Le président Donald Trump lors de son discours sur l’état de l’Union à Washington, mardi soir

VÉRIFIÉ: Les faits du discours de Donald Trump [VIDÉO]

WASHINGTON — Lors de son discours sur l’état de l’Union mardi soir, le président américain Donald Trump a mélangé statistiques complexes et demi-vérités, saluant un «miracle économique», mettant en garde contre la traite de personnes et semblant croire que l’Afghanistan se trouve au Moyen-Orient et non en Asie.

Voici un aperçu des déclarations de la soirée.

COMMERCE

M. Trump : «Notre nouvel accord entre les États-Unis, le Mexique et le Canada [...] remplacera l’ALENA et apportera des avantages aux travailleurs américains: ramener nos emplois dans l’industrie manufacturière, développer l’agriculture américaine, protéger la propriété intellectuelle et faire en sorte que davantage de voitures soient frappées de ces quatre mots fantastiques : FABRIQUÉ AUX ÉTATS-UNIS.»

Les faits : Il est peu probable que tout cela se produise, car le nouvel accord préserve en grande partie la structure et le contenu de l’ALENA. En outre, l’accord n’a pas été ratifié et les chances qu’il le soit par le Congrès sont incertaines.

Parmi les nouveautés, l’accord exige que 40 % du contenu des voitures soit éventuellement fabriqué dans des pays qui versent aux travailleurs de l’automobile au moins 16 dollars $US par heure, c’est-à-dire aux États-Unis ou au Canada, mais pas au Mexique. Le Mexique doit également réformer sa législation du travail pour encourager les syndicats indépendants à négocier des salaires plus élevés et de meilleures conditions de travail pour les Mexicains.

Cependant, juste avant la signature de l’accord, General Motors a annoncé le licenciement de 14 000 travailleurs et la fermeture de cinq usines aux États-Unis et au Canada.

Philip Levy, chercheur principal au Conseil des affaires globales de Chicago et le responsable du commerce à la Maison-Blanche du président républicain George W. Bush, a déclaré: «Le président Trump a sérieusement exagéré cet accord».

LES GUERRES AU MOYEN-ORIENT

M. Trump : «Nos braves troupes se battent au Moyen-Orient depuis près de 19 ans.»

Les faits : M. Trump a exagéré la durée des guerres en Irak et en Afghanistan. La guerre en Afghanistan a débuté en octobre 2001, à la suite des attentats du 11 septembre. L’invasion de l’Iraq a eu lieu en mars 2003. Les États-Unis sont en guerre depuis un peu plus de 17 ans.

En outre, il fait référence aux combats au Moyen-Orient. L’Irak est au Moyen-Orient, mais l’Afghanistan est en Asie du Sud et en Asie centrale.

LE MUR LE LONG DE LA FRONTIÈRE

M. Trump : «[Les agents frontaliers] vous diront que là où les murs se lèvent, les passages illégaux baissent... San Diego était le théâtre du plus grand nombre de passages frontaliers illégaux dans notre pays. En réponse, un mur de sécurité solide a été mis en place. Cette barrière puissante a presque complètement mis fin aux passages illégaux? Simplement, les murs fonctionnent et les murs sauvent des vies.»

Les faits : C’est beaucoup plus compliqué que ça.

Oui, les arrestations des patrouilles frontalières dans le secteur de San Diego ont chuté de 96 %, passant de près de 630 000 en 1986 à à peine 26 000 en 2017, période au cours de laquelle des murs ont été construits. Mais la répression a poussé les passages illégaux vers les déserts moins surveillés et plus éloignés de l’Arizona, où des milliers de personnes sont mortes dans la chaleur. Les arrestations à Tucson en 2000 ont presque correspondu au sommet de San Diego.

Les détracteurs disent que «l’effet ballon d’eau» (construisez un mur en endroit et les migrants trouveront une ouverture ailleurs) sape l’argument de M. Trump, ce à quoi les partisans du projet répondent que cela ne fait démontrer que les murs devraient être prolongés.

Le Government Accountability Office a rapporté en 2017 que les États-Unis n’avaient pas mis au point de mesures permettant de démontrer la contribution des barrières à la sécurité frontalière.

TARIFS DOUANIERS

M. Trump : «Nous avons récemment imposé des droits de douane sur des marchandises chinoises d’une valeur de 250 milliards $US — et maintenant notre trésorerie reçoit des milliards de dollars.»

Les faits : C’est trompeur. Oui, l’argent des droits de douane va au Trésor fédéral, mais il provient en grande partie des entreprises et des consommateurs américains. Ce ne sont pas les pays étrangers qui paient ces taxes à l’importation en faisant un chèque au gouvernement.

Sa référence à l’argent entrant «maintenant» dans le Trésor dissimule le fait que les tarifs remontent à la fondation du pays. Ce revenu n’a pas commencé avec l’augmentation des droits de douane sur certaines marchandises en provenance de Chine.

Les tarifs ont généré des recettes fiscales de 41,3 milliards $US au cours du dernier exercice budgétaire, selon le département du Trésor. Mais il ne s’agit que d’une petite fraction d’un budget fédéral dépassant 4100 milliards $US.

Les tarifs payés par les entreprises américaines ont également tendance à entraîner des prix plus élevés pour les consommateurs, comme ce fut le cas pour les machines à laver après que l’administration Trump eut imposé des taxes à l’importation.

TRAITE DE PERSONNE

M. Trump : «Les trafiquants d’êtres humains et les trafiquants du sexe profitent des vastes zones ouvertes entre nos ports d’entrée pour faire passer des milliers de jeunes filles et de femmes aux États-Unis, pour les vendre à la prostitution et en esclavage moderne.»

Les faits : Son administration n’a pas fourni de preuve que des «milliers» de femmes et de jeunes filles passent en contrebande dans des zones reculées de la frontière à ces fins. Ce qui a été établi, c’est que près de 80 % des victimes internationales de la traite passent par des points d’entrée légaux, flux qui ne serait pas stoppé par un mur frontalier.

M. Trump déforme la fréquence à laquelle les victimes de la traite de personne arrivent de la frontière sud, selon le Counter-Trafficking Data Collaborative, qui regroupe les statistiques de la traite fournies par des organisations du monde entier.

La ligne téléphonique nationale contre la traite de personne, une entreprise financée par le gouvernement fédéral et gérée par le groupe anti-traite Polaris, a commencé à recenser les victimes individuelles en 2015. De janvier au 31 juin 2018, elle a dénombré 35 000 victimes potentielles. Parmi celles-ci, il y avait une répartition presque égale entre les étrangers d’une part, les citoyens américains et les résidents permanents légaux de l’autre.

La plupart des victimes de trafic de main-d’oeuvre étaient étrangères et la plupart des victimes de trafic sexuel étaient des citoyennes américaines. Parmi les ressortissants étrangers, le Mexique était le plus fréquemment victime de la traite.

ÉCONOMIE

M. Trump : «En un peu plus de deux ans après les élections, nous avons lancé un boom économique sans précédent - un boom jamais vu auparavant. Il n’y a rien eu de tel. [...] Un miracle économique se produit aux États-Unis.»

Les faits : Le président exagère énormément ce qui a été une légère amélioration de la croissance et de l’embauche. L’économie est en bonne santé, mais loin d’être la meilleure de l’histoire américaine.

L’économie a connu une croissance annuelle de 3,8 % au printemps et en été, un rythme soutenu. Mais ce n’était que le rythme le plus rapide des quatre dernières années. À la fin des années 90, la croissance avait dépassé 4 $ pendant quatre années consécutives, un niveau qu’elle n’a pas encore atteint avec M. Trump. Et la croissance a même atteint 7,2 % en 1984.

Presque tous les économistes indépendants s’attendent à un ralentissement de la croissance cette année, alors que les réductions d’impôt de l’administration Trump s’atténuent, que les tensions commerciales et le ralentissement de la croissance mondiale freinent les exportations et que les taux d’intérêt plus élevés rendent l’emprunt plus coûteux pour acheter des voitures et des habitations.

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Monde

Brexit: «Un moment tragique pour l’Europe»

MADRID — La sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne prévue le 31 octobre «est un moment tragique pour l’Europe», déclare le président sortant de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, dans un entretien publié dimanche par le quotidien espagnol El Pais.

Le chef de l’exécutif européen, qui abandonnera son poste justement le 31 octobre, fait valoir que le Brexit «va à l’encontre du sens de l’histoire et de l’esprit de [l’ancien homme d’État britannique Winston] Churchill qui en son temps plaida pour des États-Unis d’Europe».

«Je crois que nous avons encore la possibilité de parvenir à un accord» avec Londres, estime cependant M. Juncker, qualifiant de «constructive et en partie positive» sa rencontre lundi dernier à Luxembourg avec le premier ministre britannique Boris Johnson.

«Je ne partage pas l’idée de ceux qui pensent que Johnson joue avec nous et avec lui-même. Je crois qu’il tente de chercher un accord acceptable aussi bien pour le Parlement britannique que pour le Parlement européen», dit-il.

«Une grave erreur»

M. Juncker exprime dans cet entretien un regret : que la Commission ait «décidé de ne pas intervenir» en 2016, quand le Royaume-Uni organisa un référendum sur son appartenance à l’UE et près de 52 % des votants se prononcèrent en faveur d’une sortie.

M. Juncker évoque «une campagne de mensonges et de fake news» avant ce référendum et ajoute : «à la Commission, nous avions décidé de ne pas intervenir, à la demande de David Cameron [le premier ministre du Royaume-Uni de 2010 à 2016] et ça a été une grande erreur».

Interrogé sur «la crise en Catalogne», M. Juncker se refuse à «commenter les procédures judiciaires en cours en Espagne», où la Cour suprême doit rendre sa sentence à l’issue du procès des dirigeants indépendantistes jugés pour leur rôle dans la tentative de sécession de 2017.

Mais le dirigeant européen sur le départ ajoute sans ambages : «Je ne suis pas favorable à un nationalisme stupide, parce que cela ne mène nulle part».

«L’Europe est un petit continent qui est en train de perdre de l’importance économique et démographiquement», plaide M. Juncker, «ce n’est donc pas le moment des regroupements nationalistes, mais plutôt d’unir les peuples».  

Monde

Une mosquée attaquée en France

COLMAR — L’homme qui a foncé en voiture samedi sur la Grande Mosquée de Colmar, dans l’est de la France, a agi pour des raisons toujours inconnues et reste hospitalisé, mais à quelques minutes près, son attaque aurait pu faire de nombreuses victimes.

«Les motivations de l’auteur sont encore inconnues», a indiqué dimanche soir, dans un communiqué, la procureure de la République de Colmar, Catherine Sorita-Minard, qui avait avancé dès samedi soir qu’à première vue, il souffrirait «de problèmes psychiatriques».

«Le parquet national antiterroriste a été avisé, ainsi que les services spécialisés. Pour le moment, le parquet de Colmar reste saisi des faits», a-t-elle ajouté.

Pas encore entendu par la police ni examiné par un psychiatre du fait de son état de santé, le suspect devrait être hospitalisé plusieurs jours encore, selon le parquet.

Peu d’informations

L’homme, habitant Colmar, est né à Grenoble en 1980 et n’a pas d’antécédent pénal, hormis des infractions routières commises il y a de nombreuses années.

Son domicile a été perquisitionné mais «pour le moment, aucun élément susceptible d’intéresser l’enquête n’y a été découvert», a poursuivi la procureure. Ses proches sont également auditionnés.

Samedi, vers 19h10 (15h10, heure du Québec), le conducteur, seul à bord d’un Citroën C4 a d’abord détruit des plots en bois situés devant l’enceinte de la Grande Mosquée de Colmar, puis enfoncé le portail avant de projeter délibérément son véhicule contre la porte d’entrée de la salle de prière — vide à ce moment-là —, s’encastrant dans le mur.

Personne n’a été blessé en dehors du suspect, dont les blessures ont nécessité une intervention chirurgicale.

«Il était en partie couvert de sang sur la partie supérieure de la tunique blanche qu’il portait» et «un couteau ensanglanté a été trouvé sur les lieux de l’interpellation» sans que les circonstances de ses blessures ne soient «encore clairement déterminées», explique le parquet de Colmar. «Plusieurs témoins», rapporte-t-il encore, l’ont entendu répéter «Allah akbar».

