Le directeur général, Richard Brabant.

Omerta au Camping Jonquière

La direction du Camping Jonquière impose le silence à ses employés réguliers. Il y a un mois, le directeur général, Richard Brabant, a demandé à quatre salariés de signer une entente de confidentialité qui les empêche de divulguer de l'information au sujet de l'organisme ou de répondre aux questions des médias.
L'initiative a été prise par la direction à la suite de la publication d'articles dans les journaux. Les textes faisaient référence à la situation financière du Camping Jonquière et au climat tendu prévalant entre les bénévoles du site de pêche blanche de Lac-Kénogami et Richard Brabant.
Adjointe administrative au camping depuis trois ans, Audrey Poliss confirme avoir récemment été invitée à ratifier une lettre par son patron. Questionnée à ce sujet, l'employée s'est montrée peu loquace et a semblé nerveuse.
«Je ne peux pas parler, c'est délicat. Je ne peux pas parler de ça», a-t-elle laconiquement déclaré au cours d'un bref entretien téléphonique.
La comptable, Clarens Nicolon, oeuvre au point de service de Lac-Kénogami. Elle a aussi dû s'engager à ne rien divulguer au sujet de son employeur ou des relations de travail.
«Je me méfie beaucoup de ce qui se passe là-bas. C'est une situation qui me met vraiment mal à l'aise. Je ne peux rien dire», a-t-elle brièvement exprimé.
Alain Dufour et Gilbert Tremblay, les deux hommes de confiance de Richard Brabant, ont refusé de répondre à nos questions.
«Non, je n'ai pas eu connaissance de ça (la signature de la lettre)", a affirmé Gilbert Tremblay. Les travailleurs saisonniers sont au chômage l'hiver, mais travaillent quelques heures par semaine au Camping Jonquière, lequel est ouvert à l'année depuis deux ans. Au cours des dernières semaines, d'ex-travailleurs nous ont signifié, sous le couvert de l'anonymat, que Richard Brabant gère l'organisme d'une main de fer. Une employée aurait quitté pour cause d'épuisement, une information démentie par la direction.
Normal
Présidente du conseil d'administration, Hélène Tremblay estime que l'entente de confidentialité est une mesure normale et justifiée, considérant le climat de suspicion qui entoure l'organisation. Elle fait également référence aux demandes de reddition de comptes formulées, au cours des derniers mois, par l'Équipe du Renouveau démocratique (ERD) pour justifier la démarche de la direction.
«L'ERD nous a demandé de remettre nos états financiers. On a dit qu'on ne les remettrait pas. On n'est pas en obligation de le faire. On a demandé à nos employés de ne rien divulguer et on veut éviter que ce ne soit pas les vraies affaires qui sortent», a expliqué Hélène Tremblay, qui croit que les sommes provenant des coffres publics permettront au Camping Jonquière de réaliser des projets d'expansion et de devenir autonome financièrement. Hélène Tremblay note que 22 pour cent du budget du Camping Jonquière provient de la Ville et que Saguenay verse une contribution annuelle d'environ 150 000$ depuis quatre ans.
Dans les faits, l'aide financière de la Ville a atteint 146 067$ en 2011, 235 550$ en 2012, 308 988$ en 2013 et 305 000$ en 2014. Ces chiffres ont été fournis à la représentante du Progrès-Dimanche par le président du Conseil du trésor de Saguenay, Jean-Yves Provencher.