Le président Donald Trump lors de son discours sur l’état de l’Union à Washington, mardi soir

VÉRIFIÉ: Les faits du discours de Donald Trump [VIDÉO]

WASHINGTON — Lors de son discours sur l’état de l’Union mardi soir, le président américain Donald Trump a mélangé statistiques complexes et demi-vérités, saluant un «miracle économique», mettant en garde contre la traite de personnes et semblant croire que l’Afghanistan se trouve au Moyen-Orient et non en Asie.

Voici un aperçu des déclarations de la soirée.

COMMERCE

M. Trump : «Notre nouvel accord entre les États-Unis, le Mexique et le Canada [...] remplacera l’ALENA et apportera des avantages aux travailleurs américains: ramener nos emplois dans l’industrie manufacturière, développer l’agriculture américaine, protéger la propriété intellectuelle et faire en sorte que davantage de voitures soient frappées de ces quatre mots fantastiques : FABRIQUÉ AUX ÉTATS-UNIS.»

Les faits : Il est peu probable que tout cela se produise, car le nouvel accord préserve en grande partie la structure et le contenu de l’ALENA. En outre, l’accord n’a pas été ratifié et les chances qu’il le soit par le Congrès sont incertaines.

Parmi les nouveautés, l’accord exige que 40 % du contenu des voitures soit éventuellement fabriqué dans des pays qui versent aux travailleurs de l’automobile au moins 16 dollars $US par heure, c’est-à-dire aux États-Unis ou au Canada, mais pas au Mexique. Le Mexique doit également réformer sa législation du travail pour encourager les syndicats indépendants à négocier des salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail pour les Mexicains.

Cependant, juste avant la signature de l’accord, General Motors a annoncé le licenciement de 14 000 travailleurs et la fermeture de cinq usines aux États-Unis et au Canada.

Philip Levy, chercheur principal au Conseil des affaires globales de Chicago et le responsable du commerce à la Maison-Blanche du président républicain George W. Bush, a déclaré: «Le président Trump a sérieusement exagéré cet accord».

LES GUERRES AU MOYEN-ORIENT

M. Trump : «Nos braves troupes se battent au Moyen-Orient depuis près de 19 ans.»

Les faits : M. Trump a exagéré la durée des guerres en Irak et en Afghanistan. La guerre en Afghanistan a débuté en octobre 2001, à la suite des attentats du 11 septembre. L’invasion de l’Iraq a eu lieu en mars 2003. Les États-Unis sont en guerre depuis un peu plus de 17 ans.

En outre, il fait référence aux combats au Moyen-Orient. L’Irak est au Moyen-Orient, mais l’Afghanistan est en Asie du Sud et en Asie centrale.

LE MUR LE LONG DE LA FRONTIÈRE

M. Trump : «[Les agents frontaliers] vous diront que là où les murs se lèvent, les passages illégaux baissent... San Diego était le théâtre du plus grand nombre de passages frontaliers illégaux dans notre pays. En réponse, un mur de sécurité solide a été mis en place. Cette barrière puissante a presque complètement mis fin aux passages illégaux? Simplement, les murs fonctionnent et les murs sauvent des vies.»

Les faits : C’est beaucoup plus compliqué que ça.

Oui, les arrestations des patrouilles frontalières dans le secteur de San Diego ont chuté de 96 %, passant de près de 630 000 en 1986 à à peine 26 000 en 2017, période au cours de laquelle des murs ont été construits. Mais la répression a poussé les passages illégaux vers les déserts moins surveillés et plus éloignés de l’Arizona, où des milliers de personnes sont mortes dans la chaleur. Les arrestations à Tucson en 2000 ont presque correspondu au sommet de San Diego.

Les détracteurs disent que «l’effet ballon d’eau» (construisez un mur en endroit et les migrants trouveront une ouverture ailleurs) sape l’argument de M. Trump, ce à quoi les partisans du projet répondent que cela ne fait démontrer que les murs devraient être prolongés.