Une enquête pour dégradations volontaires, violences aggravées et tentative de meurtre a été confiée à la Direction régionale de la police judiciaire (DRPJ) de Strasbourg.

Mosquée surveillée

Dimanche à la mi-journée, des policiers surveillaient l’accès au lieu de culte, a constaté un photographe de l’AFP.

Peu après 13h (9h, heure du Québec), des fidèles sont arrivés pour prier dans une salle annexe de la mosquée. La prière de l’aube avait été annulée.

«Heureusement que ce n’était pas au moment de l’accomplissement de la prière, sinon il y aurait eu certainement des morts», a raconté à France 3 Alsace l’imam de la mosquée Imad El-Akramine, qui a assisté à la scène.

«On a eu beaucoup de chance, à un quart d’heure près, cela aurait pu être un carnage», car une soixantaine de personnes devaient arriver pour la prière, a expliqué à l’AFP Naji-Saïd Darir, ancien président de la Grande Mosquée de Colmar.

L’acte, estime-t-il, ne visait vraisemblablement pas la communauté musulmane puisque son auteur «lui-même est musulman. Cela n’aurait pas de sens».

Monde

Crise iranienne: Washington cherchera du soutien à l’ONU

NEW YORK — Les États-Unis chercheront à obtenir un soutien international lors de l’Assemblée générale de l’ONU face à l’Iran qu’ils accusent d’avoir attaqué deux installations pétrolières en Arabie saoudite, a déclaré dimanche le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

«Le président [Donald] Trump et moi-même voulons donner à la diplomatie toutes les chances de réussir», a-t-il déclaré sur la chaîne ABC.

«Je suis à New York, je serai à l’ONU toute la semaine pour en parler», a ajouté le secrétaire d’État américain. «Nous espérons que les Nations Unies adopteront une position de fermeté.»

L’ONU «a été créée exactement pour ce genre de choses — quand un pays attaque un autre pays — et nous espérons que les Nations Unies se mobiliseront sur ce que c’est», a poursuivi Mike Pompeo, qui a de nouveau affirmé que «c’était une attaque iranienne, menée avec des missiles de croisière».

Le président américain a cependant déclaré dimanche qu’il n’avait «aucune intention» de rencontrer son homologue iranien Hassan Rohani à l’ONU. «Rien n’est jamais totalement exclu, mais je n’ai pas l’intention de rencontrer l’Iran», a-t-il dit.

Prié de dire s’il y aurait un quelconque contact entre Mike Pompeo ou un autre représentant américain et la délégation iranienne en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, un haut responsable américain a assuré qu’il n’y avait «rien de prévu».

Aucune réunion prévue

Et à ce stade, aucune réunion spécifique sur l’Iran, notamment au Conseil de sécurité, n’a été annoncée. Outre les entretiens prévus par Donald Trump, son secrétaire d’État évoquera notamment la question mardi lors d’une réunion avec ses homologues du Golfe puis lors d’un discours mercredi devant l’organisation United Against Nuclear Iran.

L’Iran nie toute responsabilité dans ces attaques aériennes ayant visé deux installations pétrolières majeures en Arabie Saoudite le 14 septembre, qui ont été revendiquées par les rebelles Houthis soutenus par Téhéran, au Yémen.

Les tensions n’ont cessé de croître entre Téhéran et Washington depuis le retrait américain unilatéral en mai 2018 de l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015, suivi du rétablissement de lourdes sanctions américaines contre l’Iran.

Washington et Téhéran ont frôlé l’affrontement militaire direct en juin. M. Trump avait dit avoir annulé in extremis des frappes contre des cibles iraniennes après que la République islamique eut abattu un drone américain dans la zone du détroit d’Ormuz.

Questionné sur l’envoi de renforts militaires dans la région annoncé vendredi par le Pentagone, M. Pompeo a souligné que l’objectif était de «forcer l’Iran à prendre la décision de devenir un pays normal».

«Nous espérons qu’avec cette dissuasion supplémentaire, le travail que nous avons accompli dans le détroit d’Ormuz, pour garder le détroit ouvert, et maintenant les systèmes de défense aérienne et les capacités que nous allons mettre dans la région, nous allons y arriver».

Autour du globe, 23 septembre 2019

Monde

À Chypre, le projet de réouverture d'une ville fantôme entre rêve et «cauchemar»

FAMAGOUSTE — Pavlos Iacovou n’est qu’à dix petits mètres de son hôtel, inaccessible derrière des barbelés gardés par des soldats turcs. Depuis 1974, Varosha est une ville fantôme, vidée de ses habitants, mais la cité balnéaire chypriote pourrait bientôt rouvrir, sur décision d’Ankara.

Située dans la partie occupée par la Turquie, Varosha (est) a été mise sous scellés par l’armée turque, qui en garde toujours le contrôle. Initialement surnommée le «Saint-Tropez chypriote» pour son eau cristalline et ses soirées endiablées, elle tombe en ruines sous le regard désespéré de ses anciens habitants chypriotes-grecs.

«Je ne veux pas être ici, à regarder de loin mon hôtel. Je veux être sur ma terrasse, siroter une limonade et oublier ce cauchemar», soupire M. Iacovou qui, à 19 ans, a fui l’avancée de l’armée turque sans savoir qu’il ne retrouverait jamais sa maison natale.

En 1974, après un coup d’État visant à rattacher l’île à la Grèce, la Turquie envahit un tiers de Chypre, depuis divisée par une ligne de démarcation. Est ensuite instaurée une République turque de Chypre-Nord (RTCN, reconnue uniquement par Ankara), qui administre de facto le nord de l’île.

En lisière de la zone tampon, Varosha est-elle restée sous le contrôle direct de l’armée turque, qui en a interdit l’accès après l’avoir entourée de kilomètres de barbelés. En 1984, une résolution de l’ONU exige le transfert de la ville aux Nations unies et son repeuplement par ses habitants d’origine.

Symbole de la douloureuse division de l’île et du statu quo dans les pourparlers de paix, la cité balnéaire fantôme est revenue au coeur des tensions: les autorités chypriotes-turques puis Ankara ont annoncé sa prochaine réouverture, une décision perçue comme une provocation dans le sud de l’île, qui fait partie de l’Union européenne.

«Varosha sera ouverte», a promis mi-septembre le chef de la diplomatie turque Mevlut Cavusoglu, deux semaines après une visite de la ville pour des journalistes, la première depuis 1974.

Pour l’expert Ahmet Sözen, ce brusque revirement est avant tout une «mesure de représailles» sur un épineux dossier: le sentiment des Chypriotes turcs d’être «exclus» par Nicosie dans l’exploration des gisements gaziers découverts au large de l’île.

Mais si cela peut expliquer le timing de l’annonce, la raison profonde de ce projet se trouve à Strasbourg, où siège la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), dit-il.

«Prix à payer» 

Celle-ci a rendu récemment plusieurs décisions obligeant la Turquie à verser de lourdes compensations aux habitants spoliés.

«Au total, Varosha pourrait représenter plus de cinq milliards d’euros de compensations», estime Costa Apostolides, économiste chypriote. «C’est un prix trop cher à payer pour une Turquie en récession», selon lui.

Pour parer à cela, une seule solution: rendre, en théorie tout du moins, aux Chypriotes-grecs leurs propriétés.

En ouvrant Varosha et en transférant sa juridiction à une entité civile — la RTCN —, la Turquie s’ôte une épine du pied et garde dans les faits le contrôle de la ville dont elle fait «une importante carte à jouer», souligne M. Sözen.

«Depuis 45 ans, les Chypriotes-grecs exigent l’impossible: la fin de l’occupation turque sur l’île. La Turquie leur dit maintenant: “il va falloir négocier ou nous ouvrirons Varosha selon nos termes”», résume M. Sözen.

Nicosie, qui prônait soit une restitution pure et simple de Varosha, soit son administration par l’ONU, a été prise de court. Le temps presse, s’inquiète Andreas Lordos, l’un des principaux propriétaires spoliés.

«Il faut absolument que le gouvernement (chypriote-grec) ne soit plus passif et trouve un compromis. À force […], nous allons tout perdre», prévient cet architecte.

D’autant plus que le «ministre» des Affaires étrangères de la RTCN, Kudret Ozersay, potentiel candidat à l’élection présidentielle d’avril 2020, en a fait son leitmotiv.

«Si Varosha redevient une station balnéaire à la mode, elle peut être un important moteur économique, note M. Apostolides. La RTCN ne lâchera pas Varosha facilement.»

«Catastrophe»

Pendant 45 ans, Pavlos Iacovou et sa femme Toulla ont espéré que leur ville natale renaisse. Mais, alors que le rêve pourrait sembler à portée de main, ils craignent qu’il tourne au vinaigre.

«Si Varosha devient chypriote-turque, c’est la catastrophe. Quelle banque me donnera un prêt pour reconstruire mon hôtel dans une zone occupée ?», s’inquiète M. Iacovou.

Flairant le fort potentiel touristique, des étrangers l’ont déjà appelé pour racheter au rabais sa propriété, qui donne sur la plage.

À côté de son mari, Toulla observe Varosha sombrer dans la nuit sans qu’aucune lumière ne la retienne: ni lampadaire dans les rues, ni vie dans les maisons.

«Tout s’accélère», souffle Toulla. «On nous dit de vendre, de nous décider, mais j’ai besoin de temps. Je veux rentrer chez moi, toucher les murs et crier le nom de mes voisins qui ne sont jamais revenus.»

Monde

Manifestations à Hong Kong: origamis, vandalisme et balles de caoutchouc

HONG KONG — Des policiers ont tiré des balles en caoutchouc au cours d’affrontements dimanche à Hong Kong avec des manifestants pro-démocratie près d’un centre commercial qu’ils avaient investi, tandis qu’une action prévue à l’aéroport a été contrecarrée.

Dimanche, pour le seizième week-end de mobilisation, des milliers de protestataires se sont rassemblés pacifiquement dans une galerie commerçante située à Sha Tin, dans le nord de l’ancienne colonie britannique. Ils ont notamment entonné des chansons et confectionné des origamis.

«Même si nous sommes très fatigués, nous ne pouvons pas renoncer à nos droits», a expliqué à l’AFP Mme Ching, une enseignante. «Si ce (mouvement) dure 100 jours, 200 jours ou même 1000 jours et que nous n’obtenons toujours pas ce que nous voulons, nous continuerons à sortir», a-t-elle affirmé.

La situation a commencé à se tendre plus tard dans l’après-midi quand des militants masqués appartenant à des groupuscules radicaux ont brandi un drapeau chinois arraché d’un immeuble gouvernemental, avant de le jeter dans une rivière.

Des militants ont ensuite vandalisé des distributeurs de tickets dans la station de métro de Sha Tin.

Puis la police antiémeute est intervenue, en fermant les accès.

Monde

Golfe : contre les «forces étrangères», l'Iran plaide pour un projet régional de sécurité

TÉHÉRAN — L’Iran a dénoncé dimanche la présence de «forces étrangères» dans le Golfe et annoncé la présentation à l’ONU cette semaine d’un plan de coopération régionale, «endogène», sur la sécurité de ce bras de mer crucial pour l’approvisionnement mondial de pétrole.

La région vit un «moment sensible et d’une importance historique», a déclaré le président iranien Hassan Rohani à l’ouverture d’un défilé militaire à Téhéran alors que l’Iran est accusé par Washington et Ryad d’être derrière les attaques ayant visé deux installations pétrolières majeures en Arabie saoudite le 14 septembre.

L’Iran nie toute responsabilité dans ces raids menés par voie aérienne et revendiqués par des rebelles yéménites. Mais dénonçant une «escalade spectaculaire de l’agression iranienne», le ministre de la Défense américain, Mark Esper a annoncé vendredi le déploiement dans le Golfe de nouvelles forces américaines, assurant qu’elles seraient «défensives par nature».

Après avoir évoqué la possibilité d’une riposte militaire, le gouvernement du président américain Donald Trump a calmé le jeu, privilégiant la «retenue» et une «solution pacifique», et annonçant de nouvelles sanctions économiques contre Téhéran.

M. Rohani a assuré une nouvelle fois dimanche que la «résistance et l’unité» du peuple iranien viendraient à bout du «terrorisme économique» de Washington.

