La police a notamment découvert vendredi au domicile de ce Nigérian de 29 ans des vêtements de la victime et un couteau avec des traces de sang.

Une fusillade inspirée par «la haine raciale» en Italie

La fusillade attribuée à un jeune Italien sympathisant d’extrême droite, qui a fait samedi six blessés, tous d’origine africaine, à Macerata, en pleine campagne électorale italienne, est empreinte d’une «évidente haine raciale», selon le ministre italien de l’Intérieur.

Luca Traini, l’extrémiste de droite qui a blessé samedi par balle six Africains dans le centre de l’Italie, a enclenché son expédition punitive à caractère raciste après avoir entendu qu’un Nigérian avait découpé en morceaux une jeune Italienne, une affaire qui inquiète à un mois des élections législatives.

«J’étais en train de me rendre en voiture au gymnase quand j’ai entendu à la radio l’histoire de la jeune fille de 18 ans. D’instinct, j’ai fait demi-tour, je suis rentré chez moi, j’ai ouvert le coffre-fort et j’ai pris le pistolet. J’ai décidé de tous les tuer», a-t-il raconté aux enquêteurs, révèle dimanche le journal Corriere della Sera

Cette attaque violente a suscité une vague de réactions politiques, alors que l’Italie se prépare à voter le 4 mars pour des législatives aux résultats incertains.

Le jeune homme au crâne rasé a vidé deux chargeurs avec un pistolet alors qu’il circulait seul en voiture en plein coeur de Macerata, ville du centre du pays, selon des éléments de l’enquête révélés par la presse. Il aurait clamé «L’Italie aux Italiens», aux policiers, selon l’agence de presse Agi.

Les six blessés, cinq hommes et une femme, sont originaires du Mali, du Ghana et du Nigeria, selon Agi.

Le ministre de l’Intérieur Marco Minniti a jugé que la fusillade était marquée par une culture «d’extrémisme de droite avec des références claires au fascisme et au nazisme», après une réunion samedi soir avec les forces de l’ordre locales.

Le seul lien entre les victimes est «la couleur de leur peau», a-t-il assuré, en décrivant «une initiative criminelle à caractère individuel, certainement préparée à l’avance».

Le maire de Macerata, Romano Carancini, avait imposé un couvre-feu pendant la fusillade, qui a semé durant deux heures la panique dans plusieurs rues du centre de cette ville de 43.000 habitants de la région des Marches, située à 30 km des côtes de l’Adriatique.

Un homme d’origine nigériane, touché à la cuisse dans la rue alors qu’il allait acheter des cigarettes, a raconté depuis son lit d’hôpital avoir vu un tireur au volant en train de le viser.

Un jeune homme a été grièvement blessé au thorax, les cinq autres victimes ayant des lésions moins sérieuses, selon les médias.

Des bureaux du Parti démocrate (centre gauche, au pouvoir) ont aussi été visés par les tirs.

Le tireur, identifié comme Luca Traini, âgé de 28 ans, a été arrêté peu avant 7h, heure de Québec, sur les marches de l’immense monument aux morts de Macerata, après être descendu de sa voiture à bord de laquelle la police a retrouvé un pistolet.

Le jeune homme a eu le temps de s’envelopper dans le drapeau tricolore de l’Italie, avant de tendre le bras pour faire un salut fasciste, a précisé la presse italienne sur la base de témoignages.

Candidat de la Ligue du Nord

Luca Traini avait été candidat en 2017 sous l’étiquette de la Ligue du Nord (parti souverainiste anti-immigration proche du Front national français) à des élections communales non loin de Macerata.

«Quelqu’un qui tire est un délinquant, abstraction faite de la couleur de la peau», a très vite réagi le patron de la Ligue du Nord, Matteo Salvini, avant de dénoncer l’»invasion» migratoire en Italie. «J’ai hâte d’arriver au gouvernement pour ramener dans toute l’Italie la sécurité, la justice sociale et la sérénité».

«La haine et la violence ne nous diviseront pas», a de son côté assuré le chef du gouvernement Paolo Gentiloni, appelant au calme et à s’abstenir de toute récupération politique à un mois du scrutin.

«Il me semble qu’il s’agit du geste d’un déséquilibré, qui mérite la plus ferme condamnation, mais qui ne peut être considéré comme ayant une connotation politique claire», a jugé Silvio Berlusconi, dont le parti de droite Forza Italia est allié à la Ligue de Matteo Salvini.

Chasse raciste aux immigrés ou opération punitive? La police n’a pour l’instant fait «aucun lien direct» entre Luca Traini et un sordide fait divers amplement couvert depuis deux jours par les médias.

Un Nigérian demandeur d’asile et dealer de drogue a été arrêté cette semaine dans cette même ville de Macerata, soupçonné d’avoir assassiné une Italienne de 18 ans dont le corps a été retrouvé mercredi découpé en morceaux dans des valises.

La police a notamment découvert vendredi au domicile de ce Nigérian de 29 ans des vêtements de la victime et un couteau avec des traces de sang. Il a été inculpé d’homicide samedi.

La jeune femme assassinée s’était échappée lundi d’un centre de désintoxication situé à Corridonia, la commune où le tireur présumé s’était présenté à des élections.

L’Italie est en première ligne dans la crise migratoire, avec plus de 600.000 migrants arrivés sur ses côtes depuis 2014 et une explosion des demandes d’asile du fait du blocage des frontières française, suisse et autrichienne au nord de la péninsule.

«Mein Kampf» retrouvé au domicile du tireur

Une copie de «Mein Kampf» et un livre d’histoire sur Benito Mussolini ont notamment été découverts chez Luca Traini, l’auteur présumé samedi d’une fusillade à caractère raciste dans le centre de l’Italie, ont révélé dimanche les carabiniers italiens.

Ces publications d’extrême droite, ainsi qu’un magazine sur la jeunesse fasciste ou encore des croix celtiques, ont été trouvées dans une chambre au domicile de sa mère, perquisitionné par la police de Macerata, la localité où le jeune homme a été accusé d’avoir blessé samedi six Africains en tirant des coups de feu à partir d’une voiture qui a sillonné le centre-ville pendant deux heures.

Les enquêteurs ont également saisi les ordinateurs du tireur, dans le cadre d’une enquête pour tentative de «massacre aggravé par un objectif raciste». L’homme doit aussi répondre du chef de «port illégal d’arme».

Il a passé la nuit dans une prison de la région, où se trouve également un Nigérian demandeur d’asile et dealer de drogue de cette petite ville, soupçonné d’avoir assassiné cette semaine Pamela Mastropietro, une Italienne de 18 ans dont le corps a été retrouvé découpé en morceaux dans des valises.