Le Government Accountability Office a rapporté en 2017 que les États-Unis n’avaient pas mis au point de mesures permettant de démontrer la contribution des barrières à la sécurité frontalière.

TARIFS DOUANIERS

M. Trump : «Nous avons récemment imposé des droits de douane sur des marchandises chinoises d’une valeur de 250 milliards $US — et maintenant notre trésorerie reçoit des milliards de dollars.»

Les faits : C’est trompeur. Oui, l’argent des droits de douane va au Trésor fédéral, mais il provient en grande partie des entreprises et des consommateurs américains. Ce ne sont pas les pays étrangers qui paient ces taxes à l’importation en faisant un chèque au gouvernement.

Sa référence à l’argent entrant «maintenant» dans le Trésor dissimule le fait que les tarifs remontent à la fondation du pays. Ce revenu n’a pas commencé avec l’augmentation des droits de douane sur certaines marchandises en provenance de Chine.

Les tarifs ont généré des recettes fiscales de 41,3 milliards $US au cours du dernier exercice budgétaire, selon le département du Trésor. Mais il ne s’agit que d’une petite fraction d’un budget fédéral dépassant 4100 milliards $US.

Les tarifs payés par les entreprises américaines ont également tendance à entraîner des prix plus élevés pour les consommateurs, comme ce fut le cas pour les machines à laver après que l’administration Trump eut imposé des taxes à l’importation.

TRAITE DE PERSONNE

M. Trump : «Les trafiquants d’êtres humains et les trafiquants du sexe profitent des vastes zones ouvertes entre nos ports d’entrée pour faire passer des milliers de jeunes filles et de femmes aux États-Unis, pour les vendre à la prostitution et en esclavage moderne.»

Les faits : Son administration n’a pas fourni de preuve que des «milliers» de femmes et de jeunes filles passent en contrebande dans des zones reculées de la frontière à ces fins. Ce qui a été établi, c’est que près de 80 % des victimes internationales de la traite passent par des points d’entrée légaux, flux qui ne serait pas stoppé par un mur frontalier.

M. Trump déforme la fréquence à laquelle les victimes de la traite de personne arrivent de la frontière sud, selon le Counter-Trafficking Data Collaborative, qui regroupe les statistiques de la traite fournies par des organisations du monde entier.

La ligne téléphonique nationale contre la traite de personne, une entreprise financée par le gouvernement fédéral et gérée par le groupe anti-traite Polaris, a commencé à recenser les victimes individuelles en 2015. De janvier au 31 juin 2018, elle a dénombré 35 000 victimes potentielles. Parmi celles-ci, il y avait une répartition presque égale entre les étrangers d’une part, les citoyens américains et les résidents permanents légaux de l’autre.

La plupart des victimes de trafic de main-d’oeuvre étaient étrangères et la plupart des victimes de trafic sexuel étaient des citoyennes américaines. Parmi les ressortissants étrangers, le Mexique était le plus fréquemment victime de la traite.

ÉCONOMIE

M. Trump : «En un peu plus de deux ans après les élections, nous avons lancé un boom économique sans précédent - un boom jamais vu auparavant. Il n’y a rien eu de tel. [...] Un miracle économique se produit aux États-Unis.»

Les faits : Le président exagère énormément ce qui a été une légère amélioration de la croissance et de l’embauche. L’économie est en bonne santé, mais loin d’être la meilleure de l’histoire américaine.

L’économie a connu une croissance annuelle de 3,8 % au printemps et en été, un rythme soutenu. Mais ce n’était que le rythme le plus rapide des quatre dernières années. À la fin des années 90, la croissance avait dépassé 4 $ pendant quatre années consécutives, un niveau qu’elle n’a pas encore atteint avec M. Trump. Et la croissance a même atteint 7,2 % en 1984.

Presque tous les économistes indépendants s’attendent à un ralentissement de la croissance cette année, alors que les réductions d’impôt de l’administration Trump s’atténuent, que les tensions commerciales et le ralentissement de la croissance mondiale freinent les exportations et que les taux d’intérêt plus élevés rendent l’emprunt plus coûteux pour acheter des voitures et des habitations.

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