«Insécurité et malheur»

Dénonçant la présence de «forces étrangères» ayant «toujours apporté douleur et malheur dans la région», M. Rohani a lancé à l’intention des Américains et de leurs alliés occidentaux : «Plus vous vous tiendrez éloignés de notre région, plus celle-ci connaîtra la sécurité».

«De notre point de vue, la sécurité du golfe Persique vient de l’intérieur. La sécurité du golfe Persique est endogène, la sécurité du détroit d’Ormuz est endogène. Les forces étrangères sont source de problème et d’insécurité pour notre peuple et pour la région», a-t-il affirmé.

La République islamique marque chaque 22 septembre la journée de la Défense sacrée, qui commémore le déclenchement par Bagdad de la guerre Iran-Irak (1980-1988).

Tendant une nouvelle fois «la main de l’amitié et de la fraternité» aux autres pays riverains du Golfe et disant être prêt «à ne pas tenir compte des erreurs passées» des pays de la région avec lesquels l’Iran a des différends, M. Rohani a annoncé qu’il comptait présenter «dans les prochains jours» à l’ONU un plan de coopération régionale destiné à assurer la sécurité du Golfe, du détroit d’Ormuz et de la mer d’Oman «avec l’aide des pays de la région».

Une fois son discours terminé, M. Rohani, entouré des principaux responsables militaires du pays a salué les troupes qui ont défilé devant lui, fantassins, véhicules, blindés, tanks et missiles.

Le président iranien devrait prendre la parole au nom de l’Iran mercredi à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies à New York. Il n’a pas donné plus de détail sur son initiative de sécurité régionale dimanche.

Déploiement «modéré»

Les tensions n’ont cessé de croître entre Téhéran et Washington depuis le retrait américain unilatéral en mai 2018 de l’accord sur le nucléaire iranien conclu en 2015, suivi du rétablissement de lourdes sanctions américaines contre l’Iran.

Washington et Téhéran ont frôlé l’affrontement militaire direct en juin. M. Trump avait dit avoir annulé in extremis des frappes contre des cibles iraniennes après que la République islamique eut abattu un drone américain dans la zone du détroit d’Ormuz.

Les attaques du 14 septembre ont réduit la production de pétrole saoudienne, entraîné une flambée des prix de l’or noir et ravivé les craintes d’un conflit militaire entre les États-Unis et l’Iran.

Selon Washington, le nouveau déploiement de troupes américaines dans la région du Golfe est «une première mesure» en réponse aux attaques du 14 septembre, à la demande de l’Arabie et des Émirats arabes unis. Le nombre de troupes et l’équipement envoyés n’ont pas été décidés, mais il s’agira d’un déploiement «modéré», d’après l’état-major américain.

Samedi, le général de division Hossein Salami, chef des Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, a prévenu que tout pays qui attaquerait l’Iran verrait son territoire devenir le «principal champ de bataille».

«Nous ne permettrons jamais qu’une guerre empiète sur le territoire de l’Iran», a ajouté l’officier, parlant à l’occasion de l’inauguration d’une exposition au cours de laquelle ont été dévoilés les débris du drone américain RQ-4 Global Hawk abattu en juin ainsi qu’un autre appareil sans pilote américain (RQ-170 Sentinel) récupéré intact en 2011.

Monde

À l'aube d'une rencontre à l'ONU, l'Amazonie brûle toujours

RIO DE JANEIRO — Avec ses saisissantes images d'incendies, l'Amazonie a beaucoup fait parler d'elle le mois dernier, mais à l'heure où des dirigeants du monde entier vont se pencher sur son sort à New York, la plus grande forêt tropicale de la planète brûle toujours.

Les dernières données satellitaires de l'Institut brésilien INPE confirment qu'avec quelque 131 600 incendies depuis janvier, le Brésil, qui abrite 60 % de l'Amazonie, n'avait pas brûlé autant depuis sept ans.

Entre janvier et le 19 septembre, malgré un léger recul des incendies depuis le début de ce mois, le Brésil a enregistré une hausse de 56 % par rapport à la même période de l'année dernière du nombre de feux de forêt, dont près de la moitié (47 %) touchent l'Amazonie.

Ces incendies, très majoritairement volontaires, sont destinés à faire de la place à l'élevage bovin et aux cultures et accompagnent une déforestation galopante: en Amazonie, celle-ci a quasiment doublé depuis l'arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro en janvier, au rythme de 110 terrains de football à l'heure.

«C'est triste de voir les Brésiliens m'attaquer pour les incendies en Amazonie. Comme si ça n'avait pas toujours existé», a lancé jeudi Jair Bolsonaro sur Facebook. On «reste en dessous de la moyenne des 15 dernières années. Mais on m'accuse d'être un Néron qui met le feu partout», a dit le chef d'État d'extrême droite.

C'est sous la pression du dernier G7, en France, mené par le président Emmanuel Macron, que le chef d'État climatosceptique avait fini par envoyer l'armée en Amazonie, fin août, pour un mois, qui a été renouvelé vendredi.

Dans le cadre de cette «Opération verte», près de 7000 militaires luttent encore aujourd'hui contre les flammes, avec 16 avions, mais aussi contre «la déforestation et les extractions minières illégales», a assuré le ministère de la Défense.

«Je vais me faire taper dessus»

«Nous avons fait de nombreux survols, on n'a rien vu se passer au sol, hormis la déforestation qui progresse. C'est tragique», dit à l'AFP Marcio Astrini, un responsable de Greenpeace au Brésil.

Quant à l'aide internationale, le ministère fait état d'experts envoyés par les États unis, de matériel logistique par le Japon, de quatre aéronefs par le Chili et de pompiers israéliens déjà repartis.

Car en plein bras de fer avec Emmanuel Macron sur l'Amazonie, Jair Bolsonaro avait rejeté l'offre d'aide de 20 millions de dollars du G7, estimant que la France et l'Allemagne étaient «en train d'acheter la souveraineté» du Brésil.

Lundi à New York, M. Macron lancera lors d'une réunion en marge de l'Assemblée générale de l'ONU «un appel à la mobilisation» pour la forêt amazonienne avec notamment ses homologues chilien Sebastian Piñera et colombien Ivan Duque, et sans le Brésil.

Le ministre brésilien de l'Environnement Ricardo Salles, un climatosceptique, devrait en revanche assister lundi au sommet sur le climat de l'ONU, avant d'aller tenter en Europe de redorer le blason de son pays.

M. Bolsonaro s'exprimera mardi, lors d'un discours inaugural de l'Assemblée générale centré sur l'Amazonie et pour lequel il est attendu au tournant.

«Je prépare un discours assez objectif, contrairement à mes prédécesseurs», a-t-il annoncé sur Facebook. «Je vais me faire taper dessus, vous pouvez en être surs, les médias trouvent toujours de quoi râler».

Au sujet de ses détracteurs, il a jugé que «ce qui les intéresse, c'est de salir l'image du Brésil», car «si notre agriculture s'effondre, ce sera bien pour d'autres pays» agricoles.

«Situation d'urgence»

«Le Brésil mène une campagne pour montrer qu'il prend soin de l'Amazonie, c'est un mensonge», dit M. Astrini, de Greenpeace. Le gouvernement «veut montrer qu'il fait le maximum pour la forêt, en fait il fait le maximum pour la déforestation».

Sur le terrain, rien ne laisse entrevoir une nette baisse des incendies. L'État de Rondonia a vu en 24 heures le nombre de ses feux de forêt progresser de 1,915 % (à 242), alors que la veille il n'en restait plus que 12.

Par ailleurs, l'inquiétude prévaut dans l'immense savane du Cerrado, qui totalise plus d'un tiers des incendies du Brésil.

Et le Fonds mondial pour la nature s'est alarmé vendredi d'une «situation d'urgence dans le biome» du Pantanal, qui connait sa pire année en sept ans, avec une hausse de 351% des incendies — à 90 % criminels — depuis janvier.

Climat: les républicains américains vont-ils rejoindre le combat?

WASHINGTON — Francis Rooney a tout de la panoplie du parlementaire républicain: élu d'une circonscription conservatrice de Floride, il est opposé au financement au niveau fédéral de l'avortement et soutient le mur à la frontière avec le Mexique, promesse phare de Donald Trump.

Mais le sexagénaire fait également partie de la poignée de parlementaires de son parti à avoir reconnu la responsabilité des activités humaines dans le changement climatique et a récemment co-parrainé une proposition de taxe carbone.

Malgré un dirigeant républicain, Donald Trump, ouvertement climatosceptique et les troupes du Grand Old Party en majorité réticentes à croire à l'implication humaine dans le réchauffement, la perception de certains dans ses rangs changent, témoins de la hausse des catastrophes climatiques et de la sensibilité croissante du public à cet enjeu.

«Soixante et onze pour cent des personnes dans ma circonscription disent que le changement climatique est réel, nous avons peur de la hausse du niveau des océans et nous voulons que le gouvernement fasse quelque chose», a lancé Francis Rooney, citant un sondage récent, lors d'un évènement organisé cette semaine par l'organisme de recherche World Resources Institute.

Avec un collègue démocrate, ils ont présenté fin juillet un nouveau texte pour fixer un prix aux émissions de C02, l'une des nombreuses propositions de loi du même type en ce moment devant la Chambre des représentants.

«Républicains nerveux»

La législation n'a, pour l'instant, aucune chance d'entrer en vigueur. Il est fort peu probable de voir le texte approuvé au Sénat, à majorité républicaine et, le cas échéant, le locataire de la Maison Blanche opposerait certainement son véto.

Mais ce texte «indique que les républicains et les démocrates commencent à s'entendre sur le fait qu'un prix sur le carbone est la manière la plus efficace de réduire les émissions américaines», écrit dans un billet de blogue le Citizens Climate Lobby, un groupe environnemental.

Pour Paul Bledsoe, ancien de l'équipe du président démocrate Bill Clinton, «les républicains sont très nerveux de l'absence d'une politique sérieuse sur le changement climatique parce qu'il commence à avoir des effets énormes sur les Américains».

Francis Rooney et l'élu de Pennsylvanie Brian Fitzpatrick, qui voit aussi d'un bon oeil une taxe carbone, sont les deux parlementaires républicains les plus sensibles au défi posé par le réchauffement. Ces derniers mois, d'autres ont commencé à s'accorder sur l'impératif de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

C'est le cas de Lisa Murkowski, sénatrice de l'Alaska et du Texan John Cornyn, qui ont appelé au développement d'énergies renouvelables.

Si la majorité des membres du parti de Lincoln ne cachent pas leur scepticisme sur la science et le changement climatique, cela n'a pas toujours été ainsi.

À la fin des années 1960, quand les Américains ont pris connaissance pour la première fois du phénomène, l'environnement était une thématique embrassée par les deux partis, confie à l'AFP Karolyn Bowman, experte du think tank American Enterprise Institute.

En effet, l'Environmental Protection Agency (EPA), l'équivalent du ministère de l'Environnement, a été créé sous le président républicain Richard Nixon, en 1970.

L'imposition de taxes pour réduire les émissions de dioxyde de soufre par exemple a été employée par le président George H.W. Bush (1989-1993).

Le virage radical a été entrainé par le lobbying de groupes d'intérêts financés par les frères Koch, et par l'émergence d'un mouvement contre les taxes au Congrès républicain dans les années 1990 et au sein du Tea Party à la fin des années 2000.

La suite reste à écrire. Une victoire du milliardaire républicain en 2020 serait synonyme de mort dans l'œuf de toute loi ambitieuse sur le climat aux États-Unis, selon Paul Bledsoe, également enseignant à l'American University. Et ce, même si les plus jeunes républicains commencent à être davantage sensibles à l'enjeu.

Mais pour David Karol, professeur à l'université du Maryland, l'apparition d'un groupe au Congrès réunissant des démocrates et des républicains pour discuter des solutions pour le climat en 2016, fut un développement intéressant.

Certains militants pour l'environnement l'ont critiqué comme un moyen pour les législateurs républicains de «cocher une case et prétendre s'y soucier».

«Même si c'est vrai, le fait que des politiciens républicains aient ressenti un besoin de le faire en dit long sur le positionnement de l'opinion publique», tranche David Karol.

