Nutrinor possède 13 poulaillers dans la région, principalement au Lac-Saint-Jean, notamment à Roberval, Saint-Prime, Normandin et Saint-Bruno. Contrairement à d’autres productions, comme le lait et les grains, c’est Nutrinor qui est propriétaire des équipements et qui embauche des employés pour opérer les poulaillers.
Nutrinor possède 13 poulaillers dans la région, principalement au Lac-Saint-Jean, notamment à Roberval, Saint-Prime, Normandin et Saint-Bruno. Contrairement à d’autres productions, comme le lait et les grains, c’est Nutrinor qui est propriétaire des équipements et qui embauche des employés pour opérer les poulaillers.

Nutrinor: 2,1 millions de poulets élevés sans antibiotiques

Guillaume Roy
Guillaume Roy
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
Après avoir converti un premier poulailler à l’élevage sans antibiotiques en 2014, Nutrinor a été séduite par l’expérience, laquelle cadre bien avec les valeurs de l’entreprise. Si bien que dès 2017, toutes les volailles sont élevées sans antibiotiques. Avec les récents investissements réalisés à Normandin, au Lac-Saint-Jean, la coopérative compte désormais 13 poulaillers qui produisent 2,1 millions de poulets à griller par an.

Comment se différencier dans l’élevage de volaille quand on se trouve loin des marchés ? Telle est la question que se sont posée les dirigeants de Nutrinor il y a quelques années. « Une des avenues proposées était d’élever des poulets sans antibiotiques et on a décidé de l’essayer », explique Chantale Bélanger, directrice du domaine Agriculture, anciennement coordonnatrice des poulaillers.

« Quelques producteurs avaient fait des essais, et ils avaient beaucoup de difficultés, mais les maladies dont ils nous parlaient n’étaient pas présentes dans nos élevages », remarque cette dernière, suggérant l’idée que la faible concentration des élevages de volaille dans la région et l’éloignement géographique prévenaient certaines maladies.

En 2014, Nutrinor a donc décidé de convertir un premier poulailler sans utiliser d’antibiotiques, une première depuis que la coopérative a commencé à élever des volailles, il y a plus de trois décennies. « On a commencé tranquillement en vendant les poulets sur le marché conventionnel », explique Chantale Bélanger.

Un jour, le transformateur Volaille Giannone a pris contact avec Nutrinor, car l’entreprise développait de nouveaux marchés avec le poulet sans antibiotiques. À partir de ce moment, Nutrinor a obtenu une plus-value de plus de 15 % pour chaque poulet sans antibiotiques vendu et la coopérative a décidé de convertir tous ses poulaillers à ce type d’élevage, une tâche qui fut accomplie en 2017. Étant donné que Nutrinor était propriétaire d’un réseau de poulaillers, la conversion a pu se faire rapidement, tout comme le transfert d’expertise.

Arrêter les antibiotiques peut paraître une tâche facile, mais ce fut un apprentissage ardu pour s’assurer du bien-être des animaux. « Avec le temps, on a appris quelles sont les périodes critiques pour le développement des maladies et on est capables de les surveiller plus attentivement, soutient Mme Bélanger. On doit aussi utiliser une qualité d’eau impeccable, tout en gérant bien la moulée, la température et l’humidité ».

Chantale Bélanger, directrice du domaine Agriculture, était auparavant coordonnatrice des poulaillers de Nutrinor.

Le poulailler est aussi désinfecté entre chaque lot. Un lot représente une génération de poulet de la naissance jusqu’à l’abattage, une période qui dure huit semaines. Malgré tous les soins, près de 15 000 poulets tombent malades chaque année. Ils reçoivent alors des antibiotiques curatifs « pour ne pas les faire souffrir indûment » et ils sont vendus sur le marché conventionnel.

Bien-être animal

En plus de délaisser les antibiotiques, Nutrinor a obtenu la certification Certified Humane, gérée par la Humane Farm Animal Care. « C’est une certification axée sur le bien-être animal qui nous a forcés à modifier nos poulaillers », remarque Chantale Bélanger.

La coopérative a dû installer plus d’abreuvoirs et de mangeoires, de même que plusieurs équipements pour que l’animal puisse exprimer son comportement naturel, comme des perchoirs, des balançoires et des plateaux suspendus. Il est aussi interdit d’utiliser des produits provenant d’animaux, comme le gras.

Toutes ces mesures ont forcé Nutrinor à réduire la densité de volaille de 12 %, une perte de production compensée par les meilleurs prix de vente et les coûts de production moins élevés. Pour augmenter le volume de production, selon les quotas disponibles, Nutrinor a construit un poulailler en 2017, puis deux autres en 2019, à Normandin.

