Jacques Gobeil et son épouse Marie Belzile.
Jacques Gobeil et son épouse Marie Belzile.

Mort de Jacques Gobeil: ses proches croient à un malaise

Normand Boivin
Normand Boivin
Le Quotidien
Comme tous les membres de la communauté des pilotes du Saguenay-Lac-Saint-Jean, l’homme d’affaires chicoutimien Jean-Paul Lapointe est dévasté par la mort de Jacques Gobeil, survenue dimanche avant-midi.

D’autant plus qu’il a assisté, impuissant, aux événements qui ont mené à l’écrasement de l’avion de cet homme aimé et respecté.

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« Jacques a décollé tout juste après moi. À ce moment-là, tout était normal. Il a fait son point fixe (vérifications du moteur et des contrôles avant le décollage), communiqué avec le sol puis la tour de Saint-Honoré. Il a remonté la piste au complet (une mesure pas obligatoire, mais qui augmente la sécurité en donnant plus de marge de manoeuvre en cas de problème) au moment où je m’envolais. Il a indiqué à la tour qu’il voulait faire des poser-décoller », a raconté au Quotidien, lundi matin, Jean-Paul Lapointe, encore perturbé par les événements.

Ce dernier emmenait deux membres de sa famille pour un survol de la région, tout d’abord vers La Baie, puis Alma. Un vol d’une heure.

Le Pélican qu’il avait construit de A à Z était un avion qui impressionnait les pilotes par sa qualité de construction.

« Au moment de mon retour, alors que j’étais au-dessus de Saint-Nazaire, le contrôleur de la tour m’a demandé si j’avais le cellulaire de GOBI (immatriculation du Pélican de Jacques Gobeil). » Les deux hommes se connaissaient bien, car Jacques Gobeil avait déjà loué un espace pour son avion dans le même hangar que Jean-Paul Lapointe.

À ce moment, la tour n’avait plus de contact avec le monomoteur à ailes hautes fabriqué par Jacques Gobeil il y a une vingtaine d’années. Après son deuxième poser-décoller, l’appareil avait cessé de répondre aux appels de la tour et s’était mis à monter en tournoyant au-dessus de l’aéroport jusqu’à devenir un petit point dans le ciel, bien au-delà de l’altitude du circuit.

Circuit

Il faut savoir que des poser-décoller se font à 1000 pieds au-dessus du sol, soit à 1540 pieds d’altitude à Saint-Honoré. Quand un avion monte soudainement à une altitude supérieure au circuit, c’est qu’il éprouve des problèmes et veut éviter d’éventuels conflits avec les autres aéronefs. La plupart du temps, cela se produit à la suite d’une panne de radio et il existe une procédure à l’aide de signaux lumineux pour permettre au pilote d’atterrir.

Or, le fait que le contrôleur demande le numéro de cellulaire de Jacques Gobeil démontre que ça ne fonctionnait pas. Et les appels au cellulaire sont demeurés, aussi, sans réponse. L’avion a finalement terminé son vol par une longue vrille à l’est de l’aéroport décrite par des témoins, dont un pilote qui venait d’atterrir à Saint-Honoré.

Jacques Gobeil était un mordu d’aviation. Ici, avec son beau-frère Jacques Drolet et son neveu par alliance Damien Bélisle, qui partagent sa passion du pilotage.

Une vrille survient au moment d’un décrochage mal contrôlé. C’est aussi une manoeuvre que tous les pilotes pratiquent pour apprendre à les reconnaître et à en sortir. Mais on ne fait pas ça dans un circuit d’aéroport, du moins volontairement pour s’entraîner.

Alors le mystère reste entier pour l’instant. Dans la tête de bien des pilotes, un malaise qui aurait empêché l’homme de 72 ans de garder le contrôle de son appareil pourrait l’expliquer.

Jacques Gobeil, un ami aussi de l’auteur de ces lignes qui le connaissait depuis près de 40 ans, était un pilote expérimenté qui avait obtenu sa licence il y a plus de 50 ans. C’était aussi un pilote respecté qui ne prenait pas de chances avec la sécurité, comme l’a démontré sa décision de remonter toute la piste avant son décollage, plutôt que de décoller de l’intersection de la voie de circulation comme son avion était en mesure de le faire.

C’était aussi un technicien hors pair, toujours prêt à rendre service aux autres pilotes qui avaient des problèmes avec leur avion.

En compagnie de son neveu Damien Bélisle.

Il avait mis plus de cinq ans pour construire son Pélican qui avait obtenu son immatriculation de Transport Canada le 15 juin 2004. Il avait apporté plusieurs améliorations aux plans fournis par le manufacturier qui en faisait un aéronef n’ayant rien à envier aux avions fabriqués par les constructeurs Cessna ou Piper.

Même si seule l’enquête du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) pourra déterminer la cause de cet écrasement, une erreur de pilotage ou une défectuosité mécanique sont exclues dans la tête de tous ceux qui connaissaient Jacques Gobeil.