Monde

L'Inde offre des panneaux solaires à l'ONU

NATIONS UNIES — Après avoir banni l'usage du plastique il y a quelques mois, l'ONU se met à l'énergie «verte» avec 193 panneaux solaires installés sur un toit de son célèbre siège situé dans l'est de Manhattan, qui seront inaugurés mardi par le premier ministre indien, Narendra Modi, dont l'État en a fait cadeau.

Cette installation — un panneau solaire par État membre — intervient alors que l'Assemblée générale traditionnelle de l'Organisation au niveau des chefs d'État et de gouvernement, la semaine prochaine, est dominée cette année par la lutte contre le réchauffement climatique. Un premier forum, réunissant des centaines de jeunes venus du monde entier, s'est tenu samedi et un sommet sur le climat de dirigeants, au cours duquel de nouveaux engagements doivent être annoncés, est prévu lundi avant une multitude de discours et de réunions diplomatiques pendant une semaine.

Le «Parc solaire Gandhi», installé au 5e étage d'un bâtiment bordant l'East River, ne produira pas assez d'énergie pour couvrir toutes les dépenses énergétiques de l'immense complexe immobilier. Les panneaux produiront 86 000 kWh/an, soit l'équivalent de 30 246 kg de charbon. La réduction obtenue des émissions de gaz à effet de serre équivaudra à une plantation de 1008 arbres sur dix ans, selon des diplomates indiens.

Selon des médias indiens, l'investissement de l'Inde a couté un million de dollars et il vise à marquer le 150e anniversaire de la naissance de l'icône de l'indépendance du pays, Mahatma Gandhi, né le 2 octobre 1869.

Fin du plastique

En juin, sous l'impulsion de l'ancienne présidente de l'Assemblée générale des Nations unies, l'Équatorienne Maria Fernanda Espinosa, l'ONU avait interdit l'utilisation du plastique à usage unique dans son quartier général.

Dans les nombreuses cafétérias du siège de l'Organisation, les couverts en métal ont remplacé les ustensiles en plastique et les boissons ne sont plus vendues que dans des contenants en métal ou en carton. Des bocaux de verre, pour les salades de fruits par exemple, ont fait aussi leur apparition. Avec en contrepartie de cet élan vert, une sérieuse hausse des couts pour chaque produit.

Monde

Égypte: deuxième jour d'affrontements malgré l'interdiction de protester

LE CAIRE — Des affrontements ont éclaté dans la nuit de samedi à dimanche à Suez, en Égypte, entre la police et des manifestants qui ont bravé pour la deuxième journée consécutive l'interdiction de protester contre le pouvoir et exigé le départ du président Abdel Fattah al-Sissi.

«Il y avait environ 200 personnes» dans le centre de Suez, a raconté un manifestant de 26 ans interrogé par l'AFP sous le couvert de l'anonymat. Selon lui, les forces de sécurité «ont tiré des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc et des balles réelles. Il y a des blessés».

Une autre habitante de Suez interrogée par l'AFP a fait état d'un nuage de gaz lacrymogène si vaste qu'il atteignait son immeuble, situé à quelques kilomètres des incidents. Une source des forces de sécurité a confirmé la présence de plusieurs dizaines de manifestants, mais n'a fourni aucun détail sur la réaction des autorités.

Au Caire, les forces de l'ordre ont été déployées samedi aux abords de la place Tahrir, lieu emblématique de la révolution de 2011. La veille, plusieurs dizaines de manifestants y avaient scandé «Sissi, va-t-en» avant d'être dispersés par la police. D'autres protestataires sont descendus vendredi soir dans les rues de plusieurs villes du pays, dont Suez et Alexandrie.

Au moins 74 personnes ont été arrêtées dans la nuit de vendredi à samedi, a indiqué à l'AFP une source au sein des services de sécurité.

Des appels à manifester ont été lancés ces derniers jours sur les réseaux sociaux, émanant notamment d'un homme d'affaires en exil, Mohamed Aly, qui a appelé samedi à une «marche du million» de personnes pour le 27 septembre.

L'Égypte vit sous état d'urgence et les mouvements de contestation y sont interdits en vertu d'une loi adoptée en 2013, après la destitution du président islamiste Mohamed Morsi par l'armée, à la tête de laquelle se trouvait alors le général Sissi.

Le régime mène une répression sans merci contre l'opposition, emprisonnant des milliers d'islamistes, de militants ou encore de blogueurs.

Première depuis des années

«C'est la première fois depuis des années que les gens descendent dans la rue», a déclaré à l'AFP Nael Shama, un analyste politique au Caire, estimant que ce ne serait «pas la dernière».

«Personne n'a scandé “Du pain, de la liberté, de la justice sociale” comme en 2011», a-t-il relevé, soulignant que les manifestants avaient dès la première minute appelé au départ du président.

Contacté par l'AFP pour savoir ce que M. Sissi avait à dire sur les évènements de la nuit, son bureau n'a pas donné suite. Le président s'est envolé vendredi pour New York où il doit s'adresser à l'Assemblée générale de l'ONU la semaine prochaine.

Dans une nouvelle vidéo mise sur les réseaux sociaux, l'homme d'affaires Mohamed Aly a demandé aux Égyptiens de participer à une «marche du million» vendredi prochain sur toutes «les grandes places» du pays.

«Marche du million»

«J'étais aussi surpris que vous de voir le nombre de personnes dans les rues [...] cette révolution du peuple [...] Nous devons nous unir [...] et nous organiser pour descendre sur les grandes places. Nous avons jusqu'à vendredi pour y arriver», a-t-il lancé.

Il a par ailleurs demandé aux autorités de libérer les personnes qui avaient été arrêtées vendredi.

Exilé en Espagne, cet entrepreneur dans le secteur du bâtiment a publié plusieurs vidéos virales depuis début septembre appelant au renversement de Sissi et des militaires, qu'il accuse de corruption.

Le président Sissi avait nié en bloc ces allégations. «Ce sont des mensonges et ils ont pour but de briser la volonté des Égyptiens et de leur faire perdre tout espoir et toute confiance en eux-mêmes».

Il avait aussi mis en garde le 14 septembre, devant un congrès de jeunes, ceux qui voudraient manifester pour exprimer publiquement leur opposition au pouvoir.

Le président se targue régulièrement de diriger un pays sûr et stable, à la différence d'autres pays de la région comme la Libye voisine.

Cependant, des jihadistes sont actifs dans certaines régions du pays, comme dans la péninsule du Sinaï.

Son gouvernement a par ailleurs imposé de strictes mesures d'austérité dans le cadre d'un plan de soutien de 12 milliards de dollars accordé en 2016 par le Fonds monétaire international (FMI), et le mécontentement monte face à l'inflation.

Près d'un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté, selon des chiffres publiés fin juillet par un organisme officiel qui fixe ce seuil à un revenu annuel de 700 dollars ou moins, soit un peu moins de 2 $ par jour en moyenne.

Monde

Des jeunes dénoncent l'écoblanchiment à l'ONU

NATIONS UNIES — Pendant quelques minutes dans la salle du Conseil de tutelle des Nations unies à New York samedi, le ton est monté d'une façon très peu onusienne, quand Kathleen Ma a saisi le micro lors du Sommet des jeunes sur le climat.

«Si Microsoft s'intéresse autant au développement durable, pourquoi Microsoft s'est-il associé à Chevron et Schlumberger cette semaine?» lance la jeune new-yorkaise d'origine chinoise, 24 ans, représentante de l'ONG SustainUS, et l'une des quelque 500 jeunes invités au sommet organisé par le secrétaire général de l'ONU.

«Est-ce que les contrats avec l'industrie des énergies fossiles sont plus importants que la jeunesse? Les profits sont-ils plus importants pour vous que nous? Merci», poursuit-elle, lisant sur son téléphone portable la question qu'elle avait préparée. La salle l'applaudit et quelques voix l'ovationnent.

La question s'adresse directement à Lucas Joppa, directeur environnemental du géant informatique, invité par l'ONU dans un panel d'entreprises, à quelques mètres.

«Merci pour la question, c'est une question que tout le secteur technologique se pose», répond-il, penché sur son micro. «Microsoft y pense», dit-il seulement.

L'intervention, isolée dans une journée restée très polie, illustre l'impatience de nombreux jeunes face aux entreprises, quand bien même elles seraient, comme Microsoft, neutres en carbone et mises en valeur par l'ONU aux côtés de Nike, Salesforce et Google.

Amazon affronte les mêmes revendications de militants et salariés pour cesser de louer ses serveurs au secteur pétrolier et gazier. Est-ce irréaliste de demander à Microsoft de ne plus vendre Windows ou de services de cloud aux entreprises pétrolières?

«Ce n'est pas à moi de dire ce qui est réaliste ou pas», dit Lucas Joppa, évoquant l'échange avec la jeune femme à l'AFP. «Nous avons besoin de gens qui poussent sur ces questions. Les entreprises doivent y réfléchir, et les États doivent légiférer».

Irréaliste ou pas?

Beaucoup de jeunes s'emportent comme Kathleen contre le greenwashing, ou écoblanchiment, opéré selon eux par le secteur pétrolier, accusant l'ONU et certaines ONG d'y donner leur bénédiction. Ils dénoncent l'organisation par l'industrie cette semaine à New York d'évènements parallèles sur le climat, auxquelles des ONG ont été invitées.

Les entreprises «doivent être présentes» dans le dialogue, défend Bruno Rodriguez, 19 ans, éloquent leader des grèves de l'école en Argentine.

«Mais elles doivent prendre conscience que les discours de greenwashing n'ont plus leur place», dit-il à l'AFP, dans un anglais quasi-parfait.

Bruno Rodriguez rejoint du reste les appels à Amazon, qui vient d'annoncer un objectif de neutralité carbone d'ici 2040, et Microsoft pour qu'ils refusent les clients pétroliers.

«S'ils veulent continuer à contribuer à la crise climatique en se focalisant sur leurs bénéfices, à l'avenir cela créera de la désobéissance civile, et de grandes mobilisations devant leurs sièges», continue-t-il.

Pendant que le sommet se poursuit dans la majestueuse salle du Conseil de tutelle, Kathleen, elle, demande pourquoi refuser les clients pétroliers serait irréaliste. «Ce n'est pas réaliste pour lui car il travaille à Microsoft», dit-elle à l'AFP, souriante et le regard déterminé.

«On nous dit toujours à nous les jeunes que nous demandons des choses irréalistes».

Les politiciens dénoncés

L'obsession des délégués, dont certains avaient déjà participé à des réunions de l'ONU, était de transformer en propositions concrètes les slogans scandés dans toutes les langues les vendredis.

«On est là pour les représenter», dit le Français Sacha Ghnassia, 18 ans, en terminale à Tel Aviv, où il anime une association écologiste.

Comme beaucoup, il met tous les dirigeants passés et actuels dans le même sac. «C'est facile de dire que le problème c'est Macron, Bolsonaro ou Trump, ça fait vingt ans que tous les présidents étaient au courant et n'ont rien fait».

Maria Barcasnegras, 20 ans, étudiante colombienne qui blogue sur la pollution du fleuve de sa ville, Baranquilla, est plus virulente contre son président, Ivan Duque, qui participera lundi à une réunion spéciale Amazonie avec Emmanuel Macron.

«Il se fiche de l'Amazonie», lâche Maria, d'un ton sans appel.

«Une nouvelle ère»

«Les jeunes ne pourront pas être arrêtés», a dit la Suédoise Greta Thunberg, 16 ans, idole de ce mouvement sans chefs des «Fridays for Future».

Les plus grandes manifestations de vendredi ont été en Australie, à Berlin, Londres, New York et San Francisco, mais sur tous les continents, des lycéens et des enfants ont marché, pancartes à la main, alternant comme à chacune de ces grèves entre humour noir et colère.

Les grèves font passer le mouvement climatique dans «une nouvelle ère», a jugé l'Américaine Katie Eder en conclusion de la journée.

Les quelque 500 jeunes participants du sommet de samedi étaient des directeurs d'associations, des leaders étudiants, des journalistes citoyens ou des créateurs d'entreprises vertes. En costumes, en habits traditionnels ou en vêtements de tous les jours, ils ont toute la journée répété la même antienne à l'adresse des dirigeants mondiaux : agissez car nous sommes les plus menacés.

Monde

Casseurs et violences assombrissent la Marche pour le climat à Paris

PARIS — Environ 15 000 personnes ont marché pour le climat samedi à Paris, mais cette manifestation a été parasitée par des violences : des militants de l'ultra-gauche se sont mêlés au cortège dès son départ et des incidents ont éclaté avec les forces de l'ordre.

