Les dirigeants des 27 partenaires du Royaume-Uni doivent décider de la marche à suivre lors d’un dîner de travail mercredi avant le sommet européen à 28 avec Mme May.

Un accord sur le Brexit plus probable en novembre ou décembre

DUBLIN - Le Premier ministre irlandais Leo Varadkar a estimé lundi s'attendre à un accord sur le Brexit plutôt en novembre ou décembre, devant des journalistes à Dublin.

«Nous sommes à un moment sensible», a déclaré le dirigeant. «Je sais que certaines personnes sont optimistes quant à un accord sur la sortie cette semaine. Je dois dire que j’ai toujours pensé que c’était improbable et que novembre ou décembre étaient les meilleures opportunités pour un accord», a-t-il ajouté.

Ces propos interviennent alors que des négociations entre le Royaume-Uni et l’UE ont échoué ce week-end, à deux jours du début mercredi d’un sommet européen à Bruxelles. Les discussions achoppent toujours sur la question de la frontière entre l’Irlande et la province britannique d’Irlande du Nord.

«Nous sommes toujours ouverts au compromis, en tant qu’Union européenne bien sûr nous le sommes, mais il y a des fondamentaux sur lesquels un compromis n’est pas possible», a souligné le dirigeant irlandais.

Il demande en particulier au Royaume-Uni de faire en sorte qu’»aucune frontière dure ne sera mise en place sur l’île d’Irlande», quel que soit le scénario du Brexit.

Le petit parti nord-irlandais DUP a lui jugé lundi «probablement inévitable» que le Royaume-Uni quitte l’Union européenne sans accord, blâmant l’attitude de Bruxelles.

La Première ministre britannique Theresa May doit informer dans l’après-midi les députés britanniques de l’avancement des négociations, au moment où l’UE estime toujours possible un accord tout en se préparant à la possibilité d’un échec.

La veille, d’intenses discussions de dernière minute à Bruxelles n’ont pas suffi à débloquer ces négociations entre Londres et Bruxelles, qui continuent de buter sur la question du sort de la frontière irlandaise après le Brexit, avant un sommet européen qui s’ouvrira mercredi à Bruxelles.

«C’est évidemment une période difficile (...) Il y a une ou deux questions en suspens, mais je pense que nous pouvons y arriver», a affirmé lundi à Luxembourg le ministre britannique Jeremy Hunt, qui souligne que «d’énormes progrès» ont déjà été réalisés.

Le petit parti nord-irlandais DUP a toutefois compliqué les arbitrages que la Première ministre britannique Theresa May va devoir mener pour parvenir à un accord.

«Je ne vois pas quel accord obtiendrait la majorité» lors d’un vote au Parlement britannique, a déclaré lundi le porte-parole du DUP sur le Brexit Sammy Wilson au journal Belfast Newsletter.

«Donc il est probablement inévitable que nous aboutissions à un scénario sans accord», a-t-il affirmé. Le DUP constitue l’appoint indispensable pour la majorité absolue à la chambre des députés.

Chef de file des conservateurs partisans du Brexit, l’ancien ministre des Affaires étrangères Boris Johnson a dénoncé les propositions de l’UE comme «un choix entre la casse du Royaume-Uni ou son asservissement» et a prôné de les «rejeter maintenant».

«Nous sommes prêts à toute éventualité. Néanmoins, même si le temps presse maintenant, nous pensons qu’il est encore possible de parvenir à un accord entre la Commission et le Royaume-Uni et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour y parvenir dans les prochains jours», a assuré le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas.

«Frustrant et décevant»

«Nous continuons à travailler dur pour un accord, mais notre travail de préparatifs en vue de toutes les éventualités se poursuit et s’intensifie», pour le cas d’une absence d’accord, a confirmé le porte-parole de la Commission européenne Margaritis Schinas.

Les dirigeants des 27 partenaires du Royaume-Uni doivent décider de la marche à suivre lors d’un dîner de travail mercredi avant le sommet européen à 28 avec Mme May.

Il est probable qu’ils délivreront un double message: les négociations se poursuivent, mais l’UE doit se préparer à l’hypothèse d’une séparation sans accord, «non parce qu’un accord ne serait plus possible, mais parce ce que le compte à rebours est engagé», a confié à l’AFP un négociateur européen.

Le chef de la diplomatie espagnole Josep Borell s’est voulu confiant lundi. «Rien ne va se passer avant le sommet. Nous n’aurons pas d’accord cette semaine, mais il ne faut pas dramatiser. Il reste encore du temps. Nous avons encore un mois. Il m’est difficile de croire que nous ne pourrons pas parvenir à un accord», a-t-il déclaré.

Mais les Irlandais se montrent inquiets après l’échec des négociations du week-end. «C’est frustrant et décevant d’un point de vue irlandais, car l’Irlande est le pays qui est le plus exposé aux retombées de Brexit», a souligné le chef de la diplomatie irlandaise Simon Coveney.

«Pour nous, il s’agit de tenir les engagements qui ont déjà été pris. C’est ce que je n’arrête pas de dire, ce que le gouvernement irlandais n’arrête pas de dire», a-t-il expliqué.

Les négociations ont une nouvelle fois achoppé durant le week-end sur la difficulté de garantir que le Brexit ne va pas provoquer le retour d’une frontière physique entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, qui fait partie du Royaume-Uni.

«Les négociateurs ont essayé au cours des dernières réunions d’élaborer un dispositif, mais les Britanniques n’ont pas été en mesure de l’accepter», a expliqué l’un d’eux à l’AFP. «Il y a un blocage à ce stade, mais ce n’est pas définitif. Il appartient aux Britanniques de trancher», a-t-il averti.