Cette 249e fusillade depuis de l'année a relancé la mobilisation pour un meilleur contrôle des armes à feu aux États-Unis.

Vingt morts dans une fusillade au Texas, le tireur arrêté [PHOTOS]

EL PASO — Un tireur a semé la mort samedi dans une zone commerciale d’El Paso, dans le sud des États-Unis, où il a abattu 20 personnes venues faire leurs courses en ce premier jour de week-end, avant d’être interpellé et placé en garde à vue par la police qui soupçonne un crime à caractère raciste.

La fusillade, survenue aux abords d’un hypermarché Walmart prisé de la communauté hispanique, a également fait 26 blessés, dont certains se trouvaient dans la soirée dans un état critique.

La police a placé en garde à vue un homme blanc de 21 ans et enquête sur un possible motif «haineux», ce qui aux États-Unis désigne les attaques motivées par l’origine, la religion, ou encore l’orientation sexuelle des victimes.

Un manifeste, attribué au tireur, circule sur internet. Ce texte dénonce notamment «une invasion hispanique du Texas» et fait référence à la tuerie commise par un suprémaciste blanc dans des mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande (51 morts, le 15 mars).

Ville frontalière de 680 000 habitants faisant face à la métropole mexicaine de Ciudad Juarez, El Paso compte une population à 80% hispanique, selon des statistiques de 2018.

Trois Mexicains ont été tués dans la fusillade qui a semé la panique dans la zone commerciale, et la consternation aux États-Unis.

Le président Donald Trump, qui a suivi la situation depuis sa résidence du New Jersey (nord-est), a dénoncé une fusillade «tragique» et «un acte lâche».

«Il n’y aura jamais de raisons ou excuses pour justifier le meurtre de personnes innocentes», a-t-il encore tweeté, en adressant ses «prières et pensées» à la population du Texas.

«Tomber à terre» 

D’après certains médias, le tireur s’appelle Patrick Crusius et est originaire des environs de Dallas.

Sur une capture d’écran de caméra de surveillance, mise en ligne par la chaîne locale KTSM, on le voit entrer dans l’hypermarché armé d’un fusil, les oreilles couvertes d’un casque antibruit.

Le magasin venait de mettre en vente des fournitures scolaires avant la rentrée. Selon la police, entre 1.000 et 3.000 clients s’y pressaient pour faire leurs courses au moment du drame.

Vanessa Saenz, 37 ans, en faisait partie. Elle a expliqué sur Fox News avoir entendu «comme des feux d’artifice» alors qu’elle cherchait une place de stationnement.

«J’ai vu un homme avec un T-shirt noir et un pantalon de camouflage qui portait ce qui m’a semblé être un fusil. Il visait les gens et tirait directement sur eux. J’en ai vu trois ou quatre tomber à terre», a-t-elle raconté.

Des vidéos amateurs montraient des scènes de chaos, avec des clients qui courent pour se mettre à l’abri, et des corps inanimés au sol.

Robert Curado a expliqué au journal El Paso Times s’être caché avec sa mère entre deux distributeurs à l’entrée du Walmart. «L’homme a essayé de me tirer de dessus, mais il m’a raté, car j’ai plongé», a-t-il raconté en assurant avoir reconnu un fusil d’assaut AK-47.

Don de sang 

Une fois le tireur arrêté, les clients sont peu à peu sortis de leurs cachettes, les mains en l’air pour éviter toute méprise. Les forces de l’ordre ont ensuite ratissé les commerces pour s’assurer qu’il n’y avait pas un autre tueur.

«Cette journée, qui aurait dû être normale pour des gens venus faire du magasinage, s’est transformée en l’une des plus meurtrières de l’histoire du Texas», a regretté le gouverneur de cet immense État, Greg Abbott.

«Vingt innocents ont perdu la vie», a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse, en appelant la population d’El Paso à «se réunir», toutes origines confondues, pour surmonter cette «catastrophe».

Sans attendre, les habitants de cette ville située à la frontière du Mexique ont répondu massivement à un appel à donner leur sang pour les blessés, transférés dans plusieurs hôpitaux de la ville. Selon les médias, ils sont âgés de 2 à 82 ans.

Plusieurs veillées en mémoire des victimes devaient également se tenir dans la soirée, notamment dans des églises.

Sans attendre, les habitants de cette ville située à la frontière du Mexique ont répondu massivement à un appel à donner leur sang pour les blessés, transférés dans plusieurs hôpitaux de la ville.
Moment de recueillement pour les habitants d'origine mexicaine d'El Paso

«Terrorisme intérieur» 

Les États-Unis, où le port d’armes est légal, sont régulièrement endeuillés par des fusillades qui touchent aussi bien les écoles que les lieux de culte, de travail ou les commerces.

La tuerie d’El Paso est la 249e depuis le début de l’année ayant touché quatre personnes ou plus, selon l’ONG Gun violence archives.

Un employé du groupe Walmart avait déjà ouvert le feu mardi dans un supermarché de la chaîne, situé dans le Mississippi, tuant deux de ses collègues.