La journée a été tendue dans la capitale française où se déroulaient plusieurs manifestations : outre la marche pour le climat, une manifestation de «gilets jaunes» opposés à la politique sociale et fiscale du gouvernement, et un défilé contre un projet de réforme des retraites.

Vitrines cassées, banque dégradée, barricades de fortune incendiées : des violences ont éclaté dès le début de la marche pour le climat en début d'après-midi. Quelque 1000 manifestants «radicaux» y ont été signalés par la préfecture de police.

En début de soirée, 164 personnes avaient été interpelées, dont 120 ont été placées en garde à vue. Parmi elles, un capitaine de police qui n'était pas en service et a été placé en garde à vue pour outrage et rébellion.

Les organisateurs ont avancé le chiffre de 50 000 participants, ils étaient 16 000 selon la préfecture, et un peu plus de 15 000 selon le cabinet Occurrence, qui a effectué un comptage pour un groupe de médias, dont l'AFP.

Au centre des tensions dans l'après-midi, le Boulevard Saint-Michel, dans le quartier latin estudiantin où des militants radicaux de la mouvance d'ultra-gauche des «Black Blocs» et des «gilets jaunes», pour certains masqués, ont jeté des projectiles sur les forces de l'ordre avant de s'en prendre à une agence bancaire, au mobilier urbain, et d'incendier des poubelles.

Selon une journaliste de l'AFP, les forces de l'ordre ont fait usage en abondance de gaz lacrymogène et ont également tiré avec des lanceurs de balle de défense (LBD), une arme controversée responsable de nombreuses blessures au cours de précédentes manifestations des «gilets jaunes».

L'ONG Greenpeace a alors appelé sur Twitter à quitter la marche, soulignant que les conditions d'une marche non-violente n'étaient «pas réunies». D'autres ONG organisatrices de cette marche, qui avait lieu au lendemain d'une "grève mondiale pour le climat" n'ayant réuni que 10 000 personnes dans la capitale française, ont cependant appelé à poursuivre la manifestation.

Monde

Biden accuse Trump d'avoir voulu enquêter sur son fils

WASHINGTON — Les deux possibles futurs rivaux à l'élection présidentielle américaine de 2020 ont repris les hostilités samedi sur une ténébreuse affaire dévoilée par un mystérieux lanceur d'alerte sur les relations des deux hommes avec l'Ukraine.

Le président républicain Donald Trump est au coeur d'une nouvelle polémique, des médias américains l'accusant d'avoir encouragé le président ukrainien Volodymyr Zelensky à enquêter sur le fils de Joe Biden, le favori démocrate pour la présidentielle américaine. Ces accusations sont issues de révélations d'un lanceur d'alerte membre des services de renseignement américains.

«Tout ceci apparait comme un énorme abus de pouvoir», a déclaré à la presse M. Biden, qui faisait campagne à Des Moines, dans l'Iowa.

«Je sais à qui j'ai affaire», a-t-il assuré, paraissant avoir du mal à contenir sa colère. «Il abuse de son pouvoir tant qu'il peut et dès qu'il sent son pouvoir menacé, il ne recule devant rien».

«Mais là, il dépasse les bornes», a conclu l'ancien vice-président américain, qui avait qualifié la veille les faits présumés de «corruption patente» et exigé «au minimum» que Donald Trump «publie immédiatement la retranscription de l'appel en question, afin que le peuple américain puisse juger par lui-même».

De son côté, M. Trump a accusé dans une série de tweets son rival démocrate d'avoir exigé, quand il était vice-président, le renvoi d'un procureur ukrainien «qui enquêtait sur les activités de son fils».

Hunter Biden, le deuxième fils de l'ancien sénateur, a travaillé pour un groupe gazier ukrainien à partir de 2014, lorsque son père était vice-président de Barack Obama.

«Je n'ai jamais parlé avec mon fils de ses activités professionnelles à l'étranger», a assuré samedi M. Biden, questionné sur les accusations de Donald Trump. «Tout le monde a enquêté sur cette affaire et tout le monde dit qu'il n'y a rien dans cette histoire».

Donald Trump a publié samedi sur Twitter un montage vidéo des reportages sur cette affaire lorsqu'elle avait été évoquée dans les médias en 2015. On y voit Joe Biden confirmer être intervenu pour demander le renvoi de ce procureur, mais assurant que cela n'avait rien à voir avec son fils.

Accusant les médias et les démocrates de chercher à éviter de parler de cette affaire, le milliardaire américain affirme qu'ils «ont donc fabriqué de toutes pièces une histoire sur moi et une conversation de routine parfaitement normale avec le président ukrainien».

Monde

Hong Kong: brefs affrontements pour le seizième week-end de manifestations

HONG KONG — La police et des manifestants pro-démocratie se sont brièvement affrontés samedi à Hong Kong, près de la frontière chinoise, alors qu'appels à manifestations et à la grève se multiplient sur internet avant deux anniversaires-clés, dont celui de la création de la République de Chine.

La police a eu recours au gaz lacrymogène et aux canons à eau contre des groupuscules radicaux qui ont érigé des barricades et jeté des pierres et des cocktails Molotov, dans la ville de Tuen Mun, située dans le nord-ouest de Hong Kong.

De nombreux manifestants ont été interpelés, mais les affrontements ont été moins intenses que les précédents weekends.

Le territoire semi-autonome traverse depuis juin sa plus grave crise politique depuis sa rétrocession à la Chine en 1997, avec des actions et des manifestations quasi quotidiennes pour demander des réformes démocratiques ou dénoncer une riposte policière jugée brutale.

Scénario classique

La journée avait débuté par un rassemblement pacifique à Tuen Mun, située non loin de la Chine continentale, avant de dégénérer, selon un scénario désormais classique.

Une poignée de militants radicaux ont arraché un drapeau chinois qui flottait devant un bureau du gouvernement local, avant de le bruler. La police s'est alors aussitôt rendue dans un parc de la ville où des manifestants étaient rassemblés afin de procéder à une série d'interpellations.

Des centaines de contestataires ont dressé des barricades et démantelé des barrières de sécurité. Ils ont également jeté des objets sur les voies ferrées avoisinantes.

Les affrontements ont tourné court dès que la police a tiré du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc, provoquant la fuite des manifestants.

Samedi en début de soirée, des militants continuaient cependant à jouer avec les policiers au jeu du chat et de la souris dans les rues.

Calvin Tan, un militant pro-démocratie de 22 ans, expliquait samedi en début d'après-midi que les manifestants étaient préparés à "se battre sur le long terme".

Recours excessif à la force ?

«Chaque petite manifestation compte, même si cela ne semble pas beaucoup aider, c'est comme chaque petit pas dans un marathon», a-t-il déclaré à l'AFP.

Des projets de manifestations ou de grèves pour les semaines à venir pullulent en ligne à l'approche du 28 septembre, la date anniversaire du début du «Mouvement des parapluies» de 2014, et du 1er octobre, quand sera marqué le 70e anniversaire de la fondation de la République de la Chine.

Amnistie Internationale a accusé vendredi la police hongkongaise d'un recours excessif à la force contre les manifestants pro-démocratie, dénonçant des «tactiques insensées et illégales» et allant jusqu'à parler de cas de «tortures».

L'association demande la création d'une commission d'enquête indépendante sur le comportement de la police, ce qui est aussi une demande-clé des manifestants. L'exécutif hongkongais s'y est cependant toujours refusé.

De son côté, la police hongkongaise a balayé les conclusions d'Amnesty, rejetant les accusations d'usage excessif de la force.

À l'occasion d'une rencontre avec des journalistes étrangers vendredi, un haut responsable policier a fait part de ses craintes concernant l'évolution de la situation.

«Nos agents sont inquiets [...], la violence a atteint un tel niveau qu'ils craignent d'avoir à tuer quelqu'un ou d'être eux-mêmes tués», a-t-il souligné, sous le couvert de l'anonymat.

Monde

Iran: des renforts américains dans le Golfe

WASHINGTON — Les États-Unis ont annoncé vendredi l’envoi de renforts militaires dans la région du Golfe après les attaques en Arabie Saoudite attribuées à l’Iran et renforcé les sanctions contre la Banque centrale iranienne, présentées par Donald Trump comme «les plus sévères jamais imposées à un pays».

À la demande de l’Arabie Saoudite et des Émirats arabes unis, le président a approuvé le déploiement de forces américaines, qui seront défensives par nature, et principalement axées sur les forces aériennes et la défense antimissile, a annoncé le ministre américain de la Défense Mark Esper.

Rappelant la destruction en juin d’un drone américain par les forces iraniennes, après la saisie par l’Iran d’un pétrolier britannique, M. Esper a estimé que les attaques du 14 septembre contre deux installations pétrolières en Arabie Saoudite représentaient «une escalade spectaculaire de l’agression iranienne».

«C’est une première mesure que nous prenons en réponse à ces attaques», a ajouté M. Esper au cours d’une conférence de presse. «Nous pensons que ce sera suffisant, mais cela ne veut pas dire qu’il ne puisse pas y avoir de déploiement supplémentaire selon la situation».

Le nombre exact des troupes et le type d’équipement envoyés en renfort n’ont pas encore été décidés, mais il s’agira d’un déploiement «modéré», qui ne se comptera pas en milliers, a précisé le chef d’état-major américain, le général Joe Dunford.

Le milliardaire républicain avait annoncé plus tôt de nouvelles sanctions contre la banque nationale d’Iran. «Ce sont des sanctions au plus haut niveau», avait-il précisé dans le Bureau ovale.

À ses côtés, le secrétaire au Trésor Steven Mnuchin a expliqué qu’il s’agissait de cibler «la dernière source de revenus de la Banque centrale d’Iran», déjà sur la liste noire américaine, mais aussi le Fonds national de développement, «c’est-à-dire leur fonds souverain qui sera ainsi coupé» du système bancaire américain.

«Cela signifie qu’il n’y aura plus d’argent qui ira aux Gardiens de la révolution», l’armée d’élite du pouvoir iranien, «pour financer le terrorisme», a-t-il assuré.

Pour le gouverneur de la Banque centrale iranienne, Abdolnasser Hemmati, ces nouvelles mesures punitives «montrent à quel point» les Américains «n’arrivent pas à trouver de levier contre l’Iran».

Des pans entiers de l’économie iranienne, de son système financier aux exportations de pétrole soumises à un strict embargo, sont sous le coup des sanctions des États-Unis.

Mike Pompeo a réaffirmé dans un communiqué que «toutes les preuves désignaient l’Iran, et uniquement l’Iran» comme responsable des attaques en Arabie Saoudite, une «agression sophistiquée dans sa conception et effrontée dans son exécution».

Les rebelles Houthis du Yémen, qui avaient revendiqué cette offensive ont annoncé envisager l'arrêt de toutes les attaques contre l'Arabie saoudite dans le cadre d'une initiative de paix destinée à mettre fin à un conflit de cinq ans.

«Solution de facilité»

Dans ses prises de parole publiques, parfois contradictoires, Donald Trump s’était montré de moins en moins enclin à des représailles militaires contre l’Iran.

«Il n’y a jamais eu de pays plus préparé» que les États-Unis à mener des frappes militaires, a-t-il prévenu. «Ce serait la solution de facilité pour moi», «frapper 15 sites majeurs en Iran», «cela ne prendrait qu’une minute» et «ce serait une très mauvaise journée pour l’Iran».

«Mais ce n’est pas ce que je privilégie, si possible», a-t-il enchaîné.

Plusieurs «faucons» républicains l’incitent à faire payer Téhéran avec des frappes sur ses installations pétrolières ou militaires, estimant qu’il ferait preuve de faiblesse s’il n’apportait pas une telle réponse.

Monde

«Des millions» de jeunes à travers le monde manifestent pour le climat

NEW YORK — Ils réclament des actes : du Pacifique à l’Amérique, de l’Arctique à l’Afrique, en passant par Berlin, Paris ou Londres, des foules immenses de jeunes manifestaient vendredi pour la «grève du climat», inspirée par la jeune Suédoise Greta Thunberg, qui a émis l’espoir que la société soit arrivée à «un tournant».

