jamais utilisé leur fonction pour lui permettre d'obtenir cette subvention ou de défrayer les coûts d'un voyage à Nice avec sa femme et sa fille à même cette aide financière.
Le document déposé devant la commission par le conseiller municipal écartait toute faute de la part du maire ou d'un dirigeant d'un organisme municipal. Le conseiller municipal prenait toute la responsabilité de cette affaire.
Le fait que Bernard Noël ait modifié sa version des faits entre l'enquête de l'UPAC et son témoignage à la Commission municipale du Québec ne le met pas à l'abri d'une poursuite criminelle. Ce n'est qu'au terme de l'enquête que la direction des poursuites criminelles et pénales déterminera si des accusations sont portées dans ce dossier.
Jean Tremblay satisfait
Le maire de Saguenay, Jean Tremblay, s'est dit de son côté satisfait de la divulgation des documents. Au moment de la perquisition, il ne pouvait savoir si les conseillers Hovington et Noël avaient tout dit. Il a réitéré qu'il a toujours critiqué les agissements des deux conseillers municipaux qui ont utilisé des fonds publics.
La perquisition menée à l'OMH a eu lieu en 2015 avec un mandat émis le 12 novembre alors que les perquisitions réalisées dans le cadre des voyages des conseillers ont eu lieu en 2016 avec des mandats émis le 12 septembre.