L'auteur Michael Wolff

Wolff «à l'aise» avec son brûlot sur Trump

WASHINGTON — L’auteur du brûlot sur Donald Trump soutient qu’il a eu accès régulièrement à la Maison-Blanche et qu’il a réalisé plus de 200 entrevues — dont trois heures de conversations, en tout, avec le président.

La crédibilité de Michael Wolff est au cœur des réactions, cette semaine, à la suite de la publication du livre Fire and Fury : Inside the Trump White House, basé abondamment sur le témoignage de Steve Bannon, ancien conseiller présidentiel. Les avocats de M. Trump ont répondu avec une mise en demeure contre l’auteur Wolff et ses éditeurs, mais cela n’a fait que devancer à vendredi la date de publication, «face à une demande sans précédent».

«À quelle adresse j’envoie mes chocolats?» a lancé avec ironie l’auteur de 64 ans sur les ondes de NBC. Michael Wolf avait écrit plus tôt sur Twitter, la plate-forme favorite de Donald Trump : «Merci, monsieur le président».

Le président avait lui-même écrit jeudi soir que le livre de M. Wolff n’était qu’un roman basé sur de fausses sources.

«Je n’ai jamais, au grand jamais, accordé un accès à la Maison-Blanche à cet auteur de pseudo-­livre [en fait, je lui ai refusé à plusieurs reprises]! Jamais parlé avec lui pour un livre. Tissu de mensonges, de faussetés et de sources qui n’existent pas. Consultez le passé de ce gars-là, et regardez bien ce qui lui arrivera, à lui et à Steve le débraillé!» a écrit le président américain.

La porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders, a soutenu que plus d’une vingtaine de demandes d’entrevue avec le président avaient été refusées à M. Wolff. L’auteur a répliqué sur les ondes de NBC : «J’ai parlé avec le président, c’est indiscutable. Je ne sais pas s’il a réalisé qu’il s’agissait ou non d’une entrevue, mais ce n’était certainement pas à titre confidentiel».

M. Wolff soutient qu’il a parlé avec Donald Trump environ trois heures, au total, pendant la campagne présidentielle et après son assermentation. Il prétend posséder toujours ses notes et des enregistrements de ces entrevues, et assure être «parfaitement à l’aise avec tout ce qui est rapporté dans le bouquin».

«Ma crédibilité est remise en question par un homme dont l’absence de crédibilité est peut-être sans précédent dans toute l’histoire de l’humanité», estime-t-il.

Témoignages contradictoires
M. Wolff a toutefois alimenté lui-même le scepticisme des partisans de Donald Trump : l’auteur admet d’emblée, dans son prologue, qu’il n’a pu démêler le vrai du faux dans des témoignages contradictoires, animés dans certains cas par des luttes intestines à la Maison-Blanche.

«Plusieurs [des témoignages] sont carrément faux — façon Trump, justement, écrit l’auteur. Ces luttes et une certaine liberté prise avec la vérité, voire avec la réalité, constituent l’une des trames du livre.» M. Wolff explique toutefois qu’il «a tranché pour la version des événements qui lui semblait la plus véridique».

Mais certains observateurs, et pas nécessairement des partisans de M. Trump, restent prudents. L’auteur écrit par exemple qu’au soir de son élection, M. Trump ne savait pas qui était John Boehner, ancien président — républicain — de la Chambre. Or, la porte-parole Sanders a montré cette semaine des photos, prises au cours des récentes années, où l’on voit les deux hommes jouer au golf.

Depuis une quarantaine d’années, Michael Wolff a écrit sur les riches et célèbres de ce monde, dont le magnat de la presse Rupert Murdoch, dans sept livres et une pléiade de magazines et de journaux. Certains critiques lui reprochent son style d’écriture, son obsession pour les atmosphères, mais aussi ses erreurs factuelles. «M. Wolff sait tout, mais parfois il se trompe», écrivait un critique du New York Times lors de la sortie du livre sur Murdoch en 1988.

Trente ans plus tard, Janice Min, une des propriétaires du Hollywood Reporter, a confirmé cette semaine sur Twitter la véracité, selon elle, d’un échange entre Steve Bannon et Donald Trump, relaté par M. Wolff. Mme Min soutient qu’elle était l’une des six personnes dans la pièce à ce moment-là, et affirme que le récit qu’en a fait M. Wolff dans le livre est «rigoureusement exact».