Durant plusieurs heures, les pompiers de Beauceville ont travaillé pour extirper les deux agriculteurs coincés dans un silo à fourrage de la ferme Rodveil Holstein, à Saint-Simon-les-Mines.

Mort d'agriculteurs: le péril des silos

Icônes du paysage agricole, les silos ont l’air d’inoffensifs réservoirs cylindriques. Mais mercredi, ils ont une fois de plus prouvé à quel point ils peuvent être périlleux.

Vers 17h15, les services d’urgences ont été appelés pour porter secours à deux hommes qui avaient chuté dans un silo à fourrage de la ferme Rodveil Holstein, à Saint-Simon-les-Mines, en Beauce.

Durant plusieurs heures, les pompiers de Beauceville sont intervenus pour extirper les deux agriculteurs coincés dans la structure verticale. Lorsqu’ils ont réussi, les victimes étaient inconscientes. Elles ont été transportées à l’hôpital, où leur décès a été constaté.

Les deux hommes qui ont péri sont le propriétaire de la ferme Rodveil Holstein, Dany Rodrigue, 45 ans, et un travailleur guatémaltèque de 23 ans, Axel Josué Saloi Miculax.

Le frère de Dany Rodrigue, Sylvio Rodrigue, a confié au Journal de Québec que le propriétaire de la ferme avait péri en essayant de sauver son collègue, qui serait tombé en premier dans le silo.

Joint jeudi matin, le maire de Saint-Simon-les-Mines, Martin Saint-Laurent, était bouleversé, après avoir obtenu la confirmation que les deux hommes avaient perdu la vie. «C’est un drame épouvantable. Le temps de mettre un baume sur cet incident-là, ça va prendre beaucoup de temps», a-t-il dit.

M. Rodrigue était un «homme dévoué» qui menait une ferme prospère, dit le maire. «Il était très apprécié dans la communauté». Il était devenu proche de son collègue guatémaltèque, pour lequel il avait aménagé un appartement au sous-sol de sa maison.

L’enquête sur l’accident qui leur a enlevé la vie n’est pas encore terminée. Mais jeudi, la porte-parole de la Sûreté du Québec, Christine Coulombe, a indiqué qu’il «n’y aurait pas d’éléments criminels dans cet événement».

«L’hypothèse privilégiée à ce moment est que les hommes auraient possiblement été incommodés par des gaz de fermentation avant d’être retrouvés inconscients dans le silo à grains», a-t-elle ajouté.

Chaque année au Québec, des agriculteurs se tuent dans les silos. Certains périssent ensevelis sous les grains, qui agissent comme des sables mouvants une fois les pieds dedans. D’autres sont happés par une vis balai ou une vis de vidange lors du nettoyage des silos.
M. Rodrigue et son collègue, eux, auraient été tués par un autre péril des silos : l’intoxication aux gaz d’ensilage.

Intoxication

Mis en silo, les fourrages fermentent et peuvent produire des gaz toxiques. Le danger d’intoxication est plus grand dans les 12 à 60 heures après le remplissage du silo et se poursuit pendant deux à trois semaines.

Selon le Programme canadien de surveillance des blessures en milieu agricole (PCSBMA 2008), entre 1990 et 2005, 15 % des 47 accidents mortels liés à l’exposition à des substances toxiques étaient attribuables à l’inhalation des gaz de silo.

Depuis plusieurs années, l’Union des producteurs agricoles (UPA) et la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) sensibilisent les agriculteurs aux dangers des silos.

Mais même en connaissance de cause, certains choisissent de prendre le risque. «Comme ils ont déjà fait l’exercice sans protection et qu’il ne leur est jamais rien arrivé, ils s’imaginent qu’il ne leur arrivera jamais rien», dit Marie Ménard, coordonnatrice au Service de santé et de sécurité du travail à l’UPA.

«Juste de vouloir s’approcher de la tête du silo, on a déjà un risque de chute important si on n’a pas les moyens de protection adéquats comme porter un harnais et avoir un ancrage sécuritaire», ajoute Denis Roy, trésorier à l’UPA.

Pour se protéger des gaz d’ensilage, il est notamment suggéré d’aérer le silo en actionnant l’ensileuse souffleuse pendant au moins 30 minutes et le laisser en marche pendant que quelqu’un est à l’intérieur. Le port de masques qui protègent de ces gaz est aussi recommandé.