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Nouveau financement à la FCMQ: de la grogne chez les motoneigistes

Denis Villeneuve
Denis Villeneuve
Initiative de journalisme local - Le Quotidien
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Les faibles précipitations de neige associées au nouveau modèle expérimental de financement « Objectif 2020 » de la Fédération des clubs de motoneigistes du Québec (FCMQ) suscitent la grogne chez plusieurs dirigeants de clubs de la région qui craignent de terminer la saison avec un bilan écrit à l’encre rouge en raison d’importantes pertes de revenus. Certains souhaitent demander des modifications à la formule mise en place.

Au cours de la dernière année, la FCMQ a décidé de revoir la formule de financement afin d’assurer la pérennité de l’activité dans l’ensemble de la province tel qu’expliqué par la FCMQ dans la dernière édition de sa revue Motoneige Québec. L’optimisation du surfaçage et l’utilisation des surfaceuses à long terme, l’entraide et la concertation des clubs au niveau régional, la mise en commun des ressources et la répartition des ressources de façon plus équitable étaient les objectifs avoués.

À la suite de l’élaboration de la nouvelle structure de financement, la FCMQ a demandé aux clubs d’expérimenter le nouveau modèle dans le cadre de projets-pilotes, ce à quoi ont répondu 10 clubs sur les 13 actifs de la région, de la Gaspésie et de la Mauricie-Centre du Québec.

En vertu de ce modèle et à la suite d’une analyse des coûts d’opération pour l’entretien des sentiers, la FCMQ distribuera aux clubs 200 $ par kilomètre de sentier reconnu auquel s’ajoutent 70 $ pour chaque heure de surfaçage et 10 $ par membre basé sur les ventes de droits d’accès de chaque club. L’argent qui ne sera pas distribué aux clubs sera mis de côté par la FCMQ pour aider financièrement les clubs pour l’achat de surfaceuses et les coûts d’infrastructures.

Pire saison

Une tournée des présidents des principaux clubs effectuée par Le Quotidien révèle que le nouveau modèle Objectif 2020 aura besoin d’être peaufiné, selon Bernard Tremblay, président du Club de motoneigistes Saguenay. « C’est une des pires saisons qu’on a pu connaître en raison du manque de neige. On croit que la saison pourrait finir aussi tôt qu’à la fin février. On a débuté la saison à la fin janvier. Dans une saison normale, on surface 4000 heures. Cette année, on va finir avec 1000 heures », se désole-t-il.

Or, parce qu’il y a peu de neige au sol et qu’il y a peu de surfaçage, le Club Saguenay se voit amputé de revenus importants découlant de la formule du 70 $ l’heure d’entretien des sentiers. « La nouvelle formule va nous créer de grosses pertes au plan monétaire même si on n’a pas eu les dépenses reliées au surfaçage. On parle d’une perte de 200 000 $ liée à la nouvelle formule. Si on était restés avec la même formule, on aurait gardé l’argent des membres sans avoir à surfacer. On aurait 350 000 $ dans les revenus. »

M. Tremblay ajoute qu’en adhérant à « Objectif 2020 », il savait que le Club Saguenay, considéré comme un club riche, perdrait 100 000 $ au profit de clubs plus petits comptant peu de membres avec des sentiers très longs à entretenir, comme c’est le cas en Gaspésie et en Abitibi.

Il avoue se mordre les doigts de ne pas avoir attendu à l’an prochain pour essayer Objectif 2020. Il craint maintenant qu’avec le même nombre de membres que les années passées, soit 3000, il n’ait à éponger un déficit malgré le fait que le Club Saguenay ait débuté par un surplus de 250 000$.

Parmi les autres récriminations formulées, des directions de clubs se plaignent de ne pas avoir accès rapidement à l’argent provenant des droits d’accès en début de saison alors que les dépenses sont importantes, de la disparition de subventions pour l’entretien des machines et d’une volonté de centralisation de la FCMQ à son siège social de Terrebonne.

Parmi les clubs qui ont refusé d’embarquer dans le projet figure le Club Caribou-Conscrits, présidé par Joachim Simard.

Reconnaissant qu’il y a cette saison une pénurie de neige à plusieurs endroits, M. Simard déclare que l’adhésion à « Objectif 2020 » aurait coûté 200 000 $ en pertes de revenus qui auraient été redistribués aux clubs plus pauvres de la province. Il rappelle qu’en 2015, le club bénéficiait de la péréquation, ce qui a permis d’obtenir des sommes variant de 100 000 $ en 2015 jusqu’à zéro depuis deux ans, en raison de l’ajout de 1200 membres.

Selon lui, un des secrets de la réussite financière des clubs est de connaître les coûts d’opération pour l’entretien des sentiers, la mise en place de la signalisation, les dépenses en carburant, les taux horaires des opérateurs, etc. Selon les chiffres cités, à 70 $/h distribué pour entretenir les sentiers, la FCMQ paie en deçà des coûts réels, ce qui explique le refus d’adhérer à « Objectif 2020 ». « Il en coûte 120$/h pour opérer une surfaceuse, au Club Caribou-Conscrits. À 120$/h et 3500 membres, on aurait été correct. »

L’un des problèmes vécus par les clubs participants est qu’ils se voient privés de revenus en raison du faible enneigement qui diminue les besoins de surfaçage.

Moins de liquidités

Parmi les défenseurs de la nouvelle formule figure le président du Club Passe-Partout de Roberval, Éric Morin, un membre du comité ayant mis sur pied Objectif 2020. En entrevue, M. Morin se dit bien conscient que les changements viennent bousculer de vieilles habitudes alors que les clubs riches, qui bénéficiaient des revenus du membership, étaient satisfaits de terminer leur saison avec de grosses liquidités en dépit de leur statut d’organisme sans but lucratif.

« La nouvelle formule viendra égaliser les revenus entre les gros et les petits clubs. Ce sera bénéfique pour les petits clubs qui seront payés à l’heure. »

Il reconnaît que la mise en place d’Objectif 2020 se fait dans une saison rocambolesque en raison du faible enneigement qui s’ajoute à la pandémie et que le tout suscite du mécontentement.

« Ce que je dis aux clubs de la région, c’est donnons nous deux saisons normales pour essayer la formule. Le club avec 100 000 $ de moins dans son compte, l’argent s’en va dans un autre club qui a besoin d’argent. »

Les changements apportés ne sortent pas d’un chapeau puisque ce sont les clubs qui ont demandé des changements pour le financement.

Le club qu’il préside se situe en milieu de peloton avec l’adhésion de 1000 membres qui utilisent 320 kilomètres de sentiers nécessitant 2500 heures d’entretien pendant 14 à 16 semaines, ce qui explique qu’en fin de saison, le compte de banque est à zéro. « On ébranle beaucoup de monde avec les changements, mais il faut prendre conscience qu’il y a de moins en moins de bénévoles pour aider les clubs », conclut-il.