Gary Fan Kwok-wai (à droite), un juriste élu en fin de semaine, lors des élections locales, se fraie un chemin à travers des débris calcinés pour aller rencontrer des manifestants confinés à l’Université Polytechnique de Hong Kong, lundi.

Victoire écrasante des prodémocratie aux urnes à Hong Kong

HONG KONG - La cheffe de l’exécutif hongkongais, Carrie Lam, a promis lundi d’«écouter humblement» les électeurs au lendemain de la victoire écrasante des candidats prodémocratie aux élections locales, révélatrice d’un large soutien des habitants à un mouvement de contestation sans précédent dans l’ex-colonie britannique.

L’ampleur du revers subi par les candidats pro-Pékin a surpris et sonne comme un camouflet pour les autorités chinoises, lesquelles ont cependant assuré continuer à soutenir «résolument» Mme Lam.

«Le gouvernement central chinois soutient résolument la cheffe de l’exécutif Carrie Lam à la tête de la Région administrative spéciale», nom officiel de Hong Kong, a déclaré le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Geng Shuang.

À Hong Kong, «le gouvernement écoutera certainement humblement les opinions des citoyens et y réfléchira sérieusement», avait déclaré auparavant Mme Lam, dans un communiqué publié par le gouvernement.

Elle n’a livré aucune précision sur ce qu’elle entend faire, mais ses opposants l’ont aussitôt invitée à accéder à leurs cinq revendications, dont l’avènement du suffrage universel dans la mégapole de 7,5 millions d’habitants et une enquête sur ce qu’ils considèrent comme des violences policières.

«Les électeurs ont utilisé la manière la plus pacifique pour dire au gouvernement que nous n’accepterons pas que Hong Kong devienne un État policier et un régime autoritaire», a déclaré Wu Chi-wai, président du Parti démocrate, le plus grand parti d’opposition. «Le gouvernement doit honnêtement faire face à l’opinion publique».

Le Parti travailliste, qui appartient au bloc politique prodémocratie, a attribué le résultat électoral à «la sueur, le sang et les larmes» des manifestants.

Depuis une semaine, la mégapole qui était en proie à des actions de plus plus violentes connaît un répit dans les manifestations, les protestataires ne voulant pas hypothéquer la tenue du scrutin.

Les nouveaux élus à PolyU

Le siège de l’Université polytechnique (PolyU), où sont retranchés des protestataires radicaux et théâtre le week-end précédent de la plus violente confrontation depuis juin avec les forces de l’ordre, se poursuivait lundi.

Des dizaines de conseillers nouvellement élus s’y sont rendus lundi soir pour demander à la police de laisser les protestataires sortir librement.

«Le peuple de Hong Kong a parlé», a déclaré à l’extérieur de la PolyU Paul Zimmerman, un conseiller pro-démocratie réélu dimanche. «Il est temps que le gouvernement réagisse. Ne décevez pas à nouveau Hong Kong».

Un forum internet prisé des manifestants pro-démocratie a appelé à une marche dimanche pour faire pression sur le gouvernement.

La mobilisation a débuté en juin contre un projet de loi autorisant l’extradition vers la Chine continentale des ressortissants hongkongais. Le texte a été abandonné en septembre, mais depuis les revendications se sont élargies et les affrontements entre police et manifestants sont devenus de plus en plus violents.

L’élection des 452 conseillers de district, qui gèrent des questions comme les ordures ménagères ou les itinéraires des lignes de bus, suscite d’ordinaire peu d’intérêt. Dimanche, ce scrutin a pris une tout autre signification en raison du mouvement de contestation de la population.

«C’est un profond rejet de l’administration (de Hong Kong) et de la politique de Pékin envers Hong Kong», a déclaré à l’AFP Willy Lam, analyste de la politique de Hong Kong.

«La terreur des émeutiers»

Selon des médias hongkongais, sur les 452 sièges à pourvoir, les candidats prodémocratie en ont remporté 388, soit un gain exceptionnel de 263 sièges par rapport au précédent scrutin en 2015. Les candidats pro-Pékin ne conservent que 59 sièges, cinq reviennent à des indépendants.

Les médias d’État chinois ont minimisé le revers subi par le camp pro-Pékin, accusant les gouvernements occidentaux d’être à l’origine des manifestations contre le gouvernement.

Pour le quotidien China Daily, «il est difficile d’imaginer le nombre d’opinions que représente le résultat des élections» notamment «quand les gens vivent dans l’ombre de la terreur des émeutiers».

La participation a dépassé 71% des 4,13 millions d’électeurs inscrits, un record.

Le député pro-Pékin Junius Ho, particulièrement détesté des militants prodémocratie a été battu. «Le monde est chamboulé», a-t-il écrit sur Facebook après sa défaite.

L’élection des conseillers de districts obéit au mode de scrutin qui, à Hong Kong, se rapproche le plus de la représentation directe.

Elle n’a pas qu’une valeur symbolique. Six sièges du Conseil législatif («LegCo», le Parlement hongkongais), renouvelé l’an prochain, se joueront entre des candidats provenant des conseils de district, qui enverront aussi 117 membres au collège électoral de 1.200 personnes, contrôlé par Pékin, chargé de désigner le chef de l’exécutif.