Toufik Benhamiche (à gauche) est revenu au Québec en homme libre après que la Cour suprême de Cuba lui eut accordé une autorisation spéciale pour quitter le pays, suspendant du même coup la peine prononcée par le tribunal de la province de Ciego de Avila.

Un Québécois coincé à Cuba pour un accident de bateau rentre enfin à la maison

MASCOUCHE — Un Québécois coincé à Cuba en raison d'un imbroglio judiciaire à la suite du décès accidentel d'une touriste canadienne a enfin pu rentrer à la maison.

Toufik Benhamiche est revenu au Québec en homme libre après que la Cour suprême de Cuba lui eut accordé une autorisation spéciale pour quitter le pays, suspendant du même coup la peine prononcée par le tribunal de la province de Ciego de Avila.

M. Benhamiche, un résidant de Mascouche, a subi deux procès dans cette cour provinciale cubaine et s'était vu interdire de quitter le pays à la suite d'un accident de bateau ayant causé la mort d'une touriste ontarienne, Jennifer Ann Marie Innis, en juin 2017 à Cayo Coco.

Il a rencontré les médias, vendredi, au bureau de circonscription du député de Montcalm, le bloquiste Luc Thériault.

Toufik Benhamiche s'est dit «soulagé» d'être enfin de retour chez lui.

«C'est un grand soulagement. Je pensais que ce jour-là n'arriverait jamais, parce que psychologiquement, c'était très dur. C'était comme une montagne russe, on me jugeait, on m'accusait, et après ça, j'avais l'espoir d'être acquitté. Après ça, on me juge à quatre ans de prison, c'était le désarroi total», a confié M. Benhamiche, vendredi, en conférence de presse.

M. Benhamiche a affirmé espérer pouvoir tourner la page.

«La suite des choses, c'est d'essayer de retrouver une vie de famille normale, et notre vie d'avant (...) ce malheureux événement. On va essayer de tourner une page, sans pouvoir la déchirer, parce que ça reste un événement tragique, et comme tout événement accidentel, c'est clair qu'il y a des répercussions psychologiques sur beaucoup de gens», a-t-il fait valoir.

«Et ici, j'ai une pensée pour Mme Innis, parce qu'aujourd'hui, malheureusement je peux vous dire, toute la vérité sur son décès a été camouflée. Et c'est la chose que je trouve regrettable et dommage», a-t-il ajouté.

Il a toujours clamé son innocence et affirmé que cette mort résultait d'une négligence de la part du prestataire d'excursions, Marlin SA, et de ses employés, des ressortissants cubains.

M. Benhamiche a fait valoir qu'il avait reçu peu d'instructions sur la manière d'utiliser le bateau et qu'il s'était fait dire qu'il était facile à manoeuvrer et en aucun cas dangereux. Il a allégué qu'il n'avait pas été informé des obligations liées à la sécurité de l'embarcation.

Au Canada, la famille Benhamiche a intenté une poursuite de 340 000 $ contre Sunwing, le voyagiste avec lequel ils avaient réservé le forfait. L'opérateur de voyages a déjà déclaré qu'il contesterait la poursuite.

L'avocat de la famille, Julius Grey, a déclaré vendredi que le dossier suivrait son cours.

«Tout est déjà devant les tribunaux, nous allons faire avancer les choses rapidement maintenant qu'il est ici, parce que son témoignage est nécessaire», a affirmé Me Gray.

Le député du Bloc québécois affirme avoir «porté la voix de Toufik» et de son épouse Kahina sur toutes les tribunes. Il reproche aux autorités canadiennes de ne pas avoir été à la hauteur dans leurs efforts pour venir en aide à leur ressortissant.

Pour Luc Thériault, le comportement «complaisant» du gouvernement canadien a de quoi inquiéter les voyageurs qui pourraient éventuellement se retrouver dans des situations problématiques et avoir besoin de l'aide du Canada.

Kahina Bensaadi, l'épouse de M. Benhamiche, a soutenu que les autorités fédérales avaient récemment déployé davantage d'efforts dans le dossier.

Mme Bensaadi a déclaré qu'après plus de deux ans de hauts et de bas, elle a attendu à la dernière minute avant de se réjouir.

«J'arrivais pas y croire. Jusqu'à la toute dernière seconde, jusqu'à ce qu'il traverse les portes vitrées de l'aéroport, j'avais eu du mal à y croire. J'ai annoncé la nouvelle à mes filles, à l'aéroport même, tellement j'avais peur qu'elles soient déçues», a-t-elle confié.