Un groupe de 30 producteurs, qui produisent entre 10 000 et 600 000 livres de bleuets annuellement, a investi pour construire une nouvelle usine de congélation à Normandin

Nouvelle usine de congélation de bleuet au Lac-Saint-Jean

Un regroupement de 30 producteurs de bleuets, dont trois coopératives, lance une nouvelle usine de congélation à Normandin, la Congèlerie Héritier, dans le but de transformer leur production. L’investissement de 20 millions de dollars permettra de congeler jusqu’à 10 millions de livres de bleuets dès la première année, tout en transformant également des camerises et des gourganes. Une trentaine d’emplois sont ainsi créés.

Voyant le prix du bleuet sauvage chuter constamment au cours des dernières années, un bon nombre de producteurs sont à la recherche de solutions pour augmenter les revenus. Alors que certains d’entre eux travaillent d’arrache-pied pour augmenter les rendements et que le Syndicat des producteurs de bleuets du Québec (SPBQ) a fait une demande pour vérifier le prix de transformation des usines de bleuets auprès de la Régie des marchés agricoles, un groupe de 30 producteurs, qui produisent entre 10 000 et 600 000 livres de bleuets annuellement, ont pour leur part décidé de construire une nouvelle usine de congélation pour tester leur chance sur le marché.

La nouvelle usine de Normandin commencera la congélation des bleuets au cours des prochaines semaines.

« On veut être indépendants et s’organiser nous-mêmes », soutient Carl Boudreault, membre de la Bleuetière coopérative de Girardville et du conseil d’administration de la Congèlerie Héritier. Tout comme la Bleuetière coopérative de Girardville, deux autres coops sont également actionnaires de l’usine de congélation, soit les Bleuetières coopératives de Saint-Eugène-d’Argentenay et de Saint-Thomas-Didyme, en plus de 26 autres actionnaires. Leur point en commun : ils sont tous des producteurs de bleuets, de camerises ou de gourganes du Lac-Saint-Jean. Chacun d’entre eux détiendra un différent pourcentage des parts dans l’usine de congélation. 

Éric Girard, député de Lac-Saint-Jean, Mario Fortin, maire de Normandin, Julie Simard. directrice régionale d’Investissement Québec, Nancy Guillemette, députée de Roberval, Jacquelin Drapeau, président de la Congèlerie Héritier, Andrée Laforest, ministre des Affaires municipales et de l’Habitation, et Luc Simard, préfet de la MRC de Maria-Chapdelaine, ont participé à l’inauguration du centre de congélation.

Leur but est de transformer la totalité de leur production de bleuets. « Nous avons une capacité de production de 7 à 10 millions de livres, selon les conditions météorologiques », ajoute Carl Boudreault. 

Emilie Gaudreault et Jacquelin Drapeau, deux producteurs de bleuets qui sont actionnaires de l'usine.

Environ 10 % du volume devrait être en régie biologique. La capacité du congélateur impose une limite de stockage à 10 millions de livres, explique Sébastien Tremblay, responsable des opérations de l’usine. 

Ce désir d’autonomie survient alors que l’augmentation des rendements des bleuetières au Saguenay–Lac-Saint-Jean impose des contraintes pour les producteurs, qui doivent étirer leur saison de récolte pour satisfaire aux besoins des usines de congélation. « Avant, on récoltait sur 15 ou 20 jours, alors qu’on nous demande maintenant de récolter sur 40 jours, remarque Émilie Gaudreault, la copropriétaire de Délices du Lac-Saint-Jean, qui est aussi actionnaire de la congèlerie. Pour un producteur, récolter sur 40 jours, ça ne marche pas, parce que ça nous oblige à récolter une partie des fruits pas assez mûrs ou trop mûrs. »

Sébastien Tremblay (à droite), le responsable de l’usine, a fait visiter les installation après la conférence de presse.

Manque à combler

L’usine vient combler un manque en congélation, selon cette dernière, sans trop empiéter sur les volumes des usines déjà existantes. « Sans les gros transformateurs, l’industrie du bleuet n’en serait pas là aujourd’hui », dit-elle, bien humblement, tout en souhaitant créer plus de richesse avec le petit fruit qui a fait la renommée de la région. 

Au-delà de la volonté de prendre sa propre destinée en main, cette nouvelle entreprise permettra de rendre la culture du bleuet plus attractive, estime Émilie Gaudreault. « On veut amener un vent de fraîcheur dans l’industrie, en créant un mouvement humain qui rayonne », dit-elle. 

