La mouche du bleuet
La mouche du bleuet

Mouche du bleuet: « Inquiétant, mais pas dramatique »

Guillaume Pétrin
Guillaume Pétrin
Le Quotidien
S’il est vrai que la mouche du bleuet est bel et bien rendue au Saguenay–Lac-Saint-Jean, les experts s’entendent pour dire que la situation n’est pas dramatique, bien qu’elle ne doive pas être prise à la légère.

« On n’est pas encore en mode traitement. Pour l’instant, on a des populations de mouches qui sont très petites. On est vraiment en début d’infestation. Les quantités trouvées sont minimes, donc oui, c’est inquiétant, mais à l’heure actuelle, ce n’est vraiment pas dramatique », a expliqué Pierre-Olivier Martel, conseiller horticole au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec. (MAPAQ).

La mouche du bleuet

Dans la région, il a été noté que la mouche faisait une arrivée tardive, autour du 25 juillet, contrairement en début juillet au Nouveau-Brunswick et en fin juin pour ce qui est du Maine, aux États-Unis.

« Ce qui serait tannant, c’est qu’elle sorte ici à la fin du mois de juin, car elle aurait beaucoup de temps pour pondre dans les bleuets et on retrouverait des larves. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. On n’a jamais vu de larves dans les fruits, mais ça pourrait éventuellement arriver. Il va falloir apprendre à vivre avec. »

C’est en 2018 que la mouche du bleuet a été détectée une première fois, dans un champ de bleuet de la MRC de Maria-Chapdelaine.

Parmi les moyens de lutte pour contrer cette invasion, il existe un insecticide biologique, le GF-120. « C’est très prometteur, car ça fonctionne bien contre la mouche de la pomme et la mouche des cerises. »

Biosécurité

En 2018, la mouche du bleuet a été détectée une première fois, dans un champ de bleuet de la MRC de Maria-Chapdelaine. Des mesures avaient alors été prises.

En 2019, la mouche avait été détectée dans une dizaine d’autres champs de la MRC. Afin de gérer les risques de dispersion, une zone réglementée avait alors été établie et le périmètre inclut dorénavant toutes les MRC du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

« Pour se protéger, car il y a des bleuetières qui n’ont pas encore la mouche et si elles veulent protéger leurs entreprises, il va falloir qu’elles fassent du nettoyage pour éviter que la mouche n’entre chez elles. La mouche est transmise principalement par les activités humaines. Sinon, elle ne vole vraiment pas loin », a expliqué Josée Tremblay, inspectrice au MAPAQ dans la région.

Dès cette année, des pancartes seront visibles à l’entrée des bleuetières. « Avec l’arrivée de la mouche du bleuet, on veut avoir une stratégie de prévention, dont la biosécurité. Les pancartes servent à avoir un message uniforme dans toutes les bleuetières. Tous les intervenants et visiteurs vont pouvoir les reconnaître. Le message dit surtout qu’il faut enlever la terre et les résidus végétaux qui peuvent transmettre la mouche du bleuet. »

Josée Tremblay, inspectrice au MAPAQ, montre les pancartes indiquant une zone de biosécurité qui seront bien visibles dès cette année à l’entrée des bleuetières.

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S'ADAPTER AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES

Les changements climatiques pourraient grandement affecter la production du bleuet sauvage, d’où l’importance d’adapter la pratique en fonction des impacts anticipés, soutient l’agronome Anna-Marie Devin.

Producteurs de bleuets, transformateurs, apiculteurs, représentants syndicaux, intervenants gouvernementaux, agronomes et conférenciers étaient tous réunis à Dolbeau-Mistassini, mercredi dernier, pour la Journée Bleuet. Au total, plus de 160 personnes ont assisté, à la salle Desjardins Maria-Chapdelaine, aux différentes conférences sur des enjeux touchant la récolte du bleuet, dont les pesticides et la santé, les changements climatiques et leurs effets, la pollinisation et l’inspection des ruches, ainsi que la situation concernant la mouche du bleuet.

L’agronome et conseillère en agroenvironnement Anna-Marie Devin a expliqué les différents impacts qu’auront les changements climatiques sur la production de bleuet sauvage. 

Parmi ces impacts, elle prévoit un démarrage de la végétation plus précoce au printemps et des risques plus élevés d’érosion des sols et de lessivage des engrais et pesticides. En été, en plus d’une maturité plus hâtive des bleuets, il y aurait des risques plus élevés pour le manque d’eau des plants et pour l’arrivée de nouveaux ravageurs.

En automne, comme le gel qui affecte les fruits serait plus tardif, cela réduirait les risques de pertes de la récolte, mais la conservation des bleuets pourrait s’avérer plus difficile si la récolte s’effectuait dans des conditions de températures plus chaudes.

Les pronostics environnementaux de l’agronome prévoient avec certitude qu’il y aura moins de vagues de froid extrême, mais plus de vagues de chaleur, lesquelles seront plus longues et plus chaudes. De plus, elle croit que d’ici 2050, le déficit hydrique augmentera.

Pour faire face à ces changements, les producteurs n’auront d’autres choix que d’adapter leurs pratiques afin de conserver plus de neige et d’eau près des plants, notamment en installant des haies brise-vent et en ajoutant du paillis et des copeaux.

S’adapter

En entrevue avec Le Quotidien, le président du Syndicat des producteurs de bleuets Québec, Daniel Gobeil, a affirmé croire que les producteurs sauront s’adapter, comme ils « l’ont toujours fait dans le passé ».

« Je ne conteste pas les changements climatiques qui nous ont été présentés, je suis certain que ça va se passer de cette façon, mais ça sera après notre temps, avec l’autre génération. Ça ne m’inquiète pas, car il va toujours y en avoir et on va s’adapter. Je pense que la technologie et la recherche avancent plus vite que les changements climatiques et on est aptes à réagir assez vite », relativise-t-il.

Selon lui, l’enjeu principal ne concerne pas tant le dossier environnemental que l’aspect économique de l’industrie.

« Ce qui m’inquiète le plus, c’est le contrôle pour les prix de vente dans l’industrie. Ça m’inquiète pas mal plus que la mouche du bleuet, les herbicides, les pesticides et la déshydratation. Le contrôle des prix peut nous faire mourir assez rapidement. »

Bilan 2019

En ce qui concerne la saison 2019, les données présentées font état d’une année qui se situe en dessous de la moyenne. Selon l’agronome et conseiller en horticulture Pierre-Olivier Martel, la météo explique en grande partie cette diminution.

« La récolte a débuté au mois d’août et on a eu du gel hâtif, ce qui est venu raccourcir la période de récolte. Les rendements en ont été affectés. C’est une année en bas de la moyenne. La moyenne des cinq dernières années pour le Québec est de 85,2 millions de livres. Cette année, on a ramassé seulement 76 millions de livres. Pourtant, c’était une année qui s’annonçait très prometteuse. Il y a quand même eu beaucoup d’aléas climatiques, dont la sécheresse et du gel hâtif, les deux principales causes des pertes de rendement. 

À titre comparatif, l’État du Maine a produit pour la même période quelque 87 millions de livres (Mlbs) ; le Nouveau-Brunswick, 67 Mlbs.

Par contre, le Québec demeure en tête avec la meilleure moyenne de bleuets récoltés au cours des cinq dernières années.