S’il n’y a encore aucun chiffre officiel sur le nombre des participants à ces manifestations, Greta Thunberg, 16 ans, qui a initié ce mouvement de grèves du vendredi à l’été 2018, en manifestant seule devant le Parlement suédois, s’est réjouie depuis New York qu’ils soient «des millions».

«J’espère que cela marquera un tournant pour la société, en montrant combien de personnes s’investissent là-dedans, combien de personnes mettent la pression sur les dirigeants, surtout avant le sommet de l’ONU sur le climat» lundi prochain à New York, a-t-elle déclaré dans un entretien à l’AFP, avant de rejoindre le défilé new-yorkais.

Dans plus de 130 pays, les jeunes boycottaient les salles de classe armés de pancartes avec la même intention : faire pression sur leurs aînés, afin qu’ils prennent des mesures drastiques pour enrayer l’envol des températures provoqué par les activités humaines.

Après l’Asie et l’Europe, c’était au tour des jeunes Américains, New-Yorkais en tête, d’afficher leur soutien à la cause climatique, avec des milliers de manifestants rassemblés près de la mairie de Manhattan dès la mi-journée.

«Il y a presque 400 personnes de notre école qui sont venues manifester», a indiqué Bernie Waldman, 14 ans, arrivé tôt à la manifestation. «Nous sommes juste ici pour que les politiques s’engagent sur ce problème. On ne peut plus continuer comme ça. Nous sommes arrivés au bout de notre planète».

«Quand Greta a commencé, elle était seule, si courageuse, et regardez où elle est arrivée, tous ces gens du monde entier qui manifestent! Cela montre vraiment qu’on peut faire une différence», s’enthousiasmait Ella Backman, 12 ans, qui défilait avec des amies pour la première fois de sa vie, sous un beau soleil.

Ces slogans new-yorkais faisaient écho à ceux entendus des heures plus tôt à l’autre bout du monde.

«Nous ne coulons pas, nous nous battons!» avaient lancé des élèves d’atolls du Pacifique — Vanuatu, Salomon, Kiribati, dont l’existence même est menacée par la montée des eaux — en lançant cette journée de protestation.

Depuis l’Australie, où ils étaient plus de 300 000, à Séoul, Manille, Bali, Jakarta, Tokyo, Bombay ou Bangkok, toute l’Asie-Pacifique s’était mobilisée ce «Friday for Future» planétaire.

«Nous sommes l’avenir et nous méritons mieux», a déclaré à Bang­kok Lilly Satidtanasarn, 12 ans, surnommée la Greta Thunberg de Thaïlande pour son combat contre le plastique. Les adultes «ne font que parler, mais ils ne font rien. Nous ne voulons pas d’excuses».

La multiplication des phénomènes extrêmes liés au réchauffement renforce le sentiment d’urgence. «Je suis sûr que les dinosaures pensaient aussi qu’ils avaient le temps», proclamait une pancarte à Islamabad.

L’Afrique, souvent restée à l’écart du mouvement, était aussi au rendez-vous. À Kampala, la capitale de l’Ouganda qui borde le lac Victoria, le plus grand d’Afrique, durement touché par les effets du changement climatique, plusieurs centaines de jeunes ont défilé, comme Cissy Mukasa, 12 ans, dont la pancarte accuse : «Combien de personnes doivent mourir avant que vous n’agissiez?»

Nouvelle mobilisation le 27 septembre

Cette journée de mobilisation marque le coup d’envoi de deux semaines d’actions pour le climat à New York, avec notamment samedi le premier sommet de la jeunesse sur le climat organisé par l’ONU.

Outre Greta Thunberg, 500 jeunes Sud-Américains, Européens, Asiatiques et Africains y sont attendus.

Suivra ensuite lundi un sommet de l’ONU réunissant des dirigeants du monde entier sur le climat, dont Emmanuel Macron et Angela Merkel.

À quelques exceptions notables, comme le président américain Donald Trump et son homologue brésilien Jair Bolsonaro, nombre de dirigeants internationaux souscrivent à l’idée d’une urgence climatique. Mais ils sont attendus sur les détails concrets de leurs plans.

Pour avoir une chance de stopper le réchauffement du globe à + 1,5 °C (par rapport au XIXe siècle), il faudrait que le monde soit neutre en carbone en 2050, selon le dernier consensus de scientifiques mandatés par l’ONU.

Une autre journée de mobilisation est prévue le vendredi 27 septembre, pendant l’Assemblée générale de l’ONU. Greta Thunberg, qui y participera depuis Montréal, espère qu’elle sera aussi importante que celle de ce vendredi.

Autour du globe, 21 septembre 2019

Monde

Voyage en «Terre sainte» de Corée du Nord

MOUNT PAEKTU — Le récit officiel raconte que c’est là, sur cette montagne sacrée, dans l’inconfort d’une cabane rustique, qu’est né le père et prédécesseur du leader nord-coréen Kim Jong Un. La guide, enthousiaste, poursuit: «Bienvenue sur la Terre sainte de notre révolution».

Le régime nord-coréen est résolument athée, avec sa propre idéologie, le Juche, qui proclame que «l’homme est maître de toutes choses». Pourtant, les métaphores quasi religieuses pullulent sur le Mont Paektu, volcan endormi à la frontière entre la Corée du Nord et la Chine.

La montagne est considérée comme le berceau du peuple coréen. Et à en croire l’histoire officielle nord-coréenne, c’est là que Kim Jong Il, fils et successeur du fondateur du régime Kim Il Sung, a vu le jour dans un camp secret de la guérilla que son père commandait contre l’occupant japonais.

Ce lieu de pèlerinage voit chaque année défiler des dizaines de milliers de Nord-Coréens élevés dans le culte de leurs leaders.

Kim Jong Il «naquit dans des conditions difficiles», explique la guide Kim Un Sim. «Pas dans une maison luxueuse, mais dans une cabane faite de rondins de bois», alors que le mercure pouvait tomber à -40 C. Sa mère Kim Jong Suk, qui appartient aussi au panthéon révolutionnaire nord-coréen, ne pouvait manger que de la soupe d’herbes séchées et de maïs, poursuit la guide.

La Nativité

«Les combattants de la guérilla pleuraient de pitié en voyant que notre général, qui n’avait que quelques mois, avait si peu à manger et lui rapportaient nourriture et lait de chèvre.»

Avec l’étoile qui brilla, les présents de personnes bien intentionnées pour un enfant au destin hors norme, le récit évoque la Nativité.

Selon la guide, ce camp secret fut à partir de 1936 la base où Kim Il Sung a organisé la résistance qui «réalisa finalement la libération historique du pays».

Jamais elle ne mentionne le rôle des bombardements atomiques américains de Hiroshima et Nagasaki dans la capitulation de Tokyo et la fin, en 1945, des 35 années de l’occupation japonaise.

Le Parti des travailleurs de Corée et la dynastie des Kim fondent leur légitimité à la tête du régime dans le rôle décisif de M. Kim lors de la lutte pour l’indépendance.

Le Mont Paektu est également le lieu de naissance légendaire du roi Tangun, petit-fils du Ciel et fondateur du premier royaume coréen.

Situer sur cette montagne la naissance de Kim Jong Il vient ancrer la dynastie des Kim dans cette tradition sacrée. Et pour le régime, Kim Jong Un, l’actuel leader, appartient par filiation à la «lignée Paektu».

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Monde

La fièvre du bingo à Glasgow

GLASGOW — Depuis 25 ans, Margaret Fischer passe la plupart de ses soirées là, sur le même siège du même club de bingo de Glasgow, en Écosse. «Je ne suis pas une joueuse invétérée», dit-elle, «mais j’adore le bingo, son atmosphère et la montée d’adrénaline» qui l’accompagne.

«Tous mes amis jouent depuis toujours. Je n’ai jamais parlé à quelqu’un qui n’avait pas mis les pieds dans une salle de bingo», confie-t-elle.

«On rencontre ses amis, on prend du bon temps, ça vous sort», explique cette femme solide aux cheveux courts auburn après avoir pris un ticket d’entrée à cinq livres (8,30 $CAN) pour 18 parties et pris place à côté de son amie Tina.

Margaret Fischer raconte avoir un jour gagné 2000 livres (environ 3300 $CAN), une belle performance. Les joueurs peuvent habituellement espérer remporter plutôt jusqu’à 1460 $CAN de gains un samedi soir et la moitié un soir de semaine.

Contrairement à la plupart des jeux de hasard, le bingo séduit davantage de femmes que d’hommes. Selon Miles Baron, qui dirige l’Association nationale du bingo, les acteurs du secteur estiment que ce jeu attire environ 80 % de femmes et 20 % d’hommes, issus majoritairement de milieux modestes.

À Glasgow — la capitale britannique de ce jeu — comme ailleurs dans le royaume, cette distraction est ancrée dans la culture ouvrière et passe d’une génération à l’autre.

«Ma mère venait avec sa mamie et dès que j’ai eu l’âge, elle m’a dit: “Viens au bingo!”», explique Nicole Croly, 22 ans, dans le gigantesque club. «Je n’ai jamais décroché depuis.»

Ce jeu aurait été inventé en Italie au XVIe siècle avant de se répandre progressivement en Europe. En Grande-Bretagne, il a connu son âge d’or dans les années 60 et l’engouement subsiste depuis lors à Glasgow comme nulle part ailleurs.

La plus grande ville d’Écosse et sa banlieue comptent encore au moins 14 clubs, un chiffre record, selon l’Association nationale du bingo. Il y en avait au bas mot le double dans les années 80, précise M. Baron.

«On se plaît à dire que les Italiens l’ont inventé, mais il est à nous», s’amuse Paul McGlinchey, responsable d’un club de 1500 places — le plus grand du pays — exploité par l’enseigne de jeu Mecca.

Quelque 500 joueurs, surtout des dames âgées, s’attablent rang après rang en prenant place sur des sièges aux couleurs vives.

La population locale autour du bingo, plus sédentaire à Glasgow que dans d’autres endroits du Royaume-Uni, fait que le bingo reste «dans l’ADN» de la ville, selon M. McGlinchey.

Au petits soins, le gérant à la joie communicative sait tout de ses ouailles, de l’opération de la hanche à l’anniversaire de mariage. «Ça fait partie de mon job! [...] C’est un soap opera tous les jours ici, on entend de ces choses!», s’amuse-t-il.

En plus du bingo à l’ancienne, où l’on observe un silence absolu quand les numéros sont tirés au sort, la chaîne Mecca propose des salles où l’on peut papoter en jouant.

Elle a aussi adopté des tablettes numériques, au lieu des traditionnelles grilles cartonnées, et passe de la musique pop pour séduire une clientèle plus jeune.

À l’autre bout de la ville, dans un entrepôt reconverti sur les rives du fleuve Clyde — autrefois réputée pour ses chantiers navals —, un bingo nouvelle formule s’est débarrassé de tous les codes habituels, adoptant plutôt ceux d’une boîte de nuit.

Au Bongo’s Bingo, c’est musique, alcool et hôtesses pour attirer ceux qui ne passent pas leurs vendredis soir à jouer.

«Je vais me prendre une cuite et essayer de gagner de l’argent!», anticipe Steven Ward, 26 ans, venu avec une bande d’amis.

Lancé à Liverpool en 2015 avant d’essaimer dans d’autres villes britanniques comme à l’étranger, cette nouvelle formule est particulièrement populaire à Glasgow, où elle draine 700 clients chaque semaine.

Rich Kelly, 33 ans, ancien prof de théâtre de Birmingham et DJ itinérant, s’y produisait et y appelait les numéros récemment. Flanqué de deux gaillards sommairement déguisés en filles, il distribuait les prix — de l’argent ou de l’alcool — alors que la foule dansait au son de tubes pop.

«On fait des bingos dans tout le pays, mais on a toujours hâte de venir à Glasgow», témoigne-t-il. «On sait que les gens vont être à fond».

Monde

France : forte mobilisation policière pour les manifestations de «gilets jaunes» samedi

PARIS — Les autorités françaises ont annoncé le déploiement d’un dispositif sécuritaire conséquent samedi à Paris, à l’occasion d’une nouvelle mobilisation des «gilets jaunes», qui coïncide avec les Journées du patrimoine et la marche pour le climat.

Le ministère de l’Intérieur et la préfecture de police craignent un retour des violences dans les rues de la capitale, épargnées par les débordements depuis le 16 mars, et le saccage de magasins sur la prestigieuse avenue des Champs-Élysées.