En plus des 20 M $ nécessaires pour la construction de l’usine, 1,5 M $ supplémentaires seront alloués au fonds de roulement de l’entreprise. 

La Financière agricole du Québec et Desjardins Entreprises ont accordé un prêt de 5 M $ chacun à la nouvelle entreprise, alors qu’Investissement Québec versera 3 M $ sous forme de prêt et 2 M $ sous forme de crédit d’impôt. Le Fonds d’appui au rayonnement des régions (500 000 $), la MRC de Maria-Chapdelaine (125 000 $), Desjardins Capital (1 M $), la mise de fonds des actionnaires (3 M $) et une marge de crédit viennent compléter le montage financier. 

La ministre responsable du Saguenay–Lac-Saint-Jean, Andrée Laforest, était présente pour annoncer la contribution du gouvernement provincial.

Le congélateur de l’usine peut stocker jusqu’à 10 millions de livres de bleuets.

LA 8E MERVEILLE DU MONDE

Selon Daniel Gobeil, président du Syndicat des producteurs de bleuets du Québec, l’arrivée d’une nouvelle usine de congélation est presque « la 8e merveille du monde ». « Je pense qu’on va finir par avoir une bonne idée du coût pour faire usiner les bleuets et à quel prix ils seront vendus », dit-il.

Techniquement, le prix final octroyé aux producteurs pourrait rester secret, car les actionnaires seront les seuls à approvisionner l’usine. Toutefois, des informations pourraient s’échapper compte tenu du grand nombre d’actionnaires, estime Daniel Gobeil. De plus, l’usine a signé la Convention de mise en marché en bleuetière, qui contient une clause disant que le transformateur « s’engage à prendre livraison tous les bleuets […] sous réserve de la capacité quotidienne de traitement des usines de transformation ». 

Avec une capacité de congélation de 300 000 livres par jour, la production des actionnaires devrait suffire, souligne Carl Gaudrault, un des membres du conseil d’administration de l’usine. La convention laisse tout de même une porte ouverte à l’achat de bleuet à l’extérieur de l’actionnariat. 

« On devrait finir par savoir quelle sorte de rentabilité ça amène », espère Daniel Gobeil. 

La Congèlerie Héritier évaluera la pertinence d’afficher publiquement ou non les prix payés aux producteurs. Une chose est certaine : les actionnaires auront toutes les informations nécessaires pour comprendre le prix qui leur est offert. « Si on fait mieux ou moins bien, les actionnaires vont comprendre pourquoi », tranche Émilie Gaudreault.

DÉFIS ET PERSPECTIVES

Plusieurs défis devront être surmontés au cours de la première année d’activité de la Congèlerie Héritier, estime Sébastien Tremblay. « C’est une année de rodage, et il faut s’attendre au pire », dit-il, avant d’ajouter que la technologie installée à l’usine a néanmoins déjà fait ses preuves.

Les promoteurs estiment être en mesure de générer un profit dès la première année d’opération. « Si on a une année moyenne [en termes de récolte], on fera des profits à l’an un », remarque Carl Boudreault. 

« L’usine va distribuer ce qui reste. On va donner une avance à nos producteurs, on va prendre les bleuets et on va les traiter. Après ça, on va combler nos coûts de transformation, se garder une marge de profits raisonnable, et le reste va retourner en ajustement aux producteurs, comme ça se fait dans toutes les usines. À moins qu’on ait une catastrophe et qu’on ait seulement deux millions de livres à traiter, on va toujours faire des profits. »

La construction de l’usine a commencé il y a plusieurs mois dans le nouveau parc agroalimentaire de la MRC de Maria-Chapdelaine, situé derrière l’usine de Produits forestiers Résolu de Normandin. Même si l’information était connue dans le milieu, les promoteurs préféraient attendre que le financement soit ficelé avant de faire l’annonce officielle, jeudi. 

L’usine a été bâtie dans les temps prévus et est prête à recevoir les premières livraisons de gourganes et de camerises, lesquelles arriveront dans les prochains jours, avant de commencer la congélation des bleuets au cours des prochaines semaines. L’usine est à peine lancée, et les promoteurs regardent déjà comment le projet pourrait prendre de l’envergure. « Pour l’instant, l’actionnariat est fermé, mais on va voir comment peuvent se décliner les phases 2, 3 et 4, mentionne Carl Boudreault. Notre but est d’aller vers la 2e transformation. »

Le logo mettra en valeur l’ours, alors que le nom «Héritier» démontre l’importance patrimonale du bleuet pour la région.