Comme après chaque bain de sang, plusieurs voix se sont élevées pour réclamer une meilleure régulation du marché des armes à feu. «Il est grand temps d’agir et de mettre un terme à cette épidémie de violences liée aux armes», a ainsi tweeté le favori de la course à la primaire démocrate Joe Biden.

«L’Amérique est attaquée par un terrorisme intérieur de nationalistes blancs», a dénoncé un de ses rivaux, le maire de South Bend (Indiana) Pete Buttigieg.

Le ministre de la Justice Bill Barr a promis de traduire rapidement en justice le responsable du massacre.

Trudeau offre son soutien 

Devant cette tragédie, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a offert son soutien aux victimes de la fusillade.

«D'horribles nouvelles en provenance d'El Paso aujourd'hui. Nous sommes de tout cœur avec nos voisins et amis américains pour les vies enlevées dans ces événements insensés et souhaitons un prompt rétablissement à tous les blessés», a-t-il écrit samedi après-midi sur Twitter.

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Voici les principales fusillades de ces dernières années aux États-Unis :

Las Vegas : 58 morts 

Le 1er octobre 2017, Stephen Paddock, 64 ans, ouvre le feu du 32e étage de l’hôtel Mandalay Bay, sur une foule en contrebas qui assistait à un concert de musique country à Las Vegas (Nevada, ouest), faisant 58 morts et près de 500 blessés.

Le groupe État islamique (EI) revendique rapidement la fusillade, la plus meurtrière de l’histoire américaine, mais selon la police américaine. Mais aucun élément n’a à ce jour permis de relier Paddock, qui s’est suicidé, à l’organisation jihadiste.

Club gai à Orlando : 49 morts 

Le 12 juin 2016, un Américain d’origine afghane, Omar Mateen, tue 49 personnes et en blesse une cinquantaine dans un club gai d’Orlando (Floride, sud-est), perpétrant le pire attentat aux États-Unis depuis ceux du 11 septembre 2001. Après trois heures de négociations, les forces de l’ordre donnent l’assaut, abattant l’assaillant. L’EI, auquel le terroriste avait fait allégeance, revendique la fusillade.

École primaire à Sandy Hook, 26 morts

Le 14 décembre 2012, un jeune homme tue 26 personnes, dont 20 enfants de cours primaire, dans l’école de Sandy Hook à Newtown (Connecticut, nord-est), avant de se suicider.

Église de Sutherland, Texas : 25 morts 

Le dimanche 5 novembre 2017, un homme abat 25 personnes, dont une femme enceinte, et plusieurs enfants dans une église de la petite ville de Sutherland au Texas, en plein culte. Il blesse aussi une vingtaine de paroissiens. La police retrouve son corps dans sa voiture.

Parkland, Floride : 17 morts

Le 14 février 2018, le jour de la Saint-Valentin, un jeune homme de 19 ans, Nikolas Cruz, ouvre le feu dans un lycée de Parkland, dans le sud-est de la Floride, tuant 17 personnes avant d’être arrêté.

San Bernardino : 14 morts

Le 2 décembre 2015, un couple marié d’islamistes radicalisés d’origine pakistanaise ouvre le feu lors d’un déjeuner de Noël à San Bernardino (Californie, ouest), faisant 14 morts et 22 blessés.

Aurora, Thousand Oaks, Virginia Beach : 12 morts

Le 20 juillet 2012, un jeune homme lourdement armé fait irruption dans un cinéma d’Aurora (Colorado) et ouvre le feu sur le public d’une séance de minuit de «Batman», faisant 12 morts et 70 blessés. L’auteur de la tuerie, James Holmes, est condamné en août 2015 à la prison à perpétuité sans possibilité de libération.

Le 7 novembre 2018, un ancien soldat, Ian Long, connu des services de police pour des troubles psychiques, ouvre le feu dans un bar bondé de Thousand Oaks, près de Los Angeles, tuant 12 personnes dont un policier intervenant sur les lieux, avant de se suicider.

Le 31 mai 2019, un employé municipal de Birginia Beach (Virginie) lourdement armé ouvre le feu sur ses collègues, faisant 12 morts. Il est abattu à l’issue d’une «fusillade longue et intense» avec la police.

Synagogue de Pittsburgh : 11 morts

Le 27 octobre 2018, onze personnes tombent sous les balles d’un antisémite de 46 ans qui sème la terreur à l’intérieur de la synagogue «Tree of Life» de Pittsburgh en plein office du shabbat.

Robert Bowers a été inculpé de 29 chefs d’accusation, dont certains passibles de la peine de mort.

Lycée de Santa Fe : 10 morts

Un élève de 17 ans tue le 18 mai 2018 deux adultes et huit jeunes dans son lycée à Santa Fe, au Texas. Dimitrios Pagourtzis a depuis été inculpé notamment pour meurtre, un chef d’accusation passible de la peine de mort pour un adulte majeur. Il s’est servi d’un fusil et d’un pistolet détenus légalement par son père, selon les autorités.