Le président français Emmanuel Macron a d’ailleurs lancé un appel au calme vendredi : «C’est bien que les gens s’expriment […] il faut que cela puisse se faire dans le calme».

«J’appelle chacun à ce que cela puisse se faire en bonne intelligence, en concorde et dans le calme pour que nos plus jeunes et nos moins jeunes puissent visiter les bâtiments, en profiter», a-t-il poursuivi en marge d’une visite de la maison de la peintre Rosa Bonheur en région parisienne, à l’occasion des Journées du patrimoine.

Le préfet de police, Didier Lallement, a annoncé vendredi que 7500 membres des forces de l’ordre seraient déployés samedi à Paris, avec des canons à eau et des véhicules blindés de la gendarmerie.

Face à des gens qui «manifestement veulent prendre des revanches» et annoncent qu’ils ne «lâcheront rien», «je réponds “nous serons là”», a prévenu le préfet, au cours d’un point de presse.

«Nous serons en nombre suffisant […] et très en capacité d’arrêter des initiatives à visées destructrices», a-t-il promis.

Le mouvement inédit des «gilets jaunes», qui protestent depuis des mois contre la politique sociale et fiscale du gouvernement, a fait descendre dans la rue des centaines de milliers de Français depuis mi-novembre 2018.

Les manifestations, qui ont parfois dégénéré en violents affrontements et en scènes d’émeutes, ont ranimé les polémiques sur le maintien de l’ordre, alimentées par les images de manifestants blessés - près de 2500, parfois grièvement (24 éborgnés et cinq ayant eu la main arrachée selon le journaliste indépendant David Dufresne, un spécialiste de la question).

De son côté, le ministère de l’Intérieur évoque quelque 1800 blessés au sein des forces de l’ordre.

Si depuis le printemps, les cortèges se sont dépeuplés, les appels se multiplient sur les réseaux sociaux à «marcher contre le système» à Paris.

Les «gilets jaunes» espèrent un nouveau souffle, au nom de la «convergence des luttes». Pour Jérôme Rodrigues, une des figures du mouvement, blessé à l’oeil en janvier, «ce sera une manifestation révélatrice, car beaucoup de gens vont monter à Paris».

Plusieurs institutions et musées ont renoncé à ouvrir samedi à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, comme les musées du Petit Palais et du Grand Palais.

L’Arc de Triomphe, endommagé au cours d’une précédente mobilisation en décembre 2018, sera inaccessible. Ce sera aussi le cas de l’Hôtel Rothalin-Charolais, le siège du ministère chargé des Relations avec le Parlement, dont la porte avait été défoncée en janvier par des manifestants.

Élections 2019

«Blackface»: «J'aurais dû mieux savoir», déclare Justin Trudeau

OTTAWA — Justin Trudeau dit que c’est sa vie passée de «privilégié» qui l’a empêché de voir à quel point arborer un «blackface» était offensant. Le chef libéral affirme aussi que ses contacts avec la communauté multiethnique de son comté de Papineau ont influencé son éducation depuis sa jeunesse dorée.

«Je n’en ai jamais parlé publiquement parce que je suis profondément gêné de ce comportement. Ça ne représente pas la personne que je suis, la personne et le politicien que je suis devenu. J’aurais dû mieux savoir», a déclaré un Justin Trudeau contrit, debout dans un square à Winnipeg, jeudi après-midi.

Trois épisodes passés d’images embarrassantes ont surgi depuis mercredi. Le magazine américain Time a d’abord publié une photo d’un album d’une école de Vancouver où Justin Trudeau a travaillé comme enseignant.

On y voit M. Trudeau le visage couvert de maquillage qualifié de brownface par Time.

Très vite, mercredi soir, le chef libéral s’est excusé pour cet épisode où, en 2001, il s’était déguisé pour une soirée costumée au thème des «Mille et une nuits».

Il a alors admis qu’il y avait eu un autre moment où il s’était peint le visage en noir. C’était au Collège Brébeuf, lors d’un spectacle, le temps de chanter un succès de Harry Belafonte.

Puis, jeudi matin, une courte vidéo a été diffusée par le réseau de télévision Global qui l’avait obtenue du Parti conservateur. Sur la vidéo qui n’offre que des images, pas de son, on voit un jeune Trudeau qui lève les bras et ouvre la bouche.

À Winnipeg, M. Trudeau a révélé que cette autre occasion où il a cru bon se peindre le visage et les bras en noir remonte au début des années 1990 alors qu’il était guide de rivière.

Pendant plus de 30 minutes, M. Trudeau a répondu aux questions des journalistes sur cette affaire embarrassante qui s’est retrouvée à la une de plusieurs médias dans le monde.

Il a repris un journaliste qui lui parlait de «maquillage», affirmant qu’il fallait nommer les choses telles qu’elles sont et que ce qu’il a fait était arborer un blackface, geste inexcusable pour lequel il a demandé pardon.

«Je dois reconnaître que j’étais aveugle moi-même à la douleur que j’ai pu causer à ce moment-là et que je cause maintenant à des gens qui comptent sur moi pour les défendre», a également admis M. Trudeau, qui assure qu’il ne se souvient pas de tous les épisodes où il a pu se peindre le visage en noir et ne peut donc pas assurer que tous ses squelettes sont sortis du placard.

À l’origine, le blackface était une façon de dénigrer les Noirs américains sur scène. Ces dernières années, tout déguisement semblable est devenu associé à du racisme.

Monde

Twitter supprime de milliers de comptes liés à des puissances étrangères

WASHINGTON — Twitter a annoncé vendredi avoir supprimé plusieurs milliers de comptes liés à des États étrangers et accusés de répandre de fausses informations sur le réseau social.

«En accord avec notre politique concernant la manipulation sur notre plateforme, nous avons suspendu de façon permanente tous ces comptes», a annoncé Twitter.

Le réseau social a précisé avoir supprimé 267 comptes émiratis et égyptiens, 4258 comptes émiratis, 259 comptes espagnols liés au Parti Populaire (conservateur), 1019 comptes équatoriens et six comptes saoudiens, en plus des 200 000 comptes chinois dont le réseau social avait déjà annoncé la suspension en août.

Les 267 comptes émiratis et égyptiens étaient impliqués «dans une opération de désinformation visant notamment le Qatar et d’autres pays comme l’Iran». Ces comptes, qui avaient été «créés et gérés» par Dot Dev, une entreprise technologique basée dans ces deux pays, «amplifiaient des messages de soutien au gouvernement saoudien».

Twitter a également suspendu 4258 comptes fictifs venus des Émirats arabes unis qui propageaient de fausses informations sur la guerre au Yémen, dans laquelle intervient Ryad depuis 2015 à la tête d’une coalition en soutien au pouvoir, contre les rebelles soutenus par Téhéran.

Six comptes liés aux médias d’État saoudiens ont également été désactivés pour «leurs efforts coordonnés visant à amplifier des messages avantageux pour le gouvernement saoudien».

Selon Twitter, les comptes se présentaient comme «des organes journalistiques indépendants tout en publiant des propos favorables au gouvernement saoudien».

En outre, le compte de Saud al-Qahtani, ancien conseiller de Mohammed Ben Salmane à la Cour royale déjà interdit de territoire aux États-Unis, a été suspendu.

Concernant l’Espagne, les 259 faux comptes gérés par le Parti Populaire «spammaient ou retweetaient pour augmenter la mobilisation».

Les 1019 comptes équatoriens étaient liés à l’Alianza País, coalition politique au pouvoir. Ils «se concentraient sur des problèmes liés aux lois équatoriennes sur la liberté d’expression, la censure gouvernementale et la technologie».

Monde

Un ancien investisseur de Facebook alerte sur le «côté sombre» du réseau social

PARIS — L’investisseur américain Roger McNamee, ancien mentor et soutien financier du fondateur de Facebook Mark Zuckerberg, met en garde contre le «côté sombre» du réseau social, déclare-t-il dans un entretien accordé à l’AFP.

Selon Roger McNamee, qui publie cette semaine «Facebook, la catastrophe annoncée» en français aux éditions Quanto, le groupe ne s’attaque «pas assez» franchement à la désinformation ou aux discours de haine sur tous ses réseaux sociaux.

Q : Comment votre perception de Facebook a-t-elle évolué depuis votre rencontre avec Mark Zuckerberg en 2006 ?

R : Il m’a fallu beaucoup de temps pour réaliser que ce jeune homme très idéaliste, très optimiste avait aussi un côté sombre et que cela finalement contribuerait à un succès phénoménal mais que cela aurait des conséquences importantes en termes de santé publique, de démocratie, de respect de la vie privée et de la concurrence. [...] Il y avait des signes que des choses n’allaient pas dans Facebook dès 2007-2008, mais à chaque fois, la société semblait en tirer une leçon et aller de l’avant. [...] En janvier 2016, durant la primaire démocrate, j’ai observé des comportements qui semblaient peu authentiques au sein de groupes Facebook. Il s’agissait de discours haineux, notamment dans des groupes se faisant passer pour des soutiens de Bernie Sanders. [...] Puis en juin 2016, le Brexit. Pour la première fois, j’ai réalisé que les outils publicitaires, qui rendent Facebook si précieux pour les entreprises, pouvaient servir dans une élection et en déformer le résultat d’une manière qui fragilise la démocratie. Cette fois, cela m’a vraiment inquiété.

Q : Les appels à démanteler Facebook se sont multipliés et des procédures sont désormais lancées aux États-Unis. Peuvent-elles aboutir ?

R: Je n’ai pas la réponse. Il y a trois ans, je n’aurais pas imaginé que nous en serions là, que des pays réfléchiraient sérieusement à une intervention antitrust (visant à limiter la concentration économique, ndlr). Mais selon moi, l’antitrust dépasse le seul démantèlement des entreprises. [...] Nous devons également reconnaître que le business model de ces compagnies est un danger pour la démocratie, la santé publique et la vie privée, parce que nos données personnelles sont traitées comme un bien. Ces sociétés disent “si nous nous emparons de ces données ou les achetons, et bien nous les possédons”. Moi je dis que les données personnelles sont un droit civique. C’est un droit de l’homme.

Q : Facebook souhaite lancer sa cryptomonnaie, la Libra. À quoi peut-elle lui servir ?

R : L’argument qu’ils mettent en avant, c’est que dans les pays en développement, en Inde, en Afrique, dans des endroits où il n’y a pas de banques, cette monnaie qui s’échange par téléphone peut permettre des activités bancaires. Et cela peut effectivement être le cas. Mais ce qu’ils ne disent pas, c’est que du jour au lendemain, les marchés financiers peuvent passer à une monnaie comme la Libra, car c’est une manière de contourner les impôts, les contrôles et la capacité des gouvernements à maintenir des marchés financiers en ordre.

Q : Mark Zuckerberg a également annoncé travailler au chiffrement des conversations, collaborer avec la police sur les vidéos de fusillades en direct, avec des médias contre la désinformation

R : Je reconnais au moins un mérite à Facebook: ils essaient de faire changer les choses. Pas assez à mon avis, mais c’est bien mieux que Google. Après, honnêtement, je pense que Facebook ne fait vraiment quelque chose que sur son produit phare (l’application Facebook elle-même, ndlr). Instagram (qui appartient à Facebook, ndlr) par exemple est très vulnérable aux ingérences électorales. Mais il y a toutes sortes de choses illégales qui y circulent, que ce soit en rapport avec la drogue ou de la propagande terroriste.

Monde

Amnesty fustige l'usage excessif de la force par la police hongkongaise

HONG KONG — Amnesty International a accusé vendredi la police hongkongaise d’un recours excessif à la force contre les manifestants pro-démocratie, dénonçant des «tactiques insensées et illégales» et allant jusqu’à parler de cas de «torture».

Dans un rapport se fondant sur des entretiens avec une vingtaine de manifestants, dont certains furent hospitalisés après leur arrestation, l’organisation de défense des droits de l’Homme affirme que les policiers de l’ex-colonie britannique dépassent régulièrement les niveaux de force tolérés par les législations locales ou les normes internationales.

«Dans une apparente soif de représailles, les forces de sécurité hongkongaises montrent une tendance inquiétante à l’utilisation de tactiques insensées et illégales contre la population pendant les manifestations», a déclaré Nicholas Bequelin, directeur d’Amnesty pour l’Asie orientale.