Un produit en croissance

Étant donné qu’il n’y a pas d’abattoir au Saguenay–Lac-Saint-Jean, les 2,1 millions de poulets produits chaque année par Nutrinor prennent la route de l’abattoir de Volaille Giannone, à Saint-Cuthbert, dans Lanaudière. Le directeur général et vice-président de l’entreprise, Bruno Giannone, soutient que la demande pour le poulet sans antibiotiques a connu une croissance de près de 30 %, au cours des dernières années. « La croissance continue, mais elle est plus lente récemment », dit-il.

« On veut offrir un poulet sain, de qualité supérieure et à bon prix », ajoute M. Giannone, avant de rapporter que le poulet biologique est considéré comme trop cher par plusieurs clients.

En offrant une option entre le conventionnel et le bio, il a trouvé une niche appréciée.

Miser sur le bio

Avec tout ce travail entamé, est-ce que Nutrinor songe à produire du poulet biologique ? « Oui, on est prêts et nos deux derniers poulaillers à Normandin ont été conçus pour produire du poulet biologique », soutient Chantale Bélanger, expliquant que les infrastructures permettent d’offrir de la lumière naturelle et un parquet d’exercice extérieur.

De plus, plusieurs producteurs de grains biologiques sont membres chez Nutrinor, qui possède sa propre meunerie biologique.

Le problème, c’est que Nutrinor ne produit pas assez de poulets biologiques pour fournir le transformateur à l’année. Avec le système de gestion de l’offre en place, la coopérative ne peut pas augmenter les volumes de production, et le développement d’une telle filière à l’échelle industrielle nécessite la coordination de plusieurs producteurs, explique Bruno Giannone.

« Pour que ce soit rentable, on doit abattre 10 000 poulets à la fois, tout en s’assurant d’en avoir assez pendant toute l’année, parce que les supermarchés en veulent sur les tablettes en tout temps », rapporte le transformateur.

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PETITE HISTOIRE DES ANTIBIOTIQUES DANS LES ÉLEVAGES

C’est dans les années 1940 que les éleveurs ont commencé à utiliser des antibiotiques pour traiter les animaux malades. Puis, graduellement, certains ont employé ces produits de manière préventive, pour limiter le développement de maladies infectieuses. Ils ont alors remarqué que cet usage améliore l’efficacité d’absorption des nutriments, ce qui permet une meilleure croissance. Dès les années 1950, c’est devenu la norme. Tel est le constat que l’on peut tirer d’une présentation faite par l’Institut national de santé publique du Québec (INSP).

« Le principal risque avec l’utilisation d’antibiotiques préventifs, c’est l’apparition de bactéries multirésistantes », souligne Martine Boulianne, professeur titulaire de la Chaire de recherche avicole de la Faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal.

Un microorganisme résistant aux antibiotiques peut être transféré à un humain, lorsqu’il entre en contact avec les animaux, en manipulant la viande ou en la mangeant. Plus on utilise les antibiotiques à grande échelle, plus le risque est grand. 

L’utilisation d’antibiotiques de manière préventive augmente le risque de résistance antibiotique, limitant ainsi la capacité de traiter les animaux – et les humains – lorsqu’une maladie apparaît. 

Le Canada compte sur un des meilleurs systèmes de surveillance au monde, remarque l’experte. « Le Canada a mis en place ce système pour avoir les meilleures données possible pour établir la politique d’utilisation des antibiotiques dans l’élevage animal », explique-t-elle. 

Dans le cadre du développement d’une stratégie de réduction des antibiotiques, ces derniers ont été classés en quatre catégories, de très importants pour la médecine humaine à une utilisation exclusive pour les animaux. 

Les éleveurs ont pris la balle au bond. Les Producteurs de poulet du Canada ont décidé d’éliminer l’utilisation des antibiotiques de catégorie 1 et 2 au cours des dernières années. L’élimination de la catégorie 3, qui demeure des antibiotiques utilisés pour la médecine humaine, devait se faire prochainement, mais la pandémie a retardé la mise en place de cette mesure. 

Les antibiotiques demeurent essentiels pour gérer des éclosions et pour éviter que les maladies perdurent sur plusieurs générations, soutient Martine Boulianne. Pour empêcher de telles contaminations, la qualité des soins et de l’environnement de vie doivent être maximisés, dès l’éclosion des poussins. « Il y a des recherches pour trouver des alternatives, en utilisant, par exemple, des probiotiques, mais rien n’a été prouvé comme étant aussi efficace à ce jour », conclut la professeure.