Des producteurs, transformateurs, distributeurs et autres intervenants de l’industrie agroalimentaire ont travaillé de concert afin de mieux coordonner leurs services.

Nouvelle stratégie alimentaire: de la terre à l'assiette

La MRC du Domaine-du-Roy entend s’attaquer au manque de coordination entre les étapes de production, de transformation et de distribution des aliments, soit de la terre à l’assiette. Elle est la première MRC de la région à se doter d’une stratégie de système alimentaire durable, qui inclut aussi la gestion des matières résiduelles.

Une cinquantaine d’entrepreneurs du monde agroalimentaire, des propriétaires de ferme et des producteurs fromagers, par exemple, ainsi que des représentants d’organismes sociaux, ont clairement manifesté leur désir de travailler ensemble, mercredi, en participant à un atelier orchestré par la MRC à Saint-Prime. 

« Le but, c’est de nourrir notre communauté avec des aliments sains et d’augmenter l’approvisionnement local et responsable », explique la chargée de projet du système alimentaire durable du Domaine-du-Roy, Valérie Burnet. 

Assis en tables rondes, les participants ont partagé leurs inquiétudes et défis professionnels auxquels ils ont tenté de trouver des solutions concrètes.

Priorité au bio 

D’après Mme Burnet, la MRC du Domaine-du-Roy est celle qui compte le plus grand nombre de producteurs biologiques au Saguenay-Lac-Saint-Jean et même au Québec. 

« C’est une force de notre territoire qui est très méconnue. C’est vraiment de mettre en valeur les producteurs locaux et de faire en sorte que les hôpitaux, les écoles, les restaurants s’approvisionnent davantage en produits locaux et aussi que la population ait accès à cette nourriture qui est à profusion autour de nous », souligne Valérie Burnet.

La copropriétaire de la Ferme 3J de Saint-Félicien, Lise Bradette, assure que l’alimentation durable est au cœur des priorités de son entreprise depuis le tout début. 

« On a tout dans la région pour subvenir à nos besoins et se nourrir. Lorsqu’on a lancé la fromagerie il y a 14 ans, je tenais le même discours. Les gens sont de plus en plus sensibles à ça », avance Mme Bradette. 

Cette dernière croit qu’on doit aménager un plus grand nombre de serres dans la région et cultiver des aliments qu’on ne trouve pas ailleurs, comme du gingembre.

La MRC souhaite créer un comité technique qui assurera la mise en place de sa nouvelle stratégie de système alimentaire durable. 

REDISTRIBUER LES ALIMENTS GASPILLÉS

Le Resto 3F de Dolbeau-Mistassini, une entreprise d’économie sociale et de restauration boréale, a concocté 765 repas, 300 rations de potage et 280 portions de dessert avec 1800 kilogrammes de nourriture qui lui a été donnée par des supermarchés du Saguenay. 

Les mets préparés, qui ont été scellés sous vide et congelés, seront vendus dans les épiceries communautaires de la région à moins de 3 $ aux personnes à plus faibles revenus. 

Il s’agit de la première opération de transformation alimentaire du genre à Dolbeau-Mistassini. Cet exemple de récupération de nourriture doit inciter d’autres organismes et entrepreneurs à emboîter le pas au Resto 3F, croit la chargée de projet du système alimentaire durable du Domaine-du-Roy, Valérie Burnet. 

Rester sur sa faim

Près de 15 % de la population des MRC Maria-Chapdelaine et du Domaine-du-Roy n’a pas assez d’argent pour manger à sa faim. C’est ce qui émane de la plus récente étude du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui date de 2014. 

Par ailleurs, une personne sur cinq ne consomme pas assez de fruits et légumes, selon ce même sondage. Récemment, Québec a établi des cibles ambitieuses : le gouvernement veut faire en sorte qu’un Québécois sur deux mange une quantité suffisante de fruits et de légumes d’ici 2025. 

« Pour la région, c’est un défi important. Pour notre territoire, de passer de 18 à 50 % à l’intérieur de sept ans, ça commande une mobilisation de tous les intervenants du milieu agricole, communautaire, municipal et des épiceries », précise le chef de service promotion, prévention, santé au travail et maladies infectieuses sur le territoire des deux MRC, Stéphane Leclerc.

Un aliment sur deux est gaspillé

Ce qui est encore plus frappant, selon lui, c’est qu’au Québec, entre 40 et 50 % de la nourriture est jetée. 

Dans le secteur ouest du Lac-Saint-Jean, incluant Roberval, Saint-Félicien et Dolbeau-Mistassini, le problème est essentiellement attribué au fait qu’il n’y a aucun endroit pour entreposer les denrées périssables et les transformer, selon lui. 

« Pourquoi on accepterait que Moisson Saguenay-Lac-Saint-Jean vienne chercher des aliments à Saint-Félicien, s’en retourne à Saguenay et revienne à Saint-Félicien, à la banque alimentaire ? Il y a un aspect illogique là-dedans », déplore M. Leclerc. 

Justement, Moisson Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui fournit des denrées à de nombreux organismes d’aide comme les soupes populaires et les centres d’hébergement de la région, travaille à améliorer son réseau et ses infrastructures au Lac-Saint-Jean. Elle concentre actuellement ses efforts sur la MRC Maria-Chapdelaine, après quoi elle poursuivra avec le Domaine-du-Roy. Peu d’épiceries de ces secteurs participent au programme de récupération des denrées du réseau des Banques alimentaires du Québec pour l’instant, mais avec de l’espace d’entreposage local, cela pourrait les encourager à donner au suivant, selon la directrice générale de l’organisme, Carole Simard.

Mme Simard faisait partie de la cinquantaine de participants à l’atelier de cocréation de la stratégie en matière de système alimentaire durable de la MRC du Domaine-du-Roy. Cet enjeu faisait aussi partie des sujets de discussion durant la matinée organisée à Saint-Prime par la MRC.