«Elles incluent les arrestations arbitraires et les violences de rétorsion contre les personnes en détention, dont certaines relèvent de la torture».

L’association demande la création d’une commission d’enquête indépendante sur le comportement de la police, ce qui est aussi une demande clé des manifestants. L’exécutif hongkongais s’y est cependant toujours refusé.

De son côté, la police hongkongaise a balayé les conclusions d’Amnesty et rejeté les accusations selon lesquelles elle ferait un usage excessif de la force.

Dans un communiqué, elle affirme vendredi que ses agents «font toujours preuve d’un haut niveau de retenue dans l’usage de la force».

La police se refuse en outre à réagir à des accusations spécifiques contenues dans le rapport, affirmant «ne pas faire de commentaires sur les cas individuels», mais exhortant les personnes se disant victimes de violences à saisir l’inspection générale de la police.

L’ex-colonie britannique traverse depuis juin sa plus grave crise politique depuis sa rétrocession en 1997 à la Chine, avec des actions et des manifestations quasi quotidiennes pour dénoncer le recul des libertés ou le sentiment d’une ingérence grandissante de Pékin dans les affaires hongkongaises.

Ces rassemblements ont souvent dégénéré en graves violences entre forces de l’ordre et radicaux.

Ces derniers n’hésitent pas à jeter des pierres et des cocktails Molotov sur les policiers qui, épaulés par les canons à eau, ont fait un usage massif des gaz lacrymogènes et des balles en caoutchouc.

Des vidéos de charges de policiers ou de manifestants tabassés à coup de matraque ont fait le buzz sur les réseaux sociaux.

Monde

Plainte d’un agent du renseignement contre Trump étouffée?

WASHINGTON — Le directeur du renseignement national du président américain Donald Trump refuse de transmettre au Congrès la plainte d’un lanceur d’alerte qui concernerait une promesse non spécifiée faite par M. Trump à un dirigeant étranger. L’inspecteur général de la communauté du renseignement estime qu’il s’agit d’un problème urgent.

Le président Trump, bien qu’il n’ait donné aucun détail sur les faits allégués qui seraient à l’origine de cette plainte, a affirmé jeudi sur Twitter qu’il ne dirait jamais «quelque chose d’inapproprié» dans un appel téléphonique avec un leader étranger.

Le président du comité du renseignement, le démocrate Adam Schiff, a déclaré qu’il ne pouvait pas confirmer l’exactitude des informations rapportées par le Washington Post, car l’administration prétend avoir le droit de refuser de transmettre la plainte au Congrès. Mais dans des lettres de l’inspecteur général du renseignement adressées au comité, celui-ci affirme qu’il s’agit d’un cas «urgent» d’abus «grave ou flagrant» qui doit être communiqué aux législateurs. Les lettres ont été rendues publiques jeudi. «Il y a un effort pour empêcher cette information d’arriver au Congrès», a déclaré M. Schiff, estimant qu’il s’agissait d’une dérogation sans précédent à la loi.

M. Schiff a aussi affirmé que le directeur par intérim du renseignement national, Joseph Maguire, avait consulté le département de la Justice avant de décider de ne pas transmettre la plainte au Congrès. On ne sait toutefois pas si la Maison-Blanche est directement impliquée dans cette décision.

M. Schiff s’est adressé aux journalistes jeudi, après une audience à huis clos de l’inspecteur général du renseignement, Michael Atkinson, qui a refusé de divulguer au comité le contenu de la plainte.

Le président du comité a déclaré qu’il irait devant les tribunaux, si nécessaire, pour forcer l’administration Trump à transmettre les informations contenues dans la plainte.

Selon le Washington Post, la plainte d’un responsable du renseignement allègue que Donald Trump a fait une promesse à un dirigeant étranger non identifié lors d’un appel téléphonique. L’Associated Press n’a pas été en mesure de confirmer cette information.

Monde

Diplomates canadiens malades à Cuba: des pesticides peut-être en cause

Les mystérieux symptômes qui ont frappé ces dernières années des diplomates américains et canadiens en poste à La Havane ont peut-être été causés par des agents neurotoxiques utilisés dans des pesticides, selon une nouvelle étude obtenue par la chaine publique Radio-Canada.

Entre fin 2016 et 2018, une cinquantaine de diplomates américains et canadiens, ainsi que des membres de leurs familles, ont souffert de maux divers se manifestant notamment par de fortes migraines, des acouphènes, des troubles visuels et cognitifs ou des problèmes d'équilibre et de vertiges.

Ottawa et Washington n'ont jamais établi publiquement la nature du phénomène désigné comme «le syndrome de La Havane» ni confirmé qu'il pourrait s'agir d'énigmatiques «attaques acoustiques» ou de micro-ondes, comme la presse américaine s'en est fait l'écho, sans toutefois apporter aucune preuve. Cuba rejette toute responsabilité.

À la demande du ministère canadien des Affaires étrangères, une équipe du Centre de traitement des lésions cérébrales de l'université Dalhousie a réalisé une étude clinique sur les 15 victimes canadiennes, présentée comme «la plus poussée» à ce jour par l'émission Enquête de Radio-Canada.

Dans son étude, l'équipe multidisciplinaire composée de 26 chercheurs et dirigée par le neurologue Alon Friedman avance «l'hypothèse d'une exposition à faible dose à des neurotoxines».

Les résultats des examens, selon l'étude, «suggèrent fortement» une intoxication à des organophosphates, des molécules utilisées dans la fumigation des moustiques.

Selon Radio-Canada, M. Friedman a établi un «lien direct» entre l'apparition des premiers symptômes, en 2016 et 2017, et le lancement à cette époque par le gouvernement cubain d'«une vaste campagne de fumigation contre le virus Zika sur toute l'ile, et en particulier à La Havane». Des ambassades ont aussi mené leurs propres opérations de fumigation.

«Ces deux sources combinées ont certainement exposé les diplomates de manière excessive», conclut le Dr Friedman.

Les diplomates testés présentaient notamment des traces de ces contaminants dans leur sang, parfois plusieurs mois après leur exposition.

Cette étude, dont les hypothèses devront être vérifiées, met à mal d'hypothétiques «attaques acoustiques», a souligné Radio-Canada.

«Aucune cause définitive des incidents de santé n'a encore été déterminée», a déclaré à l'AFP un porte-parole du ministère canadien des Affaires étrangères en assurant suivre toutes les pistes, «ce qui inclut les recherches à l'université Dalhousie».

Le dernier cas de Canadien affecté remonte à décembre 2018 et la police canadienne poursuit son enquête en collaboration avec les autorités cubaines.

Monde

L'Amérique du Nord a perdu trois milliards d'oiseaux depuis 1970

WASHINGTON — La population d'oiseaux d'Amérique du Nord s'est effondrée d'un quart depuis 1970, soit près de trois milliards de volatiles en moins dans la nature, estiment des chercheurs dans une étude d'ampleur publiée jeudi par la revue Science.

Les oiseaux des campagnes sont les plus touchés, sans doute en raison de la réduction des prés et prairies et de l'extension des terres agricoles, ainsi que de l'utilisation de pesticides qui en tuant les insectes affectent toute la chaîne alimentaire. Mais les oiseaux des forêts et les généralistes sont aussi en déclin.

90 % des pertes concernent 12 familles d'oiseaux, dont des moineaux et bruants, des parulines, des merles ou encore le chardonneret jaune.

Ces chiffres correspondent au déclin observé ailleurs et notamment en France, où l'Observatoire national de la biodiversité a estimé à 30% le déclin des oiseaux des champs entre 1989 et 2017.

L'étude américaine combine deux sources de données.

La première vient des relevés annuels réalisés chaque printemps, au moment de la saison de reproduction, par des milliers de bénévoles, selon une méthode identique, depuis 1970. Sur un itinéraire de route de campagne de 40 kilomètres, ces observateurs s'arrêtent tous les demi-miles pendant trois minutes et comptent tous les oiseaux qu'ils voient. Les chercheurs compilent et analysent ensuite ces données.

La seconde source vient des relevés de 143 stations radars qui détectent assez finement les masses d'oiseaux pendant leur migration, la nuit. Plus de la moitié des oiseaux d'Amérique du Nord migre, soit vers le sud des États-Unis, soit vers l'Amérique centrale ou du Sud.

Ces données radar sont moins précises mais montrent aussi une diminution de 13,6 % entre 2007 et 2017, avec une marge d'erreur importante de 9 points.

Les canards et oies sont la grande exception : leurs populations, après avoir été menacées, ont augmenté depuis 1970. C'est grâce à la prise de conscience des chasseurs qui ont soutenu des mesures de protection, explique à l'AFP un coauteur principal de l'étude, l'ornithologue Ken Rosenberg, de l'université Cornell et de l'American Bird Conservancy.

«On observe la même chose partout dans le monde, l'intensification de l'agriculture et les modifications du paysage font pression sur ces populations d'oiseaux», dit Ken Rosenberg. «Désormais, on voit des champs de maïs ou d'autres cultures jusqu'à l'horizon, tout est propre et mécanisé, il n'y a plus de place pour les oiseaux, la faune et la nature».

Les causes sont mal comprises, mais les ornithologues évoquent d'autres facteurs, comme les chats laissés dehors, ainsi que les fenêtres des maisons dans lesquelles les oiseaux se fracassent, une cause de mortalité loin d'être anodine: le nombre d'oiseaux tués dans ces collisions a été estimé en 2014 entre 365 millions et 1 milliard par an aux États-Unis.

Monde

Vapotage: plus de 500 malades aux États-Unis

WASHINGTON — L'épidémie de maladies pulmonaires liées au vapotage continue aux États-Unis, le nombre de cas passant de 380 à 530 dans le pays, avec un nombre inchangé de sept décès, selon le bilan hebdomadaire communiqué jeudi par les autorités sanitaires.

Plus de la moitié des malades ont moins de 25 ans, et les trois-quarts sont des hommes, a annoncé Anne Schuchat, des Centres de contrôle et de prévention des maladies. 16% des malades ont moins de 18 ans.

Les laboratoires d'analyse de l'agence des médicaments FDA sont en possession de plus de 150 échantillons suspects, mais n'ont toujours pas identifié la ou les susbtances responsables de ces maladies pulmonaires aigües, a expliqué Mitch Zeller, directeur du centre pour le tabac à la FDA.

«Il n'y a pas de dénominateur commun sur le ou les produits utilisés, comment ils sont utilisés, où ils ont été achetés, et ce qui a pu se passer entre le moment où l'utilisateur les obtient et celui où il est vaporisé et inhalé», a insisté Mitch Zeller.

Les enquêteurs sont très prudents sur la cause possible des maladies, que ce soit une marque, un produit, ou une source.

Dans de nombreux cas, les recharges impliquées contenaient du THC, le principe psychoactif du cannabis. Ces recharges sont achetées la plupart du temps à des dealers dans la rue ou sur internet, puisque le cannabis reste illégal dans une partie des États-Unis.

Il peut aussi y avoir des recharges de contrefaçon, aux ingrédients mal contrôlés.

La FDA teste les échantillons pour identifier avec quoi la nicotine ou le THC ont été coupés, ainsi que les diluants, d'autres additifs, des pesticides, des poisons et des toxines.

Le bureau d'enquêtes criminelles de l'agence fédérale est désormais impliqué, a annoncé Mitch Zeller.

Les autorités sanitaires se sont rendu compte en juillet qu'il se passait quelque chose en lien avec le vapotage, en voyant arriver dans les hôpitaux beaucoup de jeunes gens souffrant de graves difficultés à respirer, de toux, de douleurs à la poitrine, voire de nausées.

La plupart ont déclaré avoir vapoté des liquides au cannabis, mais une partie dit n'avoir utilisé que des liquides à la nicotine.

Parallèlement, le Michigan et New York ont décidé d'interdire les cigarettes électroniques aromatisées, principalement car les arômes sont attractifs pour les jeunes. Les e-cigarettes au tabac y restent autorisées.

L'Inde, en revanche, a interdit cette semaine toutes les cigarettes électroniques.

«C'est une enquête complexe, il ne faut pas s'attendre à des réponses définitives de façon imminente», a déclaré Anne Schuchat.

Autour du globe, 20